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RDA, automne 1989 ou comment le Mur de Berlin tomba

Par Sylviane MOUKHEIBER, le 08 novembre 2009 à 13h57, mis à jour le le 09 novembre 2009 à 17:29

1989 : Un vent de liberté souffle sur les pays communistes. Encouragés, les Allemands de l'Est descendent dans la rue. Le Mur se fissure, avant de tomber le jeudi 9 novembre.

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mur de berlin 9 novembre 19899 novembre 1989 : le Mur de Berlin tombe.

1989, est une année révolutionnaire. Un vent de liberté souffle sur les pays de l'Est. En Pologne, Lech Walesa, le leader du syndicat ouvrier Solidarnosc qui conteste le pouvoir depuis 1980, remporte les premières élections semi-démocratiques organisées derrière le Rideau de Fer. Le 24 août, Tadeusz Mazowiecki, l'un des ses proches, devient ainsi le premier chef de gouvernement non-communiste dans un pays d'Europe de l'Est. Tchécoslovaquie, Bulgarie, Roumanie, Hongrie : le phénomène est contagieux.

En RDA, les opposants au régime, encouragés par ce qui se passe dans les pays voisins, n'ont plus peur de descendre dans la rue pour réclamer plus de démocratie. L'électrochoc est provoqué par le trucage des élections communales du 7 mai 1989. Les résultats officiels proclament un total de 98,85 % des voix pour le SED ( le parti-communiste est-allemand). Or les noms des candidats du régime ont été rayés en nombre. La fraude est manifeste. A Leipzig et Dresde, les électeurs protestent dans la rue. Beaucoup sont arrêtés. En réplique, des manifestations silencieuses auront lieu tous les sept du mois.

Fuite via la Hongrie
 
Pendant l'été, le malaise dans le pays est à son paroxysme. Les demandes de départ atteignent un record inégalé. Les fuites aux frontières se multiplient. Le 19 août marque le premier exode massif depuis la construction du Mur de Berlin. Un mur tracé par le cartographe Hagen Koch et construit le 13 août 1961, en une seule nuit. Soit 42 kilomètres, serpentant à travers la ville, coupant en deux les rues et les quartiers. Au cours d'un pique-nique paneuropéen, 600 citoyens est-allemands, en vacances en Hongrie, profitent de l'ouverture exceptionnelle d'un poste-frontière avec l'Autriche pour fuir à l'Ouest. A Budapest et Prague, les ambassades sont pleines de réfugiés de RDA.

Près d'un mois plus tard, le 11 septembre, la Hongrie ouvre ses frontières avec l'Autriche et autorise les Allemands de l'Est à passer librement en Autriche. C'est la ruée. Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir s'expatrier. L'édifice se lézarde, malgré les tentatives tardives d'Erich Honecker, le chef de l'Etat depuis 1976, de lâcher du lest et d'augmenter le nombre d'autorisations d'expatriations. Mais il n'est toujours pas question de réformes. De toute façon il est trop tard : l'Histoire est en marche. Si, dans d'autres pays les grèves ont amené  le changement, les Allemands de l'Est l'ont provoqué avec leurs valises.

"Trains de la liberté"
 
Le 4 septembre, les "prières pour la paix" et les "manifestations du lundi" initiées par  le pasteur Christian Führer, de l'église Saint-Nicolas de Leipzig, font leur apparition. Les citoyens réclament une transition pacifique et démocratique de la RDA. Les 6 et 7 octobre, Mikhaïl Gorbatchev, le père de  la Perestroïka, est l'invité d'honneur aux célébrations du 40eanniversaire de la RDA. Il est acclamé par la foule qui scande "Gorby, aide nous". Il critique l'absence de réformes et met en garde les dirigeants est-allemands contre l'immobilisme politique par cette phrase devenue célèbre:  "ceux qui arrivent trop tard sont punis par l'Histoire". Le chef du parti communiste polonais se penche alors vers lui : "C'est la fin !". "Oui", répond le dirigeant soviétique. 
 
Le 1er octobre, près de 8.000 Est-Allemands, venant de Prague et de Varsovie, arrivent en RFA à bord de "trains de la liberté ". Plus de 130.000 citoyens de RDA ont fui vers la RFA depuis le début de l'année. Le 9 octobre, à l'église Saint-Nicolas, après la "prière du lundi " les fidèles sortent dans les rues une bougie à la main. Ils sont 70.000 à défiler pacifiquement dans les rues de la ville, scandant courageusement "nous sommes le peuple". Pas de violence, ni bain de sang programmé. Aucun incident n'est relevé. Egon Krenz, le numéro deux du régime, qui avait essayé d'empêcher la manifestation, n'a en effet pas donné l'ordre d'ouvrir le feu sur les manifestants. Pourtant, le cortège est allé très loin dans la provocation en défilant devant le siège de la Stasi. "C'était la première fois que Krenz avait fait quelque chose de bien, parce qu'il n'avait rien fait" dira-t-on désormais de lui. Le coup d'envoi de la révolution pacifique est donné.

Mot d'ordre, "pas de violence"

Le lundi suivant, ils seront 120.000 dans les rues de Leipzig, et ainsi de suite. Idem dans le reste du pays. Le 18 octobre, sous la pression de la rue, Erich Honecker est démis de ses fonctions. Il est remplacé par Egon Krenz, qui promet des réformes. Mais il est trop tard, l'opinion ne croit plus aux promesses.

Le mouvement de protestation continue donc à enfler. Le 4 novembre, une manifestation monstre se prépare avec pour mot d'ordre "pas de violence". Dans les rues de Berlin-Est, un vent d'euphorie souffle. Ils sont venus de tout le pays. Et pour la première fois depuis bien longtemps, la peur est balayée. Un million de personnes défilent, pacifiquement. C'est le plus grand rassemblement de protestation jamais tenu en RDA. Bien sûr, les autorités, la Stasi, la police et tout l'arsenal répressif habituel sont aux aguets. La liste des orateurs est interminable. Les discours sont même retransmis en direct à la télévision d'Etat, en signe d'une volonté d'ouverture. "C'est comme si on avait défoncé une fenêtre après toutes ses années de stagnation intellectuelle, économique et politique ", dira l'écrivain Stefan Heym.

9 novembre, jour fatidique
 
Le 9 novembre, Günter Schabowski, le porte-parole du comité central du SED, lit le projet de décret du Politburo et annonce la délivrance sans conditions de visas pour les particuliers. A la question d'un journaliste, sur la date d'entrée de ce nouveau dispositif, il hésite, se trompe, bafouille. On comprend que le nouveau règlement entre en vigueur "tout de suite".

La rumeur se propage comme une trainée de poudre. Les radios et les télévisions occidentales annoncent "la RDA ouvre ses frontières". Vers 23 heures, des groupes convergent vers les points de passage du Mur de Berlin. Pour une fois, les policiers sont bon enfant et ne les repoussent pas. A minuit, la frontière s'ouvre. C'est l'euphorie ! Pour la première fois en vingt-huit ans, les Berlinois passent librement d'Est en Ouest. Le Mur de Berlin vient de tomber.

Concert au pied du mur

Deux jours plus tard, le violoncelliste Mstislav Rostropovitch jouera des Suites de Bach au pied du Mur pour célébrer l'évènement et "rendre hommage au ciel" . La scène, aujourd'hui légendaire, fera le tour du monde. Un symbole fort de la liberté retrouvée.
 
                                                                                                                                    

le 08 novembre 2009 à 13:57
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