"Visiter Tchernobyl, ce n'est pas aller à Disneyland"

Par , le 21 avril 2011 à 10h10 , mis à jour le 19 mai 2011 à 18h03

Dossier : Les 25 ans de Tchernobyl

Témoignage - Depuis l'année dernière, il est possible de se rendre sur les lieux de la catastrophe nucléaire du 26 avril 1986. Quentin a tenté l'aventure. Il raconte son expérience à TF1 News.

Le réacteur 4 de Tchernobyl, qui explosa le 26 avril 1986.Le réacteur 4 de Tchernobyl, qui explosa le 26 avril 1986. © Quentin Tiburce

 
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"Evidemment, quand j'ai dit que j'y étais allé, on m'a répondu : 'mais qu'est ce que tu es allé faire là-bas ?' ou 'il n'y a que toi pour faire ça !'". Là-bas, c'est Tchernobyl et sa zone interdite toujours radioactive autour de la centrale nucléaire qui explosa le 26 avril 1986. Depuis 2010, la destination, aussi incongrue soit-elle au premier abord, est ouverte au public.

Alors qu'il passait ses vacances en Ukraine l'été dernier pour découvrir le pays avec son amie, Quentin, la trentaine, a découvert par hasard cette possibilité dans son guide de voyage. "J'ai toujours été intéressé par tout ce qui a trait à l'histoire. Visiter Tchernobyl, c'est comme visiter Verdun ou Auschwitz. C'est très instructif, même si cela tourne autour d'un drame. La différence, c'est que là, il s'agit d'un accident", explique-t-il, en évitant d'utiliser le terme "tourisme", "mal approprié" à la situation selon lui.

Petit groupe

Pas question d'ailleurs de se rendre sur place comme on se rend dans un parc d'attractions. Sans surprise, impossible d'y accéder seul. Pour l'instant, seules quelques agences ukrainiennes ont reçu l'agrément pour emmener des visiteurs. Elles organisent le voyage depuis Kiev -quelques heures de route- en minibus, moyennant environ 120 euros (l'option individuelle coûtant logiquement plus cher). "Nous étions une dizaine. Il y avait des Américains, des Suédois ou encore un Belge, âgés entre 30 et 60 ans". Pour atteindre puis circuler dans la zone interdite autour de la centrale -30 km-, plusieurs contrôles seront nécessaires. 

Dans un premier temps, le groupe, encadré par un guide anglophone natif de la région, visite un sorte de petit musée installé dans la ville de Tchernobyl même -paradoxalement, elle n'est pas la plus proche de la centrale et n'est donc pas la plus contaminée. "Nous avons eu  un premier briefing, avec notamment l'histoire des liquidateurs et nous avons reçu des compteurs qui mesurent la radioactivité", indique Quentin. 

Compteurs qui s'affolent

A l'arrivée, un panneau rappelle aux visiteurs les zones d'exclusion. Au centre, la zone interdite où plus personne ne vit. © Crédit Photo : Quentin Tiburce
 
 

Ensuite, c'est la visite, de l'extérieur évidemment, de la centrale maudite et de son tristement célèbre réacteur 4. "A proximité du réacteur, les compteurs se sont affolés. Nous ne sommes restés que cinq minutes dehors, assez pour nous rendre compte des différentes phases de consolidation du sarcophage et surtout de son état de délabrement", se souvient Quentin.  Suivra un rapide passage dans la "forêt rouge", qui commence à repousser et où la radioactivité atteint ses records.

La 4e étape, probablement la plus représentative de l'explosion et de ses conséquences, sera la découverte de Pripiat, la localité jouxtant la centrale. Ravagée et quittée à la va-vite les jours suivants le 26 avril 1986, elle est totalement abandonnée depuis 25 ans. "Ce n'est plus qu'un squelette de ville. On reconnaît toute l'architecture d'une ville nouvelle soviétique : l'habitat collectif, les structures administratives, les petites maisons... Mais le temps et le gel ont fait leur œuvre. Tout est désormais rouillé et la végétation pousse au milieu des décombres alors, qu'à l'époque, Pripiat était une ville haut de gamme qui accueillait les ingénieurs de la centrale", souligne Quentin. "Le plus impressionnant, c'est de voir que tout a été laissé sur place, comme si le temps s'était suspendu d'un seul coup : il reste les meubles dans les appartements, les cahiers d'écoliers dans les salles de classe, les lits dans la nurserie...", ajoute-t-il.

"Nous avons jeté nos habits"

De manière surprenante, les mesures de sécurité sont assez limitées. Aucune combinaison n'est ainsi fournie aux visiteurs, à qui l'on conseille simplement d'éviter de toucher et de marcher sur la végétation (et pour cause, les compteurs s'affolent lorsqu'on les approche de la mousse), de se couvrir de vêtements longs puis de jeter les habits portés lors de la visite. "A la sortie de la zone interdite, où l'on reste environ 4 heures, on repasse simplement dans un détecteur total de radioactivité", précise Quentin.  "Evidemment, il y a une part de risque dans une telle visite. Mais me concernant, la radioactivité est déjà un risque accepté  puisque mon père possède une maison près du cap de La Hague", note-t-il.

La question

Visiter Tchernobyl vous intéresse-t-il ?

Oui
Non

 

Le tout donne pour Quentin quelque chose de "très intéressant". "Avant de venir, il faut néanmoins bien se documenter sur le sujet pour comprendre toutes les conséquences de l'explosion et les enjeux encore à venir. Et s'y rendre humblement. Outre la petite part d'effroi et de risque liée au contexte, on visite les lieux comme on visite un monument aux morts, avec recueillement et curiosité", conclut-il. Reste à savoir si cela encore le cas si le concept se développe et ne se limite plus à des petits groupes. Le gouvernement ukrainien compte ainsi sur l'Euro 2012 de football pour attirer plusieurs dizaine de milliers de supporters sur le site.

Par Fabrice Aubert le 21 avril 2011 à 10:10
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3 Commentaires

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  • mcg35, le 26/04/2011 à 10h34

    Témoignage très intéressant. Je pense que je n'aurais pas le courage d'y aller, malgré mon intérêt.

  • silver.swan, le 26/04/2011 à 08h31

    Moi, je n'ai aucune intention d'y aller !!!

  • moicontribuable, le 21/04/2011 à 11h54

    Bel article!

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