"L'interdiction de la corrida, un choix politique contre Madrid"

Par , le 28 juillet 2010 à 16h55 , mis à jour le 29 juillet 2010 à 10h03

Décryptage - Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste de l'Espagne, explique à TF1 News que la défense des animaux est surtout un prétexte utilisé par le parlement de Catalogne pour se démarquer du gouvernement espagnol.

corrida_parlementaires catalanesParlementaires catalanes heureuses après le vote sur l'interdiction de la corrida, 28 juillet 2010 © TF1/LCI

Jean-Jacques Kourliandsky est chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

  • Les arènes de Barcelone pleines à craquer pour la toute dernière corrida

    Sous les cris de "Liberté!" lancés par 18.000 aficionados exaltés, le dernier taureau est tombé sur le sable des arènes de La Monumental à Barcelone, dimanche, lors d'une ultime corrida à guichets fermés avant l'interdiction polémique qui frappe la Catalogne.

    Publié le 25/09/2011 Les arènes de Barcelone pleines à craquer pour la toute dernière corrida
  • La Catalogne interdit la corrida !

    Le Parlement régional catalan, qui dispose d'une large autonomie par rapport au Parlement national espagnol, a approuvé ce mercredi l'interdiction des corridas à partir de 2012. Après les Canaries, la Catalogne est la deuxième région espagnole à prendre cette mesure.

    Publié le 28/07/2010 La Catalogne interdit la corrida !
  • L'Onu valide l'indépendance du Kosovo

    La Cour internationale de justice, l'organe judiciaire des Nations unies, estime que la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo est légale. Même si cet avis n'est que consultatif, il valide de fait la sécession du Kosovo de la Serbie.

    Publié le 22/07/2010 L'Onu valide l'indépendance du Kosovo
  • Barcelone dit "adios" à la corrida

    C'est une journée historique pour les défenseurs comme pour les opposants à cette tradition controversée. Dimanche, Barcelone devait accueillir sa dernière corrida avant l'interdiction qui frappe la Catalogne.

    Publié le 25/09/2011 Barcelone dit "adios" à la corrida
  • Catalogne : la joie des anti-corridas

    Les défenseurs des animaux et anti-corridas ont laissé éclater leur joie mercredi à l'annonce de l'interdiction des corridas en Catalogne, deuxième région d'Espagne après les Canaries à abandonner cette tradition.

    Publié le 28/07/2010 Catalogne : la joie des anti-corridas
  • La Catalogne dit adios à la corrida

    Les députés du parlement régional de Catalogne (nord-est de l'Espagne) ont approuvé mercredi l'interdiction des corridas, à partir du 1er janvier 2012

    Publié le 28/07/2010 La Catalogne dit adios à la corrida
  • Barcelone : nues avant le vote catalan contre la corrida

    Le parlement régional de Catalogne doit décider mercredi matin s'il interdit ou non les combats de taureaux dans cette riche région du nord-est de l'Espagne.

    Publié le 27/07/2010 Barcelone : nues avant le vote catalan contre la corrida
  • Catalogne : pour ou contre la corrida ?

    Alors que le parlement régional de Catalogne doit décider mercredi matin s'il interdit ou non la corrida, Catalans et touristes disent ce qu'ils pensent de cette tradition culturelle.

    Publié le 27/07/2010 Catalogne : pour ou contre la corrida ?
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TF1 News : L'interdiction des corridas par la Catalogne est-elle un réel choix de défense des animaux ou une décision politique ?
J.-J. K. :
Cette interdiction est fondamentalement un choix politique. C'est une manière pour le Parlement catalan de se distinguer culturellement de Madrid. Dans les esprits, la corrida est en effet  liée à la capitale, à la droite et à Franco. La thèse de la défense des animaux était donc avant tout un prétexte, utilisé depuis plusieurs années déjà. Deux faits le confirment. Tout d'abord, dans le sud de la Catalogne, une tradition locale consiste à mettre le feu aux cornes de taureaux. Et elle n'a pas été interdite en même temps que ce vote sur  la corrida. Ensuite, les Catalans reprochent à Franco d'avoir utilisé la corrida pour exalter les valeurs espagnoles. Mais Franco agissait de manière identique avec le football. Mais là, personne ne feint de le remarquer en Catalogne. Il est vrai que le Barça, symbole de l'identité de la région, y est adulé.

