Dans ses Mémoires, Blair raconte Chirac et conseille Sarkozy pour 2012

le 01 septembre 2010 à 14h04 , mis à jour le 01 septembre 2010 à 17h41

Dans la version française de son autobiographie retentissante parue mercredi, l'ex Premier ministre britannique confie son amour pour la France, raconte des anecdotes sur Jacques Chirac et divulgue ses conseils politiques au président français.

Les Mémoires de Tony Blair en sortie mondiale le 1er septembre 2010Les Mémoires de Tony Blair en sortie mondiale le 1er septembre 2010 © TF1-LCI

"J'adore la France. Et plus surprenant peut-être pour un Britannique, j'aime les Français", confie Tony Blair, qui donne aussi des conseils à Nicolas Sarkozy pour être réélu, dans l'avant-propos à l'édition française de son autobiographie "A Journey" ("Un voyage") publiée mercredi en sortie mondiale. Si le président français "s'éloigne de ses réformes, il perdra. (...) L'opinion publique lui pardonnera son prétendu train de vie luxueux et les ‘scandales' présumés (...). Elle ne lui pardonnera pas d'oublier ce pourquoi il a été élu. Non parce que c'est un type bien, mais parce que la France veut retrouver sa grandeur", écrit l'ancien Premier ministre britannique dans l'avant-propos de ses Mémoires de 800 pages, publiées en France chez Albin Michel. "Lorsque j'étais Premier ministre, rappelle-t-il, j'ai eu des différends politiques avec la France, mais ils n'ont jamais interféré avec mon histoire d'amour" pour ce pays.
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Tony Blair dément par ailleurs "le mythe" selon lequel il n'aimait pas Jacques Chirac et évoque une anecdote, lors du sommet de Nice en décembre 2000, où les discussions s'enlisaient : "Soudain, vers 3 heures du matin, il en a eu assez (...) Il a repoussé sa chaise et sorti un magazine consacré à l'art japonais qu'il s'est mis à lire ostensiblement. De nombreux chefs d'Etat ont jugé son attitude effarante. Moi, je l'ai trouvée éminemment drôle". La France présidait alors l'UE. "Autre détail que j'ai toujours trouvé fascinant pour un président français : il ne buvait pas de vin. Bière, pain frais et un penchant pour la gastronomie asiatique. Il me restera ce souvenir de nos rencontres. Mais sinon, très français, très présidentiel", ajoute-t-il.

L'anecdote gastronomique

Autre petite histoire, Jacques Chirac, amateur bien connu de tête de veau, n'appréciait guère la gastronomie britannique, ce qui lui valut d'être sur le grill lors d'un dîner avec la reine Elisabeth, révèle aussi Tony Blair. Lorsqu'il arrive au Sommet du G8 à Gleneagles, en Ecosse, en juillet 2005, l'ancien président français fait grise mine : il vient d'encaisser le vote négatif des Français au référendum sur la Constitution européenne, et Londres vient de se voir allouer les JO de 2012, au détriment notamment de Paris. Pour couronner le tout, ses confidences sur la gastronomie britannique et finlandaise, à Vladimir Poutine et Gerhard Schroeder quelques jours plus tôt, lui attirent les foudres outre-Manche et en Finlande. Il aurait dit, rappelle Blair, "qu'on ne pouvait faire confiance à des gens dont la nourriture est aussi mauvaise".

Le sommet s'ouvre par un dîner en grande pompe offert par la reine. "Comme nous nous asseyions à table avec la Reine, le Premier ministre japonais Koizumi se lança dans une plaisanterie", relate Tony Blair. "Comme il attaquait le premier plat il lança à travers la table à Jacques bien fort dans son anglais hésitant ‘Hey Jacques, excellente nourriture anglaise, n'est-ce pas ?', suivi d'éclats de rire". Jacques Chirac se lance dans des protestations véhémentes auprès de la Reine, assurant n'avoir jamais dénigré les mets britanniques. "Il dit quoi ?" interroge sa Majesté, ce qui rend nécessaire de relater toute l'histoire, pour la plus grande joie de l'assemblée, et particulièrement de Junichiro Koizumi, qui ponctue chaque bouchée de remarques sur l'excellence de la cuisine "au point que j'ai cru que Jacques allait s'emparer du pistolet de son aide de camp pour lui tirer dessus".

Autrement, Tony Blair rend indirectement hommage à la clairvoyance de Jacques Chirac, qui l'enjoint immédiatement de rentrer à Londres alors que des attentats islamistes viennent de faire 52 morts dans la capitale britannique. "J'ai appelé les autres dirigeants et leur ai expliqué la situation (...) c'est Jacques qui a été le plus catégorique : ‘vous devez rentrer, le peuple anglais s'y attendra'". Parlant de l'Europe, l'ex-Premier ministre britannique souligne : "Ce n'est pas une coïncidence si Jacques (Chirac) et moi avons initié la politique de Défense européenne". "La Grande-Bretagne doit perdre ses inhibitions face à l'Europe. La France, les siennes face à l'Amérique", estime-t-il encore.

Plaisantant sur l'antagonisme entre Français et Anglais, Tony Blair livre enfin un souvenir personnel. "Un jour, je suis tombé amoureux d'une Française. Elle était passionnée, j'étais un peu... anglais. J'ai cru ne jamais arriver à la comprendre. Elle croyait inutile d'essayer. ‘Arrête de réfléchir et apprends à te faire plaisir', me disait-elle souvent. A la réflexion, peut-être avait-elle raison. Ou peut-être avions-nous raison tous les deux".
 

Blair et ses 2 guerres, l'Irak et Brown

Dans son autobiographie dominée par les deux guerres qui ont précipité sa chute en 2007 et terni son héritage, celle, fratricide, contre "le désastreux" Gordon Brown, l'autre contre "le tyran" Saddam Hussein,  Tony Blair reconnaît ne pas avoir imaginé au début de la guerre en Irak le "cauchemar" qui allait suivre. En revanche, il maintient qu'il ne regrette en rien de s'être joint à l'invasion emmenée par les Etats-Unis. "Je me suis souvent demandé si je m'étais trompé. Je souhaite que vous vous demandiez si j'ai pu avoir raison."

Concernant Gordon Brown, l'ancien Premier ministre britannique, célèbre pour ses talents de communicateur, n'est pas avare de formules choc dans son autobiographie. "Calcul politique, oui. Sentiments politiques, non. Intelligence d'analyse, absolument. Intelligence émotionnelle, aucune", "était-il difficile, parfois exaspérant ? Oui. Mais il était aussi fort, compétent et brillant, et je n'ai jamais cessé de respecter ces qualités", "je suis parvenu à la conclusion qu'il valait mieux l'avoir à l'intérieur, et sous contrôle, qu'à l'extérieur et incontrôlé, ou pire, devenant la figure de proue d'une force de gauche susceptible de faire bien plus de dégâts".

L'auteur confesse d'ailleurs un penchant pour la boisson, né du stress engendré par sa rivalité avec Brown qui fut, dix années durant, son ministre des Finances avant de lui succéder au 10 Downing street. "Un whisky ou un gin tonic à l'apéritif et un ou deux verres de vin, voire une demi bouteille" au dîner. Il n'y avait rien là "d'excessivement excessif", mais cela devenait "une béquille", confie Blair.

le 01 septembre 2010 à 14:04
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