T-shirts tirés du catalogue en ligne de la marque allemande "Thor Steinar". © Thor SteinarMême masquée en victime de la mode, l'extrême-droite allemande continue à faire des vagues. L'université de Greifswald, sur la Baltique, a dû récemment expliciter dans son règlement l'interdiction de porter des vêtements et autres insignes pouvant rappeler la période du nazisme. En cause, un professeur de droit qui s'était mis en tête, au semestre dernier, de parader devant ses étudiants affublé de vêtements de la marque "Thor Steinar", particulièrement appréciée par les sympathisants de l'extrême-droite en raison de ses sigles, qui rappellent ceux des nazis.
Un supporter raciste condamné pour le port d'un blouson "Lonsdale"
Un supporter de l'AS Saint-Etienne a éte condamné à un an d'interdiction de stade pour avoir porté un blouson de la marque Lonsdale, prisée des néonazis, et revendiqué son racisme.
Publié le 23/07/2011
Ce n'est pas la première fois qu'une telle décision est prise : le parlement fédéral, les parlements régionaux du Brandebourg et de Poméranie-antérieure ainsi que le stade de football de l'équipe du Hansa Rostock ont également banni "Thor Steinar" de leurs enceintes.
Marqueur identitaire
Alors, à quand une loi ? En la matière, la Constitution allemande est déjà très stricte. Elle stipule que les emblèmes nazis, ainsi que le salut hitlérien, sont interdits en public. Pourquoi alors des interdictions locales plutôt qu'un veto national ? "Parce que tout en s'inspirant d'une imagerie aux forts relents néo-nazies, la marque demeure tout à fait constitutionnelle", assure Jean-Yves Camus, chercheur à l'Institut de recherches int ernationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de l'extrême-droite. Ici, point de propagande nazie, avec croix gammées et insignes SS : "Thor Steinar est une marque "Sportswear", plutôt haut-de-gamme, dont les vêtements ne comportent aucun emblème proscrit". En bref, la marque, qui détient plusieurs boutiques en Allemagne, est à l'abri de la justice allemande.
Mais la griffe n'en reste pas moins subversive. "En allemand, 'Thor Steinar' signifie "Marteau de Thor", explique Jean-Yves Camus, "C'est une référence à un Dieu de la mythologie germanique que les vikings, entre autres, associaient volontiers au tonnerre et à la guerre". Voilà donc la ruse de la marque : "Thor Steinar décline pour ses motifs toute la symbolique du guerrier germanique, chère aux milieux d'extrême-droite, mais absolument pas nazie", précise Jean-Yves Camus. "Insidieusement, ces vêtements deviennent un signe de ralliement pour les gens du milieu. C'est une sorte de marqueur identitaire". Avec parfois, des références directes à l'armée du 3e Reich et à la pureté du "peuple nordique", tout de même.
Le look skinhead délaissé
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| L'ancien logo de Thor Steinar |
A l'origine de la saga Thor Steinar en 2002, il y a un certain Axel Kopelke, un "créateur" de prêt-à-porter décrit par les milieux antifascistes comme proche du parti néo-nazi allemand NPD. Et selon Jean-Yves Camus, c'est avant tout "un homme d'affaires avisé, qui enregistre quelque deux millions d'euros de chiffre d'affaires annuels, qui a bien compris l'évolution des milieux d'extrême droite". Ces derniers auraient délaissé le look skinhead traditionnel pour un mode d'habillement en apparence banalisé : "C'est devenu l'uniforme du militant de base de l'extrême droite allemande", confirme le chercheur de l'Iris.
Quelque 900 clients français
Et si les nazillons français veulent se mettre à la mode d'outre-Rhin ? Rien de plus simple, apparemment. Au-delà du flou juridique qui règne également dans l'hexagone et qui permet à des marques de s'inspirer des valeurs nazies sans tomber sous le coup de la loi, les opportunités de se procurer du "Thor Steinar" sont nombreuses. Sur internet, on recense même un magasin français, basé dans le Nord, qui a cette griffe en stock. Et de toutes façons, la marque allemande propose aussi ses articles à la vente par correspondance.
Mais l'achat n'est pas sans risque : petite revanche des réseaux antifascistes, le fichier des clients français a récemment été piraté et diffusé sur la toile. Au vu des quelque 900 noms recensés, les "fashionistas" nazis sont légions en France. Sur leur blog, les journalistes du Monde Abel Mestre et Caroline Monnot y ont même trouvé, pêle-mêle, un ancien responsable du FNJ, un responsable du syndicat étudiant RED (rassemblement étudiant de droite) et une bonne dizaine de militaires qui se font livrer à leur caserne...
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