TF1 News : Le vote intervient alors que le statut de la Catalogne est revenu sur le devant de la scène nationale.
J.-J. K. : Oui. Il y a quelques semaines, le Tribunal constitutionnel, saisi par le Parti populaire (ndlr : le grand parti de droite), a contesté, avec une lecture très littérale de la Constitution, le caractère de "nation" à la Catalogne. Il invalidait ainsi un processus entamé il y a plusieurs années par le Parlement catalan, validé par le Parlement espagnol puis enfin par les Catalans eux-mêmes par référendum. Cette décision du Tribunal constitutionnel a été à l'origine de la manifestation monstre réunissant au moins 100.000 personnes à Barcelone, soit la plus importante depuis 1977 et le retour de la démocratie, la veille de la finale de la Coupe du monde disputée par l'Espagne.

exergue "La décision de l'Onu sur le Kosovo est un élement de plus pour les nationalistes catalans"


TF1 News : A ce sujet, comment la Catalogne a-t-elle suivi la victoire espagnole ?
J.-J. K. :
La passion du foot et du jeu est beaucoup plus forte que la bataille entre la Catalogne et le pouvoir central. Il y avait aussi plusieurs joueurs du Barça parmi les titulaires réguliers, dont le buteur de la finale (ndlr : Andrès Inestia). Les Catalans ont donc fêté la victoire comme il se doit. Et ce n'est pas contradictoire avec la grande manifestation contre la décision du Tribunal constitutionnel. D'ailleurs, quasiment aucun homme politique d'envergure ni aucune autorité n'a essayé d'instrumentaliser le parcours en Coupe du monde, dans un camp comme dans l'autre.

TF1 News : Toujours sur ce statut de la Catalogne vis-à-vis de Madrid, comment a été perçu l'avis de la Cour internationale de Justice (CIJ), l'organe judiciaire de l'Onu, qui a validé la semaine dernière la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo de la Serbie ?
J.-J. K. : Intervenu quelques jours après celui du Tribunal constitutionnel espagnol, cet avis a une nouvelle fois fait rebondir le débat. Sans surprise, le gouvernement de José Luis Zapatero a redit son opposition à l'indépendance du Kosovo, pays qu'il refuse de reconnaître. A l'opposé, les nationalistes catalans (tout comme ceux d'autres régions espagnoles) ont évidemment salué la décision de la CIJ puisqu'elle va dans leur direction. Cela leur donne aussi un élément de plus à mettre en avant pour la campagne des élections au Parlement de Catalogne, prévues à la fin de l'année, face à la majorité de gauche, déjà en difficulté en raison de la crise économique.

exergue "Pas de scénario à la kosovare"

TF1 News : Dans cette optique électorale, comment se présente le camp des "nationalistes" catalans ?
J.-J. K. : CiU (Convergence et Union), le grand parti catalan du centre, ambitionne de retrouver la majorité. Il est aujourd'hui partagé entre plusieurs courants, avec autonomistes d'une part et indépendantistes d'autre part. Comme il n'a pas de ligne politique véritablement claire, il se base sur le slogan "La Catalogne d'abord", ce qui lui évite d'en dire plus sur ses intentions. A terme, il se satisferait certainement d'une confédération avec Madrid.  Le courant indépendantiste pur et dur représente quant à lui environ 20% de la tendance nationaliste. Mais comme il n'est pas très structuré, ses électeurs votent un coup à droite, un coup à gauche ou encore pour les petits partis.
 
TF1 News : Peut-on envisager un jour que la Catalogne proclame unilatéralement son indépendance de l'Espagne, sur le modèle du Kosovo face à la Serbie ?
J.-J. K. :  Une esquisse avait déjà eu lieu au début des années 90. Profitant de l'exemple des Pays Baltes et du divorce de velours entre la République tchèque et la Slovaquie, la Catalogne, le Pays basque et la Galice avaient adopté un "vœu" reconnaissant leurs droits à la souveraineté et à l'autodétermination. Même si cela n'avait pas été suivi d'effet concret, le symbole était important. Depuis, les nationalistes, qui se disent "européens", se prévalent de l'Union européenne pour leur bataille. Ils sont ainsi extrêmement favorables à l'UE car la plupart des transferts de souveraineté vers Bruxelles se font aux dépens de Madrid. Le gouvernement espagnol, qui perd aussi ses compétences au profit de Barcelone au niveau régional, est ainsi piégé.

La question

Interdire la corrida en France :

Pour
Contre

 
 

En revanche,  il est pour l'instant exclu de voir la Catalogne agir à la manière du Kosovo. L'espace politique entre autonomistes, nationalistes et indépendantistes est encore trop composite. Et dans la population, il n'y a pas encore de sentiment majoritaire pour l'indépendance, mais simplement pour un renfort de l'autonomie avec une augmentation des décisions prises à Barcelone et non à Madrid.

