Portrait de Ramzan Kadyrov, le président tchétchéne, à Grozny, février 2010 © TF1Grozny, 19 février 2010. Pour Bertrand Lachat et moi, c'est comme un retour sur un passé fantasmé. Tous deux avons en mémoire notre passage dans les ruines martyrisées de la capitale tchétchène au moment où celle-ci croulait sous les bombes russes. C'était il y a dix ans, ou un peu plus, lorsque les défenseurs indépendantistes de la petite république se faisaient cerner par les troupes fédérales.
Tchétchénie : le chef des rebelles éliminé
Chamil Bassaïev a été tué dans la nuit de dimanche à lundi dans le Caucase russe. Il avait notamment revendiqué la prise d'otages de l'école de Beslan en septembre 2004.
Publié le 10/07/2006
Van Damme et Hilary Swank aux 35 ans du président Tchéchène
Pour célébrer ses 35 ans, le dirigeant Tchéchène, Ramzan Kadyrov, s'est offert des invités prestigieux. Pour l'occasion les acteurs Hilary Swank, Jean-Claude Van Damme et Kevin Costner avaient fait le déplacement, tout comme la célèbre violoniste Vanessa Mae.
Publié le 06/10/2011
Venus du sud et des montagnes, nous avions pénétré par la place Minutka et son tunnel jusqu'au cœur d'une ville quasi-rasée. Outre les rebelles tchétchènes prêts à en découdre jusqu'à la mort, ne circulaient que des civils terrorisés, autant de fantômes errant dans les décombres, et autres chiens affamés.
Immense mosquée
Ce vendredi, les mêmes lieux et le même carrefour central, près duquel avait autrefois trôné le palais présidentiel de Djokhar Doudaïev (ndlr : le premier chef indépendantiste tué en 1995), nous sautent au visage. Une immense mosquée flambant neuve y a été construite (photo ci-contre). Son dôme et ses minarets rappellent la stambouliote Sainte-Sophie.
A droite, à gauche, où que porte le regard, des chantiers fraîchement achevés ont fait surgir de terre des façades immaculées. Bâtiments administratifs et logements collectifs reconstruits jouxtent boutiques de luxe et restaurants branchés. Le long d'une avenue rebaptisée "Vladimir Poutine", une promenade surmontée d'arceaux tressés de lauriers parachève la perspective. La nuit, ce centre-ville transfiguré s'illumine de guirlandes électriques multicolores. C'est d'ailleurs en lettres géantes de néons rouges que s'affiche ici le nom du bienfaiteur : "Ramzan, Grozny te dit merci pour tout !".
De Kadyrov le tueur à Kadyrov le constructeur
Ramzan, c'est Ramzan Kadyrov. C'est pour faire son portrait que nous sommes revenus ici. Le président tchétchène, adoubé par Moscou et mandaté pour mettre fin à la guerre, fascine autant qu'il fait peur. Je l'avais déjà rencontré en 2005 quand Aslan Maskhadov menait encore un combat indépendantiste condamné à l'échec. Il m'avait dit qu'il le tuerait lui-même s'il le pouvait. Quelques mois plus tard, Alsan Maskhadov avait été retrouvé sur dénonciation et abattu. Puis ce fut au tour de Chamil Bassaïev, dernière grande figure des "Boieviki" et âme noire de la rébellion (ses revendications de la prise d'otage du Théâtre Nordost à Moscou et surtout de l'école de Beslan avaient achevé de le perdre). Disparu, lui aussi, dans l'explosion du chargement d'armes qu'il transportait.
Kadyrov ressemblait alors à l'image que je me faisais de lui. Un être sans pitié et assoiffé de vengeance après la mort de son père survenue dans un attentat signé conjointement des deux noms cités plus haut. Cette fois-ci, l'impression est différente. Ramzan Kadyrov le tueur est devenu Ramzan le constructeur. Après avoir présidé une soirée consacrée aux remises des trophées pour les meilleurs artistes tchétchènes, l'homme nous reçoit dans son fief de Goudermes, à 40km de Grozny.
Rigueur islamique
Blazer en tweed sur col roulé mauve, il enchaîne ce matin-là les réunions sur le terrain. Pas une minute à perdre : les chantiers doivent s'enchaîner sous la supervision pointilleuse du maître. A bord de sa puissante berline, où une kalachnikov plaqué-or traîne négligemment sur la banquette arrière, Ramzan Kadyrov nous fait le tour du propriétaire. C'est lui qui conduit, comme toujours (photo ci-contre). Ici, un futur terrain de foot, là un complexe de logements modernes en devenir ou encore des conduites de gaz déjà installées pour alimenter tout un quartier. A Grozny, une tour de 45 étages en est même à mi-hauteur. Si on le suit dans ses projets les plus fous, la Tchétchénie pourrait quasiment prendre des allures de petit Dubaï...
Je ne suis pas dupe de cette seule facette archi-positive bien sûr. Entre autres exactions qui lui sont imputées, l'ombre de l'assassinat de Natalia Estemirova, le 15 juillet dernier, plane sur son bilan. Cette militante de Mémorial, une ONG de défense des Droits de l'homme, n'avait pas son pareil pour dénoncer les disparitions inexpliquées dans le pays et les travers du jeune autocrate. En retour, il lui vouait une haine non dissimulée. Dans cette nouvelle Tchétchénie qu'il veut façonner à son image, Ramzan Kadyrov a également réintroduit une rigueur islamique. Pour s'opposer au wahabisme des derniers rebelles et bien qu'issue de la tradition soufi propre à la culture tchétchène, elle n'en empiète pas moins sur les principes de laïcité qui ont toujours eu cours dans la république caucasienne. Outre l'interdiction de la vente d'alcool 22h sur 24, les femmes doivent désormais porter le foulard dans les cheveux dans toutes les administrations publiques.
Quid des démocrates ?
Mais le fait est là, étonnant : l'homme a su rallier à lui, de gré ou de force, l'essentiel des chefs rebelles. Et des négociations sont en cours avec la dernière grande figure de l'indépendantisme d'antan, Ahmad Zakaïev, dont l'exil londonien pourrait bientôt prendre fin. Car la plupart d'entre eux constate le paradoxe suivant : quasi-autonome de la Russie, la Tchétchénie est dirigée par un Tchétchène, au pouvoir fort, qui réintroduit l'islam au cœur d'une société d'où la population d'origine russe a disparu.
Et ces mêmes rebelles de poser la question : dans ce cas, qui a réellement gagné la guerre ? Moscou n'assortit en fait qu'une condition à la carte blanche octroyée à Ramzan Kadyrov : que la souveraineté du Kremlin sur la région ne soit pas remise en cause. On l'aura compris, les seuls perdants dans l'affaire, sont les démocrates...
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Tchétchénie : le chef des rebelles éliminé

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