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Avec les Jeux olympiques, Londres achèvera-t-elle sa mue ?

Fabrice Aubert par
le 28 décembre 2010 à 05h45
Temps de lecture
5min
Vue d'artiste de la transformation du Parc olympique, avec Londres au fond

Vue d'artiste de la transformation du Parc olympique après les JO, avec Londres au fond / Crédits : Olympics and Park Legacy Company

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Europe Reportage - Le Parc olympique et ses alentours, installés dans la banlieue Nord-Est de la capitale britannique, sont utilisés par la ville et l'Etat comme fer de lance de la réhabilitation d'une zone urbaine populaire ignorée par les opérations des dernières années. Reste à savoir quel sera l'impact de la crise sur le projet.

L'Est de Londres a toujours été historiquement le secteur populaire, industriel et défavorisé de la capitale anglaise. Depuis le milieu des années 80, les pouvoirs publics ont redynamisé cet East London en s'appuyant sur les agences locales de développement économique et les opérateurs privés. Symbole de cette renaissance, Canary Wharf, créé de toutes pièces à la place des anciens docks, est ainsi devenu, avec 90.000 employés, un quartier d'affaires dynamique, concurrent de la City.

Mais le nord-est de ce "Greater London" -qui, à Paris, s'étendrait jusqu'à la grande couronne- avait été oublié des différents plans de réhabilitation. Au début des années 2000, le projet olympique de la ville, porté par le maire travailliste de l'époque Ken Livingstone, et appuyé par le Premier ministre travailliste Tony Blair, a donc été centré sur ce secteur. Avec comme objectif principal d'utiliser les Jeux, et tout leur apport économique potentiel (le dossier a été monté avant la crise...) pour "régénérer", selon le terme employé, la zone sur le très long terme et l'associer au développement durable -le prix du foncier étant très bas, le prix d'achat du terrain a aussi été un argument, moins mis en avant évidemment.

Depuis, la mairie est passée à droite avec Boris Johnson, comme le gouvernement avec David Cameron. Mais la ligne directrice du projet n'a pas réellement changé. "Il y a une sorte d'unité nationale droite-gauche sur le sujet. Les conservateurs n'ont pas critiqué les travaillistes quand ils étaient dans l'opposition. L'inverse est vrai depuis le changement de la majorité", soulignent les observateurs.

Stratford, la cité populaire

A une quinzaine de kilomètres de Westminster, soit un peu de moins d'une heure de route avec les bouchons, c'est Stratford, toujours située sur le territoire de Londres intra muros au sens administratif du terme et qui correspondrait en France à une ZUP de la banlieue parisienne, qui a été choisie pour accueillir l'"Olympic Park". L'idée est d'y rassembler les principales installations (stade olympique, piscine, centre de presse...) et les compétitions les plus médiatiques. Pour l'instant, les abords de ce Parc olympique, coincé entre plusieurs autoroutes et des no man's lands, ne sont évidemment pas encore très engageants.
 
Prévu jusqu'à fin 2011, le chantier emploie plus de 10.000 employés et fait travailler de nombreuses entreprises. Une fois terminé, sans avoir le faste de Pékin, le Parc devrait à la fois assurer des Jeux dignes de ce nom et faire connaître Stratford au monde entier. "Notre objectif n'est pas seulement de construire des lieux fantastiques. C'est aussi de revitaliser des parties de cette ville négligées pendant des centaines d'années", a encore affirmé Boris Johnson le 20 décembre lors d'une cérémonie au stade olympique.
 
"L"Olympic legacy" à l'honneur

Pour cela, la question du devenir du complexe à partir du 10 septembre 2012, au lendemain de la fin des Jeux paralympiques, qui suivront les Jeux olympiques, est primordial.  Londres a retenu en partie la leçon des difficultés vécues à Athènes et Pékin en intégrant donc cette utilisation ultérieure dès la conception du dossier.

Une structure dédiée, l'Olympics and Park Legacy Company (OPLC, "Héritage des Jeux et du Parc"), gérée par la ville de Londres et le gouvernement, a ainsi été montée dans cette optique. Son budget initial : 450 millions de livres, en plus des 12 milliards d'euros dépensés pour les Jeux proprement dits, tous postes de budgets confondus, sport et hors sport, sur l'ensemble du pays. Sa principale mission : assurer, comme son nom l'indique, la reconversion, entre autres, du site de Stratford en une nouvelle zone urbaine où il fait bon vivre afin de parachever, vingt ans après ses débuts, la mue de l'East London.

