Suisse : "Le vote sur les minarets risque d'être un vote sur l'islam"

Par , le 27 novembre 2009 à 05h45 , mis à jour le 08 décembre 2009 à 17h32

Interview - Matteo Gianni, politologue, estime que l'initiative populaire proposant d'interdire la construction de minarets, sur lesquels les Suisses votent ce dimanche, s'apparente à une question sur la place de l'islam dans le pays.

[Expiré] [Expiré] minaret_suisse © AFP/F. Coffrini

"La construction des minarets est interdite". Voilà la question à laquelle les Suisses doivent répondre par "oui" ou "non" ce dimanche. Il s'agit de l''aboutissement d'une "initiative populaire" qui a recueilli plus de 100.000 signatures, le seuil requis pour être soumise au vote. Elle est partie de Langenthal, une petite ville du canton de Berne où la communauté musulmane a déposé en 2006 une demande de permis de construire pour un minaret près de sa mosquée.

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Les partisans de l'initiative, menés par l'UDC, le parti populiste, affirment que le minaret, plus qu'un simple signe indiquant la présence d'une mosquée, est "le symbole du pouvoir politico-religieux" que l'islam veut imposer, éventuellement par la force, en Suisse. Aujourd'hui, seulement quatre minarets existent dans le pays et deux sont en projet, dont celui de Langenthal

Matteo Gianni, politologue, chercheur à l'Université de Genève et membre du Groupe de recherche sur l'islam en Suisse (GRIS), décrypte pour TF1 News les tenants et les aboutissants de ce référendum.


TF1 News : Cette "initiative populaire" s'apparente-t-elle à une opération électoraliste menée par l'UDC sur fond de populisme ou présente-t-elle également un aspect sociétal ?
Matteo Gianni : Il y a un peu des deux. Traditionnellement, l'UDC thématise les questions de l'altérité, de l'étranger et plus globalement de l'immigration, qui est l'un de ses chevaux de bataille. L'objectif électoraliste de cette initiative est donc évident. Néanmoins, il ne faut pas non plus sous-estimer le réel questionnement sur l'islam dans le pays. Dans les réunions publiques, la question des minarets a souvent été utilisée pour emmener une discussion plus générale concernant l'islam en Suisse. Le débat dépasse ainsi largement la question de l'interdiction ou non des minarets.

TF1 News : Justement, le simple fait que l'initiative soit soumise au vote, donc qu'elle ait obtenu 100.000 signatures, signifie-t-il qu'une partie de la société suisse se radicalise vis-à-vis de l'islam ?

 

M.G. : Oui. Je suis allé dans beaucoup de ces conférences lors de la campagne. Souvent, la lutte contre le minaret était présentée par les partisans de l'initiative comme la lutte contre l'islamisation rampante de la Suisse. D'ailleurs, l'UDC, qui représente environ 25% des voix en règle générale, a touché bien au-delà de son électorat. Les derniers sondages donnent ainsi le "non", soutenu par tout le reste de l'échiquier politique,  à 53%, le "oui" à 37% et les indécis à 10%. Il faut donc s'attendre à un résultat serré.

Et il ne fait aucun doute que tout le débat public et politique, très intense au cours des deux derniers mois, va laisser des traces. Il est plausible de penser qu'il y aura relativement  rapidement d'autres actions politiques sur la place de l'islam, par exemple autour du voile ou de la burqa (qui par ailleurs est, de nos jours, encore pratiquement inexistante en Suisse).

"Débat sur l'islam, pas sur les minarets"


TF1 News  : Peut-on parler d'une déconnexion entre les grands partis et la population sur le sujet ?
M.G. : En partie. Mais si les socialistes et la droite sont contre l'initiative puisqu'ils considèrent qu'elle va exacerber des tensions religieuses pour l'instant inexistantes, cela ne veut pas dire qu'ils ne considèrent pas qu'il n'y ait pas de problème par rapport à la présence musulmane en Suisse. Sur des sujets comme le voile ou la burqa, les lignes de front pourraient changer.

TF1 News : Au final, ce référendum peut-il se transformer en un "pour ou contre" l'islam ?
M.G. : L'hypothèse est plausible. Les débats auxquels j'ai participé ou assisté ont plus porté sur la question de l'islam en général que sur celle des minarets. En ce sens, il est probable que l'enjeu du vote sera plus interprété comme celui sur la place de l'islam que celui sur la place des minarets. Les opposants au texte vont ainsi se prononcer par rapport à la liberté de religion, en faisant remarquer que les musulmans sont plutôt bien intégrés dans le pays et qu'aucune association n'a demandé d'appliquer la charia. Les partisans de l'initiative vont, eux, voter en pensant à l'islam, pas aux minarets.

