Contestée pour sa politique à l'égard des Roms, la France a justifié mardi son attitude en expliquant devant la Commission européenne que les reconduites d'étrangers notamment Roumains dans leur pays d'origine respectaient "scrupuleusement" le droit européen.
La France "ne stigmatise personne" et "aucune expulsion collective n'a été mise en oeuvre", a dit Pierre Lellouche devant la presse à l'issue de la réunion avec les commissaires européennes chargées de la Justice et des Affaires intérieures, Viviane Reding et Cecilia Malmström. "L'action menée par le gouvernement français a donné lieu à de nombreuses caricatures et à des amalgames inacceptables", s'est indigné quant à lui Eric Besson. "Il est de mon devoir d'y mettre fin", a-t-il ajouté. Le ministre français de l'Immigration a fait état d'un dialogue "franc, approfondi et constructif" avec la Commission, gardienne des traités européens et donc du respect des règles communes.
Sans jamais critiquer explicitement la politique française, la Commission a invité plusieurs fois Paris à respecter les règles européennes sur la liberté de circulation et la liberté d'établissement dans l'Union. Sur le premier point, Eric Besson a salué le "formidable acquis" que représente, selon lui, le droit à la libre circulation en Europe des 500 millions de citoyens européens. Mais il a également ajouté que ce droit n'était "pas inconditionnel". "Cette liberté ne peut servir de prétexte à des activités illicites, en particulier le trafic d'êtres humains", a-t-il dit.
"Les Roms sont des citoyens européens, ils ont les mêmes droits que tout le monde"
Concernant le droit de séjour des citoyens européens dans le pays de l'Union de leur choix, Eric Besson a insisté sur la "responsabilité propre de chaque Etat de l'UE pour l'intégration sociale et économique de ses ressortissants", semblant indiquer implicitement que la question de l'intégration des Roms était d'abord une affaire concernant essentiellement la Roumanie. Ce n'est pas l'avis de la Commission. "Les Roms sont des citoyens européens, ils ont les mêmes droits que tout le monde. L'intégration des Roms, c'est partout en Europe, les pays d'origine, les pays d'accueil, nous parlons de tous les Etats membres. Il faut une intégration complète dans chaque Etat membre", a dit, juste avant la réunion, le porte-parole de Viviane Reding, Matthew Newman.
Reçu par Mmes Reding et Malmström après les ministres français, le numéro deux de la diplomatie roumaine Bogdan Aurescu a estimé de son côté que les arguments sécuritaires invoqués par la France pour tenter de justifier les renvois de Roms n'étaient "pas valides". "J'ai demandé à la Commission européenne de vérifier si ces rapatriements volontaires le sont vraiment, compte tenu des circonstances entourant les évacuations successives des campements, jusqu'à ce que les personnes en question soient obligées d'accepter l'offre de retourner dans leur pays en échange d'une somme d'argent", a précisé Bogdan Aurescu.
L'exécutif européen n'a pas fait de commentaires à l'issue de ces rencontres mais, selon un fonctionnaire européen, les commissaires ont insisté devant les représentants français sur le fait qu'on ne doit pas seulement parler des expulsions de ceux qui ne respectent pas la loi, mais aussi de l'intégration nécessaire des Roms en Europe, sans distinction de pays d'origine ou d'accueil.