Stratford, la nouvelle ville

jo londres village olympique après
Vue d'artiste : le village olympique
transformé en quartier d'habitations

Sur le papier, le projet de transformation, auquel sont associés le privé et des agences locales, est intéressant. Tout d'abord, le village olympique (dont la capacité a été réduite à 3.000 logements pour les athlètes contre 4.500 à l'origine en raison de son coût et du désengagement de son constructeur privé, relayé ensuite par l'Etat) doit être transformé en immeubles d'habitations à haute valeur écologique, mêlant à la fois appartements privés et logements sociaux, ces derniers accueillant les habitants les plus pauvres de Stratford et des environs.

D'autres projets immobiliers répartis dans le Parc et aux alentours -certains sont déjà sortis de terre à quelques mètres du chantier- doivent permettre d'aboutir au total à l'apparition d'environ 20.000 nouvelles habitations (dont 40% de HLM), soit au minimum 60.000 personnes ! Bref, c'est une ville nouvelle, avec tout ce qui va avec (centres médicaux, installations sportives...), qui verra le jour.

Gare eurostar, centre commercial...

Vue d'artiste : bâtiment universitaire à Stratford après la reconversion du Parc Olympique
Vue d'artiste : bâtiment universitaire
après la reconversion  du
Parc olympique

Et pour attirer ses futurs habitants et ses futurs patrons, Stratford misen, entre autres, sur ses nouveaux transports en commun, construits spécialement pour l'occasion. Parmi l'héritage, une gare internationale de l'Eurostar, une gare DLR (le RER local), et des accès routiers simplifiés réduisant le temps pour venir ou aller dans le centre de Londres. En marge des JO proprement dits, un gigantesque centre commercial, situé à quelques centaines de mètres du stade olympique, est aussi censé devenir l'un des plus importants d'Europe si tout se passe comme sur des roulettes. "Les gens iront faire du shopping et créeront ainsi un boom économique", assure Stephen  Stringer, le directeur adjoint  de l'Olympics and Park Legacy company, à TF1 News. Et pour offrir des conditions de vie agréables, le Parc olympique proprement dit sera transformé en un vaste espace vert, baptisé "Queen Elizabeth Olympic Park" en l'honneur de la reine. Prix initial de la création de cet  "Hyde park de la banlieue" : 438 millions d'euros. Prix final envisagé : 1 milliard d'euros.

Livraison théorique de cette "ville nouvelle" : 2014. Le pari sera-t-il tenu ? Mystère, puisque la crise immobilière a, comme partout, à la fois refroidi les ardeurs des promoteurs et des candidats à l'accession à la propriété. Par ricochet, cela serait autant de rentrées financières en moins pour la ville et l'Etat, qui avaient misé dessus pour éponger les dettes.

Un club dans le stade ? 

Vue d'artiste : le stade olympique et ses alentours après les Jeux
Vue d'artiste : le stade olympique
et ses alentours après les Jeux
 

Pour ne pas vieillir bêtement (et justifier des critiques sur l'argent dépensé uniquement pour quinze jours), les infrastructures en elle-mêmes sont appelées à perdurer, et donc à générer du profit. Le stade olympique, qui ne sera de fait qu'un grand stade de plus dans l'agglomération après Wembley (pour le foot), Twickenham (pour le rugby) et l'Emirates (où joue Arsenal), sera réduit. "Aujourd'hui, trois solutions restent possibles pour sa reconversion, dans une configuration allant de 30.000 à 60.000 spectateurs au lieu de 80.000 : soit une utilisation par les clubs de football de West Ham ou Tottenham, soit une transformation en stade d'athlétisme", explique Stephen Stringer. Il va sans dire que l'option football est la plus appréciée. Elle garantirait une utilisation quasi-hebdomadaire et une redevance plus élevée que des compétitions d'athlétisme moins fréquentes et moins juteuses.

 

La piscine a également été pensée dans une optique de transformation, en l'occurrence en centre aquatique de haut niveau pour les nouveaux habitants de Stratford. D'où l'intérêt à ce que l'opération immobilière se déroule parfaitement. La salle de handball sera pour sa part réutilisée en salle d'événements sportifs et culturels, dont Stratford a toujours été dépourvu. Seule la salle de basket devrait être passée par pertes et profits. Arrivé au pouvoir en mai, David Cameron, le  Premier ministre conservateur, entend enfin transformer les 90.000 m² du centre de presse en centre high-tech accueillant des entreprises liées aux nouvelles technologies, en coopération avec celles installées dans le "Silicon Rounabout", le quartier des start-up à  Shoreditch dans l'East end, à l'Est de l'hyper-centre de la capitale. Il est encore trop pour se faire une idée précise de ce projet de "corridor high-tech", présenté en novembre, et donc de son éventuel impact.


