Face à ses juges, Mladic joue la montre

le 03 juin 2011 à 10h57 , mis à jour le 03 juin 2011 à 17h13

"J'ai défendu mon peuple et mon pays, et non pas Ratko Mladic", a déclaré l'ancien général des Serbes de Bosnie à la fin de son audience de comparution initiale devant le tribunal pénal international de la Haye (TPIY).

Ratko Mladic, le 3 juin 2011. Ratko Mladic, le 3 juin 2011. © LCI

Ratko Mladic temporise. Interrogé vendredi matin par le tribunal pénal international de la Haye (TPIY), l'ancien général serbe de Bosnie a refusé de dire s'il plaidait coupable ou non coupable des accusations de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide lors de sa comparution initiale. Il a affirmé qu'il n'avait pas lu l'intégralité de son dossier d'inculpation et a hoché la tête négativement à l'écoute de l'acte d'accusation, qualifiant d'"ignobles" les charges énoncées à son encontre. "Je veux le (l'acte d'accusation, ndlr) lire avec mon avocat. J'ai besoin de plus d'un mois pour ces propos monstrueux que je n'ai jamais entendus auparavant", a affirmé Ratko Mladic. Il dispose d'un délai de trente jours pour prendre une décision. Le TPIY a fixé la prochaine audience de son procès au 4 juillet.
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Accusé notamment du massacre de Srebrenica en 1995, l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie a affirmé à la fin de l'audience avoir "défendu son peuple et son pays, et non pas Ratko Mladic." "Je n'ai pas tué des Croates en tant que Croates, j'ai seulement défendu mon pays", a-t-il insisté. Au juge Alfons Orie qui lui demandait s'il avait encore une déclaration à faire avant la fin de l'audience, M. Mladic, 69 ans, a répondu : "je ne veux pas qu'on me prenne sous les bras comme si j'étais un aveugle, je peux marcher tout seul". "Je ne veux pas être conduit par d'autres personnes, le monde entier sait qui je suis : je suis le général Mladic", a-t-il asséné.
 

"Je suis un homme extrêmement malade, j'ai besoin d'un peu plus de temps pour réfléchir à tout ce qu'elle vient de dire", avait affirmé l'ancien général après la lecture de ses droits par la greffière, peu après l'ouverture de son audience. "J'étais exposé à un stress très important, je n'ai que peu compris tout ce que cette jeune femme vient de nous lire", avait poursuivi l'accusé. "Dans l'infirmerie de l'unité de détention, on m'a apporté 3 classeurs mais je n'ai rien lu de tout cela, je n'ai rien signé non plus, j'étais dans un état si mauvais".
 
Costume gris et chemise gris
 
Vêtu d'un costume gris, d'une chemise grise et arborant une cravate, Ratko Mladic a comparu assis, visiblement amaigri et vieilli, à l'opposé de l'homme trapu et massif, en treillis militaire, qu'il était dans les années 90. Agé de 69 ans, il a été arrêté le 26 mai en Serbie après seize ans de cavale  et transféré mardi au quartier pénitentiaire du TPIY à La Haye.
 
Ratko Mladic est accusé notamment de persécution, extermination, meurtre, déportation, actes inhumains et prise d'otages commis durant la guerre de Bosnie (1992-1995) qui avait fait 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés. Le juge néerlandais Alphons Orie, qui avait déjà mené en 2008 l'audience de comparution initiale de l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, jugé depuis octobre 2009, a résumé vendredi l'acte d'accusation, explicitant les 11 charges de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité qui pèsent contre l'ancien général. 
 
"Mladic est un grand criminel"
 
"Mladic est un grand criminel. Il a tué mon fils, mon mari et mes deux frères", lors du massacre de Srebrenica au cours duquel près de 8.000 musulmans avaient été exécutés en 1995, a déclaré à l'AFP Kada Hotic, 69 ans, avant l'ouverture de l'audience. "J'espère que ce tribunal va vraiment comprendre la gravité de ces crimes et le juger au nom de la justice et des victimes", a-t-elle ajouté, aux côtés de plusieurs autres femmes dont les proches avaient été tués à Srebrenica, l'une d'elle tenant un grand portrait de l'ancien général.
 
Le procès de l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie ne devrait pas débuter avant plusieurs mois, notamment pour permettre à la défense le temps de prendre connaissance des éléments de preuve rassemblés par l'accusation. En Serbie, plusieurs manifestations ont eu lieu pour protester contre l'arrestation de Ratko Mladic. La plus importante s'est déroulée mardi à Banja Luka, où 10.000 personnes environ avaient rendu hommage au "brave fils" du peuple serbe.

Atteint d'un cancer selon son avocat

A son arrivée au quartier pénitentiaire du tribunal, Ratko Maldic avait été placé en quartier d'isolement, conformément à la procédure. Il a subi une série d'examens médicaux, comme tout nouvel arrivant. Ratko Mladic avait, selon son avocat en Serbie, été opéré et soigné par chimiothérapie en 2009 pour un cancer du système lymphatique. Sa défense avait argué de son mauvais état de santé pour tenter de retarder son départ pour La Haye

le 03 juin 2011 à 10:57
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7 Commentaires

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  • vladkr, le 04/06/2011 à 15h13

    Pour que la justice soit complète, il faudrait interroger aussi Helmut Kohl, puisque l'Allemagne a activement (financièrement) participé au déclenchement des hostilités.

  • biscanka, le 03/06/2011 à 18h40

    Quel ignoble! ce ne sont pas les actes d'accusations qui sont ignobles mais bien LUI! Qu'il paie pour ce qu'il a fait !!!

  • mcg35, le 03/06/2011 à 16h53

    Curieux ... Son état de santé ne l'empêche pas d'avoir les bons réflexes devant un tribunal.

  • nicapae, le 03/06/2011 à 13h11

    Quid des crimes croates et kosovards couverts par les usa ?

  • rsch38, le 03/06/2011 à 12h58

    Que veut dire: Refuse de plaider ou non coupable ? La syntaxe ne vous étouffe pas,scandaleux!!!!!!!!

  • kosotto1, le 03/06/2011 à 12h58

    Beaucoup moins courageux devant le Tribunal que pour tuer des victimes civiles innocentes. Et en plus il se lamente sur son sort et son état de santé et n'est même pas capable d'assumer ses responsabilités. Abject !

  • robert2400, le 03/06/2011 à 12h35

    Robert24 La Serbie n'a pas pris de gros risques en livrant un Mladic à l'article de la mort. Peut-être le prix des soins leur coûtaient trop cher ?

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