Par Fabrice Aubert le 28 juillet 2010 à 16:55
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23 Commentaires

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  • manoma3, le 29/07/2010 à 21h47

    Jef464, moi je vis près de Tarragona, mais ce n´est pas pour autant que je suis pour les corridas ou pour n´importe quel autre type de tortures et maltraitance, inventées par les "humains" (??) Quant à la Feria de Pamplona, pour moi c´est pareil: ces pauvres taureaux affolés doivent courir au milieu d´une foule d´individus inconscients qui cherchent à faire monter leur adrénaline, et comme récompense, ils seront sacrifiés l´après-midi même durant la corrida, et ça pendant 7 jours! Soit 42 taureaux!... Mais...il n´y a rien à dire: c´est la tradition! didierbretagne, le but de l´action des picadors est de faire saigner le taureau le plus possible pour qu´il perde des forces et par conséquent s´épuise plus vite et attaque moins fort...Suivent les banderilles pour "parachever" le travail et que le sang coule encore plus...Voilà, c´est ça la corrida! On triche au départ car bien évidemment, "à la loyale", le taureau serait sûrement gagnant! (Et malgré cela, il arrive en effet qu´il gagne! Et j´avoue très sincèrement que lorsque j´entends à la TV qu´un torero a été "corneado" je dis : c´est bien fait!) Et il y en a qui en appellent aux "traditions" séculaires, ou au "sport", ou qui parlent de "liberté supprimée"? Laquelle? Celle de tous les sadiques qui se donnent une poussée d´adrénaline en hurlant dans l´arène? Espérons, comme l´ écrit un autre internaute, que l´on arrive un jour à supprimer totalement toutes ces fausses traditions héritées depuis des siècles (les combats romains d´un lion contre un homme, - sauf qu´à cette époque le lion gagnait puisque le pauvre condamné n´avait que ses mains pour se défendre! - par exemple). Là, le taureau n´a aucune chance! Et pensons aux taureaux auxquels on place une boule de feu sur chaque corne, qui en deviennent à moitié fous, devant une foule en délire, et ne peuvent rien faire pour y échapper car ils sont attachés! Je pourrais en citer beaucoup d´autres, mais ça suffit comme ça! On finira par avoir des cauchemars! On ne peut pas tout faire, tout permettre, au nom des traditions! Surtout au XXIème siècle.

  • duh24, le 29/07/2010 à 15h14

    Je vois enfin que la nature de l'homme d'aujourd'hui à évoluer dans le bon sens.La corrida qui était une tradition antiquitaire catalo-espagnol va commencer à s'éffacer à jamais. Je pense que les pratiques antiquitaires atroces comme celles de la rome antique ont finalement disparu avec autre temps et autres moeurs. Il sera de même pour la corrida que l'homme a maintenant pris conscience de la souffrance de l'animal: qu'il faut cesser d'organiser des spectacles qui se terminent toujours par des bains de sang avec des applaudissements du public sadique. En parlant du sadisme, c'est un comportement non issu de l'espèce humaine mais d'un monstre qui apprécie la souffrance d'autrui aussi bien pour l'animal que pour l'homme.Je ne pense pas que ceux qui apprécient le sang et la souffrance de l'animal aimeraient prendre sa souffrance à sa place car ces gens là ne savent toujours pas ce qu'il font comme le disait Jésus Christ au moment de sa cruxification par les romains sadiques. En tout cas, pourvu que ces gens là se feront pardonnner et épargner par la nature que dieu a créé imparfaitement, sinon on ne serait pas ainsi avec la nature selon moi.

  • sundiego06, le 29/07/2010 à 14h29

    La liberté de faire souffrir les animaux, vous appelez ça une liberté ???

  • sambrest, le 29/07/2010 à 14h23

    Bravo mpegase77!

  • bonscott12, le 29/07/2010 à 10h30

    Je n'aurais pas dit mieux. Très bonne analyse

  • petipoi44, le 29/07/2010 à 09h15

    Bonjour ! Vous avez tout résumé ! Je suis totalement d'accord avec vous ! Bonne journée à tous !

  • roland77, le 29/07/2010 à 08h55

    Et une de plus pour nos " amis " les animaux.!!!

  • flb28, le 29/07/2010 à 08h29

    Encore une liberté de moins.

  • roland77, le 29/07/2010 à 08h23

    Je suis content pour les taureaux . Il reste plus qu'à la France " d'évoluer " à son tour .!!!!! Elle devrait prendre modèle sur l'Espagne . Tant pour la corrida que pour le football.!!!

  • miaagil, le 29/07/2010 à 08h07

    Bien ou pas bien.... le problème à présent va être de "recaser" toutes les personnes qui en vivent sur le terrain et avec le taux de chômage désastreux de l'Espagne... c'est pas gagné ! Dommage que cela arrive maintenant.

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