Guéant : Paris renverra en Italie les migrants tunisiens pas en règle

le 11 avril 2011 à 14h03 , mis à jour le 11 avril 2011 à 17h30

Dossier : Immigration

Alors que le dossier des migrants tunisiens provoque des tensions dans l'UE, entre l'Italie et ses partenaires européens, le ministre de l'Intérieur a prévenu lundi que la France allait continuer à renvoyer en Italie les migrants venant sans respecter les règles de l'espace Schengen.

Lampedusa : arrivée de migrants en provenance d'Afrique du Nord ayant survécu à un naufrage (6 avril 2011)Lampedusa : arrivée de migrants en provenance d'Afrique du Nord ayant survécu à un naufrage (6 avril 2011) © TF1/LCI

L'exode de migrants venus d'Afrique du Nord a crispé lundi l'Europe et provoqué un affrontement entre ses ministres de l'Intérieur, la France, l'Allemagne et l'Autriche voulant fermer leurs frontières aux Tunisiens porteurs de permis délivrés par l'Italie. Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, a ainsi prévenu que Paris allait continuer à renvoyer en Italie les migrants tunisiens venant en France sans respecter les règles de la convention de l'espace Schengen sans frontières. "Nous utiliserons tous les moyens de droit pour faire respecter la Convention de Schengen", a déclaré Claude Guéant à la presse à l'issue d'une réunion avec ses homologues européens à Luxembourg.

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L'Italie a décidé d'accorder des permis de séjour temporaires à des milliers de Tunisiens arrivés sur son territoire mais qui souhaitent se rendre dans d'autres pays européens de l'espace Schengen, à commencer par la France. Claude Guéant a souligné que si cette décision de l'Italie n'était pas contestable sur le plan juridique, elle "n'était pas en stricte conformité avec l'esprit de Schengen". Il a aussi fait valoir que la France était tout à fait habilitée à vérifier que les Tunisiens arrivant d'Italie sur son territoire respectent les conditions fixées par la Convention de Schengen, notamment de détenir un passeport et d'avoir des ressources suffisantes pour rester en France et repartir ensuite en Tunisie.

"Si les conditions ne sont pas remplies lors des vérifications de la police française, et bien la Convention dit aussi que la France est en droit de faire réadmettre par l'Italie la personne qui ne (les) remplit", a ajouté le ministre. "C'est ce que nous allons faire", a-t-il dit. Pour y veiller, "j'ai décidé de mettre en place de mettre en place une compagnie républicaine de sécurité" supplémentaire de la police "pour épauler les services locaux de police et gendarmerie" à la frontière franco-italienne, a souligné le ministre.

L'Allemagne et l'Autriche crispées aussi

"Il ne peut être dans l'intérêt de l'Europe que nous soyons contraints d'introduire de nouveaux contrôles", a pour sa part averti le ministre allemand Hans-Peter Friedrich, en marge d'une réunion sur le sujet avec ses homologues européens. Mais "nous sommes prêts" à le faire "si nécessaire", a-t-il affirmé.
 
Près de 20.000 Tunisiens ont débarqué sur les côtes italiennes depuis le début de l'année et deux nouvelles embarcations sont arrivées lundi avec 200 migrants à leur bord. Cette situation est jugée intolérable par la Ligue du nord, le parti xénophobe et anti-immigré associé au pouvoir en Italie. Son leader Umberto Bossi a demandé de "vider la baignoire". Les nouveaux arrivants doivent être refoulés, conformément aux termes d'un accord bilatéral conclu entre Rome et Tunis. Mais il ne s'applique pas pour leurs prédécesseurs, qui vont recevoir des permis temporaires leur permettant de passer en France, en Autriche et en Suisse dans le cadre de l'espace Schengen sans frontières. Pas question, ont averti les autorités françaises, allemandes et autrichiennes.
 