"Cela changera la perception de Stratford et d'East London"  

Si l'opération fonctionne comme prévu, il ne restera plus qu'aux entreprises (et donc aux emplois qui vont avec) et aux Britanniques de s'installer à Stratford. Les Jeux leur en donneront-ils envie ? Telle est la question. "Les Jeux, et les nouveaux services qui leur sont associés, vont forcément changer la perception de Stratford, et plus globalement de l'East London. Ils vont amener des gens  qui découvriront la région et se diront : 'c'est vraiment un coin excitant'. Dans un premier temps, sur le plan financier et en termes d'emplois, c'est difficilement quantifiable. Mais c'est fondamental car cela encouragera l'investissement à long terme", se persuade Howard Dawber, le directeur de la Stratégie de Canary Wharf, où s'est installé le comité d'organisation des Jeux (ci-contre, l'interview vidéo d'Howard Dawber par TF1 News).

Et Howard Dawber de se remémorer la genèse du quartier d'affaires : "quand nous sommes arrivés ici, personne ne voulait venir.  Pourtant, aujourd'hui, tout le monde trouve normal de sortir dans le secteur ou à l'O2 Arena (ndlr : l'ancien Millenium Dome, situé juste en face de Canary Wharf, de l'autre côté de la Tamise, devenu une salle de spectacles ultramoderne doublée d'un centre commercial et d'attractions), voire de s'y installer". "Quel qu'il soit, le résultat de l'héritage des Jeux ne se verra que dans dix ans", conclut pour sa part Stephen Stringer.

Au-delà de Londres, on espère aussi

Si la majeure partie des épreuves des Jeux se dérouleront au Parc olympique ou dans Londres même (comme le tennis à Wimbledon), certaines compétitions auront lieu dans d'autres parties du pays -le football sera ainsi disséminé dans les grandes cités d'Angleterre (et même jusqu'à Cardiff). 

Et là-aussi, les régions d'accueil entendent profiter de l'impact annoncé de ces JO. C'est par exemple le cas de l'Essex, qui accueillera le VTT, précisément à Hadleigh, où Julien Absalon défendra son titre. Certes, cette  petite ville, autrefois industrielle et qui tente aujourd'hui se reconvertir dans les services et le tertiaire, ne sera sous les feux de l'actualité que les deux derniers jours des Jeux. "Néanmoins, les gens découvriront alors une région qu'ils ne connaissent pas ou alors se rendront compte que l'image qu'ils en ont n'est pas la bonne. Ce coup de projecteur sera forcément bénéfique", affirme David Adlington, le patron d'Invest Essex (la structure chargée d'attirer les entrepreneurs dans le secteur), à TF1 News. L'Essex County mise aussi sur l'amélioration des transports, qui le mettront à environ 35-40 minutes de la capitale, pour profiter des Jeux sur le long terme.

Commenter cet article

  • yanouchka971 : Cette image est totalement surréaliste... On ne croit pas une seule seconde au ciel bleu!

    Le 28/12/2010 à 14h07
  • denishew1 : Etant originaire de toute cette partie de Londres et d'Essex je voudrais dire 2 choses concernant le dévellopement de la région concernée. Stratford, ville qu'on pourrait comparaitre géographiquement avec Montrueil et ses environs a eu besoin d'aménagement depuis la deuxième geurre. Lourdement touchée pendant le conflit il reste, l'Est londonien, le seul secteur de ne pas avoir été réconditionné depuis. Comme d'habitude c'est les gens les plus démunis qui ont attendu le plus longtemps pour que leur horizon soit amélioré. Si les JO de 2012 mêne à une vie meilleur pour les habitants historiques tant mieux que les jeux servent à quelque chose en plus. Si l'aménagement ne fait que servir comme pas en avant pour la classe moyenne de s'installer dans un quartier neuf devenu BCBG......., ben......,ne rien change nulpart. Je souhaite bonne chance à mon ancien chez moi, en espérant que tous les rêves de ceux qui s'y trouve soient réalisés. C'est dommage pour Paris que la principede renouvellement des quartiers (habités) n'était pas inclu dans l'offre fait par la ville. Ce serait, peut-être, pourquoi Londres a été choisi?

    Le 28/12/2010 à 13h38
  • _mike : Je suis optimiste concernant la réalisation des bâtiments comme sur leur vue artistique, par contre le soleil bleu faut pas rêver !

    Le 28/12/2010 à 11h37
  • nicapae : Londres ou Berlin font constemment leur mue depuis 30 ans pendant que Paris reste figé telle la ville musée qu elle semble inéluctablement devenir

    Le 28/12/2010 à 11h28
  • djimn509 : DJIMN509, heureusement que les jeux ne sont pas a ¨PARIS, qu'aurait-on fait des infrastructures apres vu la conjoncture economique , les anglais semblent y avoir pense mais tout cela etait avant la crise, bonne chance a eux

    Le 28/12/2010 à 10h53
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