Alexeï Navalny, nouvel opposant de Poutine aux connexions troubles

Par , le 28 décembre 2011 à 16h28 , mis à jour le 29 décembre 2011 à 16h31

En à peine un mois, le blogueur Alexeï Navalny est devenu la figure de la contestation contre le Premier ministre russe. Si son combat anti-corruption lui vaut une forte approbation, son flirt avec les ultra-nationalistes racistes pourraient en revanche ternir son image.

Alexeï Nalvany, le 24/12/11Alexeï Nalvany, le 24/12/11 © Abacapress.com

Qui dirige aujourd'hui l'opposition en Russie ? Personne, ou presque, comme l'a encore fait remarquer ironiquement Vladimir Poutine le 28 décembre pour expliquer qu'il ne savait pas avec qui dialoguer. L'opposition parlementaire -et donc "officielle"- ne s'associant pas vraiment au mouvement de contestation, ce dernier, hétéroclite, se base principalement sur la société civile.

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Parmi les "meneurs", se dégagent quelques têtes, dont Alexeï Navalny. Il y a encore peu, ce nom ne disait pas grand-chose à la majorité des Russes. Agé de 35 ans, il s'est tout d'abord fait connaître dans les milieux d'affaires en tenant un blog personnel et le site RosPil, sorte de Wikileaks consacré à la lutte contre la corruption.

Russie unie, le "parti des escrocs"
 
La corruption, c'est en effet LE cheval de bataille de ce grand blond aux yeux bleus, avocat de formation et père de deux enfants. Il a entamé sa croisade en 2007 en achetant quelques actions dans plusieurs entreprises publiques comme la banque VTB, le pétrolier Rosneft ou le géant gazier Gazprom. Profitant de son statut d'actionnaire minoritaire, il assiste ensuite aux assemblées générales de ces sociétés. Il peut ainsi s'adresser directement aux membres du conseil d'administration, parmi lesquels figurent des membres du gouvernement, pour exiger plus de transparence sur leurs comptes. Son premier coup d'éclat date de novembre 2010 quand il accuse les dirigeants de VTB, alors détenue à 85% par l'Etat, d'avoir détourné 150 millions de dollars.

Petit à petit, Alexeï Navalny se fait connaître au-delà du cercle des initiés. En 2010, il est ainsi sélectionné par la prestigieuse université américaine de Yale pour y participer pendant un semestre à "World Fellows", le programme réunissant des personnalités de tous pays perçues comme prometteuses. Mais c'est en février dernier qu'il acquiert sa forte renommée : lors d'une émission de radio, il qualifie Russie unie, le parti de Vladimir Poutine, de "parti des escrocs et des voleurs". C'est une première. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il fallait avoir le courage de le faire dans un pays où le pouvoir autoritaire du Kremlin n'aime pas la contradiction. Les conséquences ne se font d'ailleurs pas attendre : en mai, il est accusé par la justice de fraude dans une affaire de vente de bois. Son blog atteint alors des records d'audience, avec plusieurs dizaines de millions de connexions.

Prison
 
Au début de ce mois de décembre 2011, Alexeï Navalny se place tout de suite en première ligne de la contestation des résultats des législatives et des fraudes qui ont permis à Russie unie de l'emporter. Le 5 décembre, le lendemain du scrutin, il prend la parole en plein centre de Moscou. Sa phrase "le parti des escrocs et des voleurs" devient rapidement le principal slogan des manifestations. Résultat : il est condamné à quinze jours de prison pour "trouble à l'ordre public".

Ce séjour derrière les barreaux ne fera qu'accroître sa popularité. Et n'entamera en rien sa détermination. Libéré le 21 décembre, il se dit désormais prêt à se présenter, sous conditions, à la présidentielle du 4 mars 2012 qui doit permettre à Vladimir Poutine de redevenir président.

Relents racistes

Si ce costume de chevalier blanc de la lutte anti-corruption lui va aujourd'hui à merveille, le placard  d'Alexeï Navalny est aussi garni de quelques tenues peu sortables.  Il est ainsi  connu pour ses prises de position nationalistes. Il participe par exemple régulièrement à la Marche russe, un rassemblement créé avec des néo-nazis où est mise en valeur la "défense des Russes ethniques".  Il se justifie en expliquant vouloir "éduquer" la jeunesse russe la plus radicale et la guider vers la lutte contre un régime qu'il accuse de piller le pays. Pas forcément très convainquant, surtout quand sa présence a été également notée à une manifestation aux relents racistes intitulée "Nourrir le Caucase, ça suffit !". Les participants y dénonçaient le versement de milliards de roubles par Moscou au régime tchétchène pro-russe installé à Grozny.

Ces prises de positions tranchées ont d'ailleurs valu à Alexeï Navalny d'être exclu du parti libéral d'opposition Iabloko en 2007. Pour l'instant, malgré les tentatives de discréditation des chaînes de télévision d'Etat -il a été caricaturé en faisant le salut hitlérien-, elles ne semblent cependant pas remettre en cause l'aura dont il bénéficie parmi les contestataires. Le 24 décembre, il a ainsi été acclamé une nouvelle fois lors de la grande manifestation de Moscou.

Au-delà de cette popularité soudaine, quelle est aujourd'hui son véritable poids dans la société russe, tout comme celui de l'opposition non tolérée ? Difficile à dire aussi longtemps que des élections claires n'auront pas lieu. 
 

Par Fabrice Aubert le 28 décembre 2011 à 16:28
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6 Commentaires

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  • shooby02470, le 29/12/2011 à 19h35

    Tu m'étonnes qu'il n'y ai aucune opposition officielle à Poutine : entre un Viktor Iouchtchenko empoisonné d'un côté et un Mikhaïl Khodorkovski (homme d'affaire russe qui a voulu faire de la politique face à Poutine) emprisonné depuis 2003 et pour 8 ans mais finalement jusqu'en 2017 car entre temps Poutine en a rajouter une couche en prétendant qu'il serait coupable d'au moins 5 meurtres du fait que Vladimir contrôle la justice ? qui voudrait se frotter officiellement à Poutine ? Alors franchement, Navalny peut être le pendant russe de Marine LePen, vu que de l'autre côte il y a le pendant russe de Bachar el-Assad, aucun ne se vaut. Bref il n'y a plus que le peuple pour agir.

  • danielr61, le 29/12/2011 à 14h59

    Je trouve qu'en France entre UMP et PS, nous avons aussi notre peste et notre choléra,avec leurs multiples "affaires" soigneusement enterrées,et à ce titre nous n' avons de leçons à donner (ou à recevoir) de personne... et surtout pas aux Russes qui ont connu le totalitarisme pendant quelques décennies!

  • zora63, le 29/12/2011 à 11h30

    Votre analyse n'a aucun sens, la Russie n'est pas la France !

  • