31 ans après, la police anglaise admet sa bavure

Par , le 27 avril 2010 à 16h52 , mis à jour le 27 avril 2010 à 17h15

Un rapport déclassifié de Scotland Yard admet que Blair Peach, décédé en 1979 lors d'une manifestation antiraciste, a été tué volontairement par un policier et non de manière accidentelle.

Blair Peach, photo non datéeBlair Peach, photo non datée © DR

Le 23 avril 1979, en pleine campagne électorale, le Front national anglais organise un meeting à Southall, le quartier de la communauté asiatique de Londres, à l'occasion du St George's Day, la fête nationale. Pour protester, la Ligue Antinazis appelle à une contre-manifestation dans le secteur. Au milieu de cette ambiance tendue, la police boucle tout le périmètre.

Très rapidement, la situation dégénère entre les forces de l'ordre et les 3.000 antiracistes. Jets de projectiles d'un côté, charges avec matraques de l'autre : avec plus de 300 arrestations et une centaine  de blessés, l'émeute est considérée comme l'une des violentes jamais survenues dans la capitale britannique. Elle est surtout fatale à Blair Peach, un professeur néo-zélandais de 33 ans, décédé à l'hôpital des suites de ses blessures reçues dans une rue adjacente à la mairie.

Onze témoins
 

Selon onze témoins, la victime a été frappée violemment et délibérément à la tête par des membres du groupe d'intervention spécial de la police métropolitaine (SPG), l'équivalent des CRS français. Au total, plus de 80 personnes sont auditionnées pour les besoins de l'enquête, dont 40 membres du SPG. Aucune ne reconnaît être à l'origine de la mort.
 
Un rapport interne et confidentiel de Scotland Yard est également diligenté. Dirigé par le commissaire divisionnaire John Cass, il aboutit à la conclusion qu'un officier, dont le nom n'est pas indiqué, est probablement l'auteur des coups mortels et qu'il a essayé de maquiller sa bavure en décès accidentel avec l'aide d'au moins deux de ses collègues. Tout en recommandant de poursuivre ces policiers, il ajoute qu'aucune preuve ne peut les incriminer avec certitude. "Cette situation n'est pas satisfaisante et perturbante", admet John Cass. Résultat : sans élément probant et sans aveux, la justice classe l'affaire en "mort accidentelle" en 1980.

Combat de 30 ans pour la famille 

Après 30 ans de lutte, la famille de Blair Peach, aidée par des associations, a obtenu que le rapport Cass soit déclassifié. Elle a donc découvert ce mardi que le document confirmait ce qu'elle avait toujours pensé : Blair Peach a bien été tué par un policier. Mais aucune action judiciaire n'est aujourd'hui envisageable puisqu'il est impossible de savoir qui a porté le coup mortel. "Je ne m'attendais pas à des poursuites. Je ne le regrette pas. Je suis juste satisfaite que le rapport révèle ce qu'il s'est réellement passé ce jour là", explique Celia Stubbs, la fiancée de Blair Peach à l'époque.

Par Fabrice Aubert le 27 avril 2010 à 16:52
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