Des talibans au Pakistan © TF1/LCILes retombées d'un bombardement en Afghanistan sèment la zizanie à Berlin. Angela Merkel est désormais en ligne de mire d'une opposition qui l'appelle à dire si l'armée allemande a pour mission de tuer des talibans. "Je ne peux tout simplement pas croire que la chancelière allemande ait approuvé une telle stratégie d'homicides volontaires", a affirmé ce week-end dans un communiqué le président du parti social-démocrate Sigmar Gabriel, tout en appelant la chancelière à s'expliquer devant le parlement. "Mme Merkel doit expliquer si une stratégie d'assassinats ciblés fait partie de la politique afghane du gouvernement, et si la chancellerie, l'armée, et les services secrets ont autorisé une telle stratégie", ont affirmé pour leur part les dirigeants du parti des Verts, Jürgen Trittin et Renate Künast.
L'affaire remonte au 4 septembre - soit trois semaines avant les élections législatives en Allemagne - lorsqu'un colonel allemand, responsable de la région de Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, a fait appel à une frappe aérienne de l'Otan contre des talibans qui avaient détourné deux camions-citernes remplis d'essence.
142 morts, dont de nombreux civils
La frappe, selon l'Otan, aurait fait jusqu'à 142 morts, dont de nombreux civils. L'affaire a depuis gagné en ampleur, entraînant fin novembre la démission du chef d'état-major de l'armée, le général Wolfgang Schneiderhan, celle du secrétaire d'Etat à la Défense, Peter Wichert, puis celle du ministre du Travail, Franz Josef Jung, qui occupait en septembre le portefeuille de ministre de la Défense. Tous trois étaient accusés d'avoir cherché à dissimuler ou minimiser des informations relatives aux enquêtes internes concernant le bombardement qui, selon Berlin aujourd'hui, n'était "objectivement militairement pas approprié".
La presse allemande ce week-end remet toutefois en cause les explications données jusqu'à présent pour justifier la frappe. Selon plusieurs grands quotidiens, il s'agissait en fait de décapiter la direction des talibans dans la région, en tuant au moins deux de leurs chefs qui auraient été identifiés comme étant présents sur les lieux. Une telle opération offensive, mandatée par un pays marqué par sa responsabilité pour la Seconde guerre mondiale et où l'opinion publique est largement opposée à la guerre en Afghanistan, serait, selon l'opposition, contraire au mandat parlementaire autorisant ce déploiement.
"Le gouvernement fédéral doit répondre à ces affirmations et s'expliquer devant le parlement allemand, car une telle escalade n'est pas autorisée par le mandat parlementaire", a ainsi affirmé Sigmar Gabriel, dont le parti était au pouvoir avec les conservateurs d'Angela Merkel jusqu'à fin septembre. Le gouvernement allemand, qui rejette le terme de "guerre" en Afghanistan, a toujours affirmé que sa présence militaire dans ce pays vise à protéger les efforts de reconstruction et d'aide civile.
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