"La crispation identitaire plus forte que les finances"


TF1 News : Les éventuelles représailles économiques joueront-elles dans le choix des indécis ?
M.G. : C'est l'un des arguments surtout avancés par les partis dits "bourgeois", à savoir ceux du centre-droit. Si la Suisse vote "oui", elle sera en effet le premier pays au monde à interdire la construction de minarets. Les pays musulmans pourraient ensuite la boycotter, voire la  stigmatiser. Généralement, ces arguments économiques réussissent à mobiliser chez nous. Mais, paradoxalement, ils sont aussi repris par les partisans du texte. L'UDC fait ainsi remarquer que si les minarets sont acceptés par peur des représailles, cela prouve que l'islam nous impose sa puissance et qu'il faut donc y mettre un frein. Cependant, dans ce cas précis, il semble que la crispation identitaire soit plus forte que l'argument financier.

TF1 News : Comment les musulmans appréhendent-ils cette proposition ?
M.G. :
Difficile à dire. 85% des musulmans (ndlr : sur une population estimée à environ 400 000, soit 5%) sont étrangers. Seulement 15% ont la nationalité suisse. Sans surprise, les leaders associatifs se sont prononcés contre le texte, mais de manière modérée, en mettant en avant le risque d'amalgame. La population musulmane elle-même, très hétérogène, n'a pas beaucoup participé aux débats. D'ailleurs, l'une de mes recherches en cours montre que les musulmans se sentent bien intégrés. Ceci peut expliquer leur incompréhension face à l'initiative. Ils sentent donc qu'il s'agit surtout d'un prétexte pour discuter des modalités de leur présence en Suisse.  

Par Fabrice Aubert le 27 novembre 2009 à 05:45
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29 Commentaires

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  • putzi41, le 29/11/2009 à 18h17

    Nous n'interdisons pas les mosquées (pour l'instant), vu la liverté de culte, mais les minarets. Qui n'ont rien a voir avec des lieux de cultes. Trouve-on des jolies églises à côtés de minarets en terre musulmanne (hors de France) ???

  • trok, le 29/11/2009 à 14h30

    Les suisses ont répondus (ou vont répondre) oui car l'UDC joue sur la peur et l'entretien dans les medias pour créer une crainte aupres des suisses. Mais en réalité les suisses musulmans ne posent aucun problème dans leurs pays, ils sont chez eux et respectent la loi suisse. J'ai suivis cette affaire et l'UDC par le biais de la peur récolte des vois et fait croire que "pour être un bon musulman il ne faut plus qu'on puisse vous voir". Enfin pour répondre à citizen31, cette affaire n'est pas un commerce, en disant non aux minarets ou aux mosqué comme certains le voudrait, vous vous alliez à des dictatures comme l'Arabie saoudite, et en faisant cela, la France se trahirai. Signé: un français musulman.

  • moosehead25, le 29/11/2009 à 13h12

    Il y a des églises catholiques en Irak, vous ne le saviez pas ? L'Irak n'est pas l'Arabie.

  • moosehead25, le 29/11/2009 à 13h09

    Démagogie, pour les nuls, ça signifie qu'i y certaines questions qu'il vaut mieux ne pas poser. Parce qu'on connaît déjà la réponse, et que cette réponse, même si elle émane du plus grand nombre, ne veut pas dire que la majorité a raison. Lancez un référendum sur la peine de mort en France, et elle serait rétablie, tous les sondages le disent. Ce qui nous relèguerait en la matière au rang de l'Iran, de la Chine et du Texas. C'est ça la démagogie.

  • fabrice93300, le 29/11/2009 à 11h39

    Félicitations à vous, mais c tellement dommage qu'il y ait si peu de gens qui se rendent compte en effet de la chance qu'ils ont d'etre en france

  • la_guepe25, le 29/11/2009 à 11h20

    Bien vu

  • al38240, le 29/11/2009 à 11h09

    Par cet article, il fallait bien que les médias montrent qu'ils sont toujours dans la pensée unique qui dévaste notre pays ! ! !

  • seiyar70, le 29/11/2009 à 09h43

    Le financement de lieux de cultes par les municipalités est strictement interdit , dixit la même loi de 1905 , ces municipalités sont en totale infraction de la loi.

  • citizen31, le 29/11/2009 à 08h37

    Je ne comprend pas très bien votre titre. En quoi est-ce de la démagogie de s'interroger sur la construction de minarets en plein coeur de villes européennes et suisses en particulier? En quoi est-ce être démagogique que de vouloir préserver sa culture, sa civilisation? Que penser alors de l'Arabie Saoudite qui interdit la construction d'Eglises chrétiennes (et de tout autre culte autre que l'islam d'ailleurs) sur son territoire? Des chrétiens persécutés en terre d'islam etc...Parle t-on de "démagogie" à ce propos?

  • stelmaria0, le 28/11/2009 à 22h11

    Et qu'est ce que les bagdadis diraient si en plein milieu de Bagdad on construisait une belle et grande cathedrale?a voir.....

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