Un "cordon sanitaire"
 
Ces autorisations sont soumises à des règles strictes : avoir des documents d'identité valides et justifier de ressources, a indiqué la commissaire en charge de l'immigration, Cecilia Malmström. Problème : contrôler ces documents sera difficile car l'Europe a aboli les frontières internes dans l'espace Schengen dont sont membres la Suisse et tous les Etats de l'UE, à l'exception du Royaume-Uni, de l'Irlande, de la Bulgarie, de la Roumanie et de Chypre. Le traité est explicite. Il est interdit de rétablir des gardes-frontière et si des contrôles peuvent être effectués dans la zone frontalière, ils ne doivent pas être systématiques.
 
Les voisins de l'Italie veulent néanmoins rétablir un "cordon sanitaire" avec l'Italie et le bras de fer est désormais engagé avec Rome, au risque de ruiner le peu de coopération européenne trouvé dans le domaine de l'immigration. "Aujourd'hui nous venons avec des demandes précises et nous allons voir si l'Europe est unie et solidaire", a annoncé le ministre italien de l'Intérieur Roberto Maroni à son arrivée à Luxembourg. "Nous allons voir aujourd'hui s'il existe une Europe unie et solidaire ou s'il s'agit seulement d'un espace géographique", a-t-il averti. Selon le ministre italien qui s'est exprimé un peu plus tard, les autres pays européens ont demandé à l'Italie "de se débrouiller seule" face à l'afflux d'immigrants en provenance de Tunisie. "La réunion (des ministres européens de l'Intérieur consacrée à l'immigration) a été décevante", a estimé M. Maroni. "L'Italie est laissée seule pour faire ce qu'elle doit faire et ce qu'elle continuera à faire. Je me demande si cela a vraiment un sens, dans cette position, de faire partie de l'UE", a-t-il ajouté.
 
Les premières réactions de ses homologues ont laissé augurer un affrontement. "Nous ne pouvons accepter que de nombreux migrants économiques viennent en Europe en passant par l'Italie", a affirmé le ministre allemand Hans-Peter Friedrich. "Laisser entrer des gens qui ne peuvent se nourrir par leurs propres moyens, qui ne peuvent prouver qu'ils ont des ressources ne ferait que préparer le terrain à la criminalité, et en tant que ministre responsable de la sécurité je ne peux l'autoriser", a abondé son homologue autrichienne Maria Fekter. "Les Tunisiens arrivés en Italie sont pour la plupart des illégaux. Ils doivent retourner chez eux, et les Tunisiens doivent les accepter", a renchéri le ministre espagnol, Alfredo Rubalcaba. Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso se rend mardi à Tunis, mais il a peu de contreparties à offrir pour contraindre les autorités tunisiennes à bloquer l'exode de leurs concitoyens confrontés au chômage. L'accueil de ressortissants non communautaires est en effet une prérogative nationale et la solidarité au sein de l'UE se faitsur une base volontaire, a souligné Cecilia Malmström.

le 11 avril 2011 à 14:03
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13 Commentaires

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  • baron_von_bubba, le 11/04/2011 à 21h32

    Si le Royaume Uni fait pareil, la France va bien être embété.

  • buck.d, le 11/04/2011 à 19h28

    L'Europe plaçée devant les paradoxes qu'elle a elle même créé! Et c'est qui qui avait une fois de plus raison.................Marine peut-être?

  • 67alsacien, le 11/04/2011 à 19h06

    Paroles paroles

  • thlera, le 11/04/2011 à 18h56

    Commencez par ouvrir les portes de chez vous!

  • roubene, le 11/04/2011 à 18h29

    Facile à dire, impossible à faire à cause de l'Europe voulue par ce même monsieur et le parti politique qui le fait vivre.

  • juigne11, le 11/04/2011 à 17h49

    Il va avoir du travail, car tous ne sont pas en régle. Bon courage

  • causa1nostra2, le 11/04/2011 à 17h46

    L'europe, les politiques n'en veulent pas. Il ne faut pas toucher à leurs pouvoirs.

  • micky06, le 11/04/2011 à 17h44

    C'est la moindre des choses, déjà que l'on a du mal avec ceux en règle.

  • 421123, le 11/04/2011 à 17h23

    Très bien!

  • boulogne-b, le 11/04/2011 à 17h21

    L'Italie doit reprendre des immigrés alors qu'elle n'a rien demandé. Retour maison tout simplement

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