"Il n'y a pas de vague nationale-populiste en Europe"

Par , le 15 juin 2010 à 05h45 , mis à jour le 15 juin 2010 à 11h02

Interview - Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême-droite en Europe, relativise sur TF1 News la montée des radicalismes, symbolisée par les bons scores réalisés par le PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas et par la N-VA de Bart De Wever en Belgique.

jean yves camus chercheur iris extreme droiteJean-Yves Camus est chercheur associé à l'Institut des relations internationales et stratégiques. Il est spécialisé dans l'étude des mouvements d'extrême-droite.

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TF1 News : La percée de Geert Wilders aux Pays-Bas et la victoire du N-VA en Flandre lors des législatives belges sont-elles le signe d'un basculement populiste ?
Jean-Yves Camus : Ce sont deux phénomènes différents qui sont le résultat de deux conjonctures elles-aussi différentes. Aux Pays-Bas, malgré la manière dont il est présenté par beaucoup de médias occidentaux, le PVV (Parti de la liberté) de Geert Wilders n'est pas un parti d'extrême-droite. Geert Wilders a par exemple été l'assistant parlementaire de Frits Bolkestein (ndlr : l'ancien commissaire européen au Marché intérieur rendu célèbre par sa directive sur les services dite "directive du plombier polonais") et a été député du VVD (ndlr : le parti libéral de droite).
 
Pour comprendre le phénomène Wilders, il faut le relier à Pim Fortuyn (ndlr : le leader populiste assassiné en 2002). Comme lui, il représente la même droite décomplexée qui affiche ouvertement son refus d'une société où l'islam -et pas seulement l'islamisme- serait visible. C'est en fait un homme de droite qui n'a qu'une seule obsession : le multiculturalisme, pilier de la société néerlandaise, et l'islam. Il compare ainsi le Coran à Mein Kampf et fait donc campagne aujourd'hui sur deux thèmes principaux : le refus de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et contre le multiculturalisme. Mais son score n'est pas seulement fonction de ses positions. Il y a un vrai débat actuellement dans la société néerlandaise pour savoir si le pays est allé trop loin dans le multiculturalisme. Le PVV accompagne ce débat.

exergue "Wilders n'est pas d'extrême-droite, De Wever n'est pas populiste"

TF1 News : Peut-on comparer Geert Wilders à un homme politique français ?
J.-Y. C. : Non. Certes, Geert Wilders se situe à l'extrême-droite de la classe politique néerlandaise puisqu'il n'y a plus aucun parti à sa droite, à part quelques groupuscules qui vivotent tant bien que mal. Mais il n'est en rien représentatif de l'extrême-droite comme on l'entend, c'est-à-dire l'extrême-droite liée aux fascismes. A l'instar de la Ligue du Nord ou de l'UDC en Suisse, il représente une nouvelle catégorie de partis xénophobes, qui ont beaucoup de crédit dans leur pays, mais qui ne se rattachent pas à l'extrême-droite.

Il fait ainsi aussi campagne pour la mise en place d'une forte protection sociale pour les classes favorisées et contre l'allongement de l'âge de la retraite. Sur ces points, il se rapproche plutôt des thèmes de l'extrême-gauche. De même, il est pro-israélien. L'antisémitisme d'une partie des musulmans néerlandais lui permet d'avoir des relais dans la communauté juive néerlandaise et dans l'Etat d'Israël. Les félicitations adressées par Bruno Gollnisch jeudi sont donc un acte unilatéral. Geert Wilders n'a jamais sollicité l'appui, ni même de rendez-vous, avec le Front national français.  
 
TF1 News : En Belgique, que signifie la percée des séparatistes flamands ?
J.-Y. C. : Il s'agit là d'un énième épisode de la marche vers un pays confédéral où coexisteront trois entités : la Flandre, la Wallonie et Bruxelles. Chacune sera totalement autonome. Seules les compétences régaliennes seront gérées par le gouvernement. Mais contrairement à ce qu'on peut lire ou entendre dans les médias, la N-VA n'est pas populiste. C'est simplement un parti conservateur de droite et républicain -il faut bien souligner cet aspect républicain. Il n'est pas plus populiste qu'une autre formation flamande.

