Le débat qui cartonne mais qui fâche

Par A.Ga. (avec agences), le 23 octobre 2009 à 16h10 , mis à jour le 13 avril 2010 à 11h50

Dossier : Royaume-Uni : la droite de retour à Downing Street

La BBC a créé la controverse en invitant jeudi à une émission d'actualité de grande écoute le chef de l'extrême droite. Ce dernier reproche maintenant à la chaine d'avoir organisé son "lynchage".

Nick Griffin BBCManifestation jeudi devant le siège de la BBC contre la participation de Nick Griffin à Question Time © Luke MacGregor / Reuters

L'invitation du chef du parti d'extrême-droite à participer pour la première fois à un débat de la BBC avait créé un vif émoi en Grande-Bretagne ces derniers jours : manifestations à l'appel d'associations antiracistes, émotion dans la classe politique... Et la polémique de gagner rapidement le plus haut sommet de l'Etat : deux ministres de haut rang s'élevant contre la décision de radio-télévision publique d'avoir sur son plateau Nick Griffin, leader du British National Party (BNP). Le Premier ministre Gordon Brown jugeait, pour se part, que la chaîne avait le choix de ses invités et que l'apparition du parti d'extrême-droite se retournerait contre le BNP.

"Question Time" a eu lieu jeudi soir. Le débat a fait un tabac en réunissant huit millions de téléspectateurs contre trois millions habituellement. Et la polémique continue, côté extrême-droite cette fois. Vendredi, Nick Griffin a accusé la BBC d'avoir organisé son "lynchage" lors du débat auquel participaient également quatre autres personnalités.
 
Jean-Marie Le Pen
 
Pendant plus d'une heure, l'essentiel des questions des spectateurs ont porté sur les vues du leader extrémiste sur des sujets comme l'immigration, l'islam, l'Holocauste ou l'homosexualité. Selon lui, l'assistance, souvent hostile, a fait l'objet d'un "nettoyage ethnique" écartant les blancs. "Le public britannique est effaré par le parti pris affiché par la BBC, par le venin de la classe politique, par toute cette injustice", a-t-il estimé. "Ce n'était pas le 'Question Time' habituel, c'était un lynchage populaire". "Une ou deux questions sur l'homme méchant que je suis, d'accord, mais toute l'émission, c'était absurde. Refaisons-le mais correctement cette fois", a-t-il plaidé. Nick Griffin, très nerveux et sur la défensive lors du débat, a attaqué l'immigration de masse ou la religion musulmane, éludant les questions sur d'anciennes déclarations où il niait l'Holocauste. "Je ne suis pas un nazi, je ne l'ai jamais été", a-t-il affirmé.
 
La BBC s'est défendue, une nouvelle fois, de tout parti pris. "L'ordre du jour du programme a été déterminé par les questions de l'assistance", a déclaré le directeur général adjoint. "La BBC a rempli son devoir d'impartialité en l'invitant à cette émission". Pour justifier cette invitation, le directeur général de la BBC avait déclaré qu'elle se fondait sur le niveau de soutien recueilli par le BNP lors des dernières élections européennes et locales, en juin.
 
Le directeur général de la radio-télévision publique a estimé que c'était au parlement et au gouvernement d'interdire ou de censurer les partis. Il a rappelé que pendant les années 1980, Margaret Thatcher avait interdit d'antenne le Sinn Fein, aile politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA). "Même si nous avions présenté des arguments contre cette décision, nous l'avions appliquée. Si le BNP était interdit, la BBC se rangerait également à cette décision et le BNP n'apparaîtrait pas dans Question Time", a-t-il écrit dans un article paru dans The Guardian. Certains commentateurs politiques soulignent que le leader de l'extrême droite française Jean-Marie Le Pen a réussi à élargir son audience grâce à la télévision dans les années 1980.  

Par A.Ga. (avec agences) le 23 octobre 2009 à 16:10
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4 Commentaires

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  • Stef, le 24/10/2009 à 12h37

    Et la liberté d'expression. ? gare au retour de baton. il y a une majorité silencieuse...

  • Martin, le 23/10/2009 à 18h45

    Jean-Mari est la haut la main sur le haut de la scéne de Londres. Nous sommes contents pour lui.

  • Martin Brigite, le 23/10/2009 à 18h39

    Ca carbonne aussi a Londres, partout ou va un français connu de tous et qui se lance dans les débats.

  • Marc, le 23/10/2009 à 18h01

    Démocratie ou totalitarisme ??? Si on revendique la démocratie et le droit à la libre expression, alors il faut assumer, et tout le monde à le droit à la parole, surtout quand ils représentent une part conséquente de l'électorat. Le style, "pensez comme moi ou alors ne pensez pas du tout" et tout sauf démocratique. Donc oui ce monsieur avait le droit de s'exprimer, et de surcroît cela aurait été honnête de le faire de manière neutre et non pas dirigée, car là aussi cela va à l'encontre des idées que l'on veut mettre en avant.

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