"L'Europe n'a pas la peine de mort mais elle l'exporte"

Par , le 27 janvier 2011 à 06h00 , mis à jour le 26 janvier 2011 à 19h32

Parce qu'un composant clef de l'injection létale est en rupture de stock aux Etats-Unis, certains Etats appliquant la peine de mort achète le barbiturique en Europe pour continuer leurs exécutions. Une situation que dénonce certains politiques et associations.

peine de mort injection létale exécution couloir de la mortImage d'archives © ABACA

"On n'a pas la peine de mort en Europe mais on l'exporte ! La phrase est de Claude Moraes, député britannique et membre du parlement européen. Cette semaine, il a appelé la vice-présidente de la Commission européenne, en charge notamment des droits fondamentaux Viviane Reding et Karel de Gucht, commissaire européen au commerce international à "réaffirmer le ferme rejet de l'Union à tout soutien de la peine de mort" mais aussi à" proclamer l'interdiction de cette inacceptable exportation de la mort." Dans le collimateur de l'eurodéputé : ces sociétés britanniques ayant récemment exporté des produits utilisés dans les exécutions capitales aux Etats-Unis. "L'Union européenne ne peut pas tolérer que des entreprises européennes coopèrent avec des pays qui ont la peine de mort en exportant des drogues destinées à l'injection létale, explique Claude Moraes. La Charte européenne des droits fondamentaux rejette fermement la peine de mort".

Plus d'infos

 
Tout commence en 2009 aux Etats-Unis. L'unique fabricant de thiopental sodique, un barbiturique entrant dans la composition des injections létales, est en rupture de stock. Depuis, il a même cessé sa production. Sans lui, pas de piqure mortelle. Pour les Etats appliquant la peine capitale, c'est un casse-tête. Comment faire ? Certains reportent les exécutions, d'autres ont recours à un produit alternatif, en l'occurrence un barbiturique utilisé d'ordinaire pour euthanasier les animaux, et d'autres se procurent l"'indispensable" thiopental par d'autres moyens. C'est ainsi qu'en octobre 2010, l'Arizona et la Californie annoncent avoir en leur possession le fameux barbiturique. Quelques jours plus tard un homme est exécuté ; l'injection mortelle contient du thiopental venant de... Grande-Bretagne. Ou quand des sociétés européennes exportent la mort.

Mortelle facture
 
Début 2011, Reprieve, une organisation britannique de défense des droits de l'homme, affirme avoir identifié l'entreprise ayant vendu le produit mortel. Son nom : Dream Pharma Ltd, un laboratoire non immatriculé situé dans une pièce à l'arrière d'une école de conduite, à Londres. Pour appuyer ses affirmations, Reprieve cite cette facture datée de septembre et adressée à une prison de l'Arizona, récapitulatif d'une commande de thiopental, le chlorure de potassium et le bromure de pancuronium, trois produits entrant dans la composition de l'injection létale. La mort pour un total de 5.319 euros, soit 7.040 dollars. Fin octobre, Jeffrey Landrigan est exécuté en Arizona. Selon Clive Stafford Smith, le président de l'association Reprieve, Dream Pharma a exporté des produits dans au moins quatre Etats, "assez de produits pour tuer plus de 100 personnes". Ont également passé commande au Royaume-Uni, toujours selon Reprieve, l'Arkansas et la Californie. Entre autres.
 
Les défenseurs des droits de l'homme montent au créneau. Sous leur pression, l'exportation du thiopental depuis le Royaume-Uni n'est autorisée que pour des raisons médicales. Les autres produits n'ont pas de restriction. "Ce qui est frustrant, raconte Clive Stafford Smith, c'est qu'au moment de la promulgation de ces restrictions une nouvelle cargaison de produits était envoyée vers les Etats-Unis avec de quoi tuer 80 personnes...." Pour les associations et Claude Moraes, l'interdiction de ces produits doit se faire à l'échelle européenne. "Si ce n'est pas le cas, les produits partiront du Royaume-Uni vers un autre pays européen d'où ils seront ensuite envoyés dans un état américain, relèvent-ils. Plus de 3.200 personnes se trouvent actuellement dans le couloir de la mort outre-atlantique.

En pleine polémique, un homme exécuté en Géorgie

Emmanuel Hammond, 45 ans, a été exécuté mardi à 23h39 en Géorgie, dans le sud des Etats-Unis après plusieurs heures de sursis accordées par la Cour suprême afin d'examiner un recours contre l'emploi d'un anesthésiant importé. Cet homme avait été condamné à mort en 1990 pour le meurtre deux ans plus tôt d'une enseignante de 27 ans. La Cour suprême a en effet commencé par suspendre l'exécution, le temps d'examiner le recours de ses avocats contre l'emploi d'un anesthésiant dont l'origine est douteuse pour exécuter leur client. Mais la plus haute juridiction a ensuite autorisé les autorités pénitentiaires à procéder à l'injection mortelle. Le thiopental que les autorités ont utilisé pour anesthésier le condamné avant de lui injecter les produits mortels provenait de... Dream Pharma ltd.

Par Amélie Gautier le 27 janvier 2011 à 06:00
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26 Commentaires

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  • micheldampmart, le 30/01/2011 à 10h41

    Quand des entreprises française fabriquent des armes et les vendent sur le commerce international....ce n'est pas la mort qu'elles exportent ...et en plus pour des civils, des enfants, des femmes ???!!! Si l'on commence la démagogie ile faut aller jusqu'au bout...

  • ysgawin, le 28/01/2011 à 18h24

    Vous ne savez pas ? Moi je sais : le jour de sa sortie, je serais là... avec mon Lupara ! Et pourr ceux qui ne savent pas ce qu'est un Lupara, cherchez dans le dico.

  • fabrice93300, le 28/01/2011 à 17h20

    C'est annonce est abominable, je m'en vais de ce pas trouver le site de cette entreprise anglaise pour lui adresser mon petit mot...

  • yoyo755, le 28/01/2011 à 16h46

    Saut que là on ne parle pas d'électricité mais de barbiturique...

  • nico5173, le 28/01/2011 à 16h20

    C'est n'importe quoi, et alors c'est juste du business, ils ont besoin de ce produit, nous le leur fournissons , ensuite ils en font ce qu'ils veulent.

  • nico5173, le 28/01/2011 à 16h18

    Excellent !!

  • hc46, le 28/01/2011 à 15h02

    Ah Oui Genial comme reponse!Bravo

  • pascalcaen, le 28/01/2011 à 14h28

    Parce qu'il faut être directement concerné maintenant pour avoir un avis ou voter les lois? La justice n'a pas à être faite par le sentiment, la vengeance, le fait divers, la réaction à chaud.

  • shanou18, le 28/01/2011 à 14h26

    Quand je vois certains commentaires, je me demande si le sujet c'est "Pour ou contre la peine de mort?" ou bien un autre sujet.... On a plus la peine de mort en Europe et c'est très bien comme ça mais je ne vois pas pourquoi vouloir interdire à l'Europe d'exporter les produits létaux, on exporte des tas de produits dangereux si on l'utilise comme tels et on en fait pas tout un foin. Exporter fait parti de la logique mondial, après ce que les gens en font, ça nous regarde pas!

  • mlab_16, le 28/01/2011 à 14h26

    Justement, il ne faut pas faire intervenir les gens concernés, car quand on est concerné, on pert toute objectivité.

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