A force d'être trop utilisé, le terme 'populiste', qui désigne normalement un parti xénophobe et qui décrédibilise les élites, finit par être galvaudé. Peut-on en effet utiliser ce terme très péjoratif pour  les partis qui ne font qu'émettre un avis négatif sur les élites ? 

exergue "La crise ne favorise pas obligatoirement l'extrême-droite"

TF1 News : PVV aux Pays-Bas, FN en France, Ligue du Nord en Italie. Les dernières élections tenues en Europe ont néanmoins montré une percée de ces partis contestataires de droite.
J.-Y. C. : Certes. Mais il y a aussi des contre-exemples. En Slovaquie, le Parti national slovaque (SNS) n'a récolté que 5% aux législatives de ce week-end contre le double lors du précédent scrutin. En Autriche, la candidate du FPÖ à la présidentielle d'avril, Barbara Rosenkranz, n'a obtenu que 15% (ndlr : en 2008, le FPÖ avait atteint 30% aux législatives). Et même en France, si le FN a progressé entre 2007 et 2010, il était en recul par rapport aux précédentes régionales de 2004. Au Royaume-Uni et en Allemagne, l'extrême-droite n'a également pas fait de bons scores aux législatives.

La question

Avez-vous déjà voté pour l'extrême-droite ?

Oui
Non

 
 

Il est donc difficile de parler d'une vague nationale-populiste en Europe actuellement. Au contraire. Comme on a encore pu le voir avec les Pays-Bas, la République tchèque ou la Hongrie, les électeurs font souvent le choix de formations de la droite classique qui promettent des mesures d'austérité. Bref, la crise ne favorise pas obligatoirement l'extrême-droite.  
 
TF1 News : La comparaison entre la situation actuelle et les années 30 est-elle exagérée ?
J.-Y. C. : Tout à fait. Il y a une différence massive : celle des filets de protection instaurés par les Etats. Dans les années 30, il n'y avait ni assurance chômage ni sécurité sociale. Et le contexte est totalement différent. La crise avait alors eu lieu une dizaine d'années après la fin de la 1re Guerre mondiale, qui était encore présente dans tous les esprits. Il n'y a eu aucun fait similaire en Europe depuis 1945. Le parallèle avec les années 30 me paraît donc inutile et alarmiste.

Par Fabrice Aubert le 15 juin 2010 à 05:45
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9 Commentaires

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  • deadpool59, le 15/06/2010 à 14h28

    Et ce n'est qu'un début!

  • depondy, le 15/06/2010 à 13h28

    Ben-voyons !!..

  • ovation1, le 15/06/2010 à 12h16

    Quand!

  • lucifer9068, le 15/06/2010 à 12h02

    C'est sur que tout va bien ! La sante va bien, les retraites vont bien, l'éducation va bien, l'économie va bien, l'agriculture va bien, la pêche va bien, l'industrie va bien ( comme la pêche, y en a plus !), le travail va bien (trés peu de chômeurs !), les guerres vont bien (la france fait triompher la démocratie en Irak, en palestine et en Afghanistan), la corruption va bien (18e en 2006... 24e rang aujourd'hui, la France est le plus corrompu parmi les pays riches !), la liberté de la presse va bien...(43e au classement FRS, derrière le Ghana, le Costa Rica, Trinidad et Tobago ou le Mali) !! !!! ils le savent ça les français ?? Mais c'est sur qu'il faut s'inquiète du populisme !!! J'imagine même que ceux qui sont actuellement au pouvoir s'en inquiètent très fort !!

  • zora63, le 15/06/2010 à 11h00

    Et alors pourquoi pas, on est bien des PEUPLES non?

  • nicapae, le 15/06/2010 à 10h55

    Quand bien meme est ce que populiste est un gros mot ? j entend peuple moi ! la gauche veut ostraciser mais la verité est que partout les peuples ne se tournent plus vers elle dans un contexte soi disant favorable pour elle

  • lucien31, le 15/06/2010 à 10h07

    Le FN, merci, on a vu ce que cela

  • l1b, le 15/06/2010 à 09h42

    Il y a une vague populiste nationale en france: ump et sarko . union pour la majorité POPULISTE.

  • imright, le 15/06/2010 à 07h33

    Heureusement que les britanniques sont là pour stopper la vague !

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