© AFP/R. UtrechtDiplômé de l'Université d'Amsterdam, Laurent Chambon est un sociologue et politologue français installé depuis plusieurs années aux Pays-Bas. Il anime notamment le site minorités.org. Trois mois après les législatives du 9 juin, un accord sur une coalition gouvernementale minoritaire entre libéraux et le centre-droit, soutenue par la formation populiste de Geert Wilders, a été conclu mardi soir. <b>Interview -</b> Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême-droite en Europe, relativise sur TF1 News la montée des radicalismes, symbolisée par les bons scores réalisés par le PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas et par la N-VA de Bart De Wever en Belgique. Avec 15% des voix et 24 sièges, Geert Wilders, au discours anti-islam, a déjoué les sondages et terminé en troisième position des législatives anticipées de mercredi. Il pourrait s'avérer incontournable pour que les libéraux du VVD, arrivés en tête, puissent former une coalition stable. Selon un sondage sorti des urnes, le parti anti-islam de Geert Wilders arrive deuxième aux élections législatives anticipées des Pays-Bas, juste derrière le parti libérale et les travaillistes arrivés en tête avec 31 sièges chacun. Le Parti pour la liberté, qui affiche ouvertement son hostilité à l'islam et participait pour la première fois aux municipales, dans deux villes seulement, est arrivé en tête à Almere et deuxième à La Haye. L'Iran, le Pakistan et l'Indonésie s'indignent de la diffusion du film sur le web. Le gouvernement hollandais appelle au calme, tout en dénonçant le brûlot. Le député d'extrême-droite Geert Wilders a mis en ligne "Fitna", un documentaire qui amalgame islam et terrorisme. Découvrez quelques images de "Fitna", le documentaire d'un député d'extrême-droite qui fait polémique.
Plus d'infosLe gouvernement néerlandais sera soutenu par le parti anti-islam

"Il n'y a pas de vague nationale-populiste en Europe"

Pays-Bas : l'extrême-droite en force

Législatives néerlandaises : percée de l'extrême-droite

L'extrême droite fait une percée aux Pays-Bas

Calme aux Pays-Bas, tension dans le monde musulman

Le film anti-islam diffusé sur Internet

Des extraits du film anti-islam diffusé sur le web

TF1 News : Après son bon score aux municipales de mars, Geert Wilders, le leader du PVV (Parti de la liberté), le parti populiste, faisait figure d'épouvantail et pouvait même rêver de finir en tête de ces législatives anticipées. Même s'il est acquis qu'il fera mieux qu'au dernier scrutin de 2006, les sondages le donnent néanmoins en recul par rapport à ses espoirs. Pourquoi ?
Laurent Chambon : Il tient tout d'abord au mode du scrutin, à la proportionnelle intégrale. Un écart de un ou deux sièges peut beaucoup modifier le rapport de forces entre les partis et par ricochet la composition d'une coalition. A priori, les partis de droite -libéraux du VVD, chrétiens-démocrates du CDA et PVV- devraient obtenir la majorité absolue. Reste donc à savoir si VVD et CDA seront prêts à intégrer Geert Wilders à leur coalition ou s'ils lui préfèreront un autre partenaire. Face à cette incertitude, les électeurs potentiels du PVV semblent avoir eu un réflexe de "vote utile". Ils ont estimé qu'il valait mieux voter pour les libéraux du VVD, au profil plus ou moins similaire, pour être sûrs d'être représentés au gouvernement plutôt que choisir une formation qui risque d'être inaudible dans l'opposition. Ce phénomène de "report de voix" a joué contre Geert Wilders.
Ensuite, malgré le discours anti-islam du PVV et d'une partie de la droite, les Néerlandais se sont rendu compte que ces élections auront une importance capitale sur les finances publiques et sur leurs propres finances privées. Les débats se sont finalement déplacés sur la question de savoir qui allait payer quoi. Les réponses proposées ont signé le retour du clivage classique gauche/droite, au détriment du PVV.
TF1 News : Pourtant, les difficultés économiques favorisent généralement les extrêmes et notamment l'extrême-droite. Geert Wilders aurait logiquement dû en profiter.
L.C. : Depuis un an et demi, la crise est désormais bien ancrée dans les esprits. Ce n'est plus une découverte. Et pour la première fois, l'ensemble des Néerlandais est touché par la crise. Ce ne sont plus seulement les ouvriers blancs qui sont au chômage, mais aussi les cadres et les élites. Or ils ne votent pas pour Wilders. Enfin, ce dernier, à part combattre l'islam, n'a aucun programme politique et économique. La crise a montré ses limites. Là aussi, ses électeurs potentiels ont préféré les deux autres partis de droite dont les programmes sont très structurés.
| "L'arrivée de Wilders dans la coalition serait mauvaise pour l'image des Pays-Bas" |
TF1 News : Néanmoins, en doublant a priori son nombre de sièges (entre quinze et vingt), Geert Wilders pourrait s'avérer indispensable pour former une coalition. Que représenterait son entrée au gouvernement, ou du moins son appui sans participation, pour les Pays-Bas ?
L.C. : Pour les gens, ce ne serait pas une catastrophe. En revanche, cela serait très mauvais pour l'image du pays. Les nations où la situation a déjà été testée ou est en cours comme l'Autriche ou le Danemark en payent les conséquences. C'est d'ailleurs là l'un des problèmes de Wilders. L'aile business du VVD affirme, qu'avec son arrivée, les Pays-Bas seraient à leur tour boycottés ou ostracisés et qu'ils perdraient alors de l'argent. Ces financiers font bien entendre qu'ils n'ont pas envie d'un scénario à la danoise. A noter également qu'à l'intérieur du CDA, les catholiques du Sud, dont les valeurs chrétiennes sont emprises d'humanisme et de tolérance envers les autres religions, prennent très mal les attaques contre l'islam. Leurs leaders menacent de démissionner ou de quitter le parti en cas d'accord gouvernemental avec le PVV.
TF1 News : Vous vivez aux Pays-Bas depuis plusieurs années. Plus globalement, comment expliquez-vous la montée de l'extrême-droite ?
L.C. : En fait, la question est de savoir pourquoi elle n'avait pas émergé auparavant comme dans la plupart des autres pays européens, où elle tourne généralement autour des 15%. Sur ce sujet, les Pays-Bas étaient un pays atypique. Ils viennent simplement de se normaliser. Si cela n'avait pas été sous l'impulsion de Geert Wilders, cela aurait été sous celle d'un autre leader.
| "Le vote Wilders n'est pas un vote raciste. C'est un vote culturaliste" |
TF1 News : Le vote Wilders est-il un vote raciste ?
L.C. : Au sens propre du terme, non, car ce n'est pas un vote contre une couleur de peau. C'est un vote "culturaliste" lié à un problème contre l'islam. Mais il ne faut pas non plus ne le réduire qu'à cela. Dans un pays où la progression sociale est bloquée, c'est un vote qui exprime également un désir de méritocratie afin de redonner le pouvoir au peuple. Sur ce point, Geert Wilders se rapproche de Pim Fortuyn (ndlr : le leader populiste assassiné en 2002), puisqu'il tient un discours anti-establishment auprès des "classes tatouées".
TF1 News : Favoris des sondages, les libéraux, les plus favorables au capitalisme, semblent le mieux profiter de la crise du capitalisme.
L.C. : Historiquement, les Pays-Bas ont inventé le capitalisme. Les partis néerlandais sont ainsi tous capitalistes. Même le SP (l'extrême-gauche) n'est pas anti-capitaliste. Les électeurs ne tiennent pas rigueur au VVD d'être la formation la plus capitaliste. La campagne n'a donc pas porté sur le maintien ou non du capitalisme comme modèle économique ni même sur sa régulation, considérée comme essentielle par tous, mais sur le curseur de la redistribution des richesses. Sans surprise, un clivage classique droite/gauche en est ressorti.
TF1 News : Quelle est la place de l'engagement en Afghanistan, à l'origine de ce scrutin anticipé, dans la campagne ?
L.C. : L'Afghanistan n'était qu'un prétexte pour faire tomber le gouvernement de Jan Peter Balkenende. Le sujet n'intéresse personne et aucun électeur ne fera son choix dessus. Les Néerlandais ne comprennent pas forcément pourquoi les troupes sont présentes dans ce pays. Mais ils sont aussi très atlantistes en raison des liens historiques entre les Pays-Bas et les Etats-Unis.
| Les libéraux du VVD favoris |
Selon les derniers sondages, le Parti libéral de Mark Rutte devrait obtenir environ 35 sièges sur 150. Le Parti travailliste (PvdA), mené par Job Cohen, arriverait en deuxième position avec une trentaine de députés, devant les chrétiens démocrates (CDA) du Premier ministre sortant, Jan Peter Balkenende, crédité de 25 mandats. Le Parti de la liberté (PVV) de Geert Wilders tourne entre 15 et 20 sièges. Le reste se réparti entre D66 (sociaux-libéraux), les Verts et le SP. |
Retour MYTF1
Le gouvernement néerlandais sera soutenu par le parti anti-islam
Chargement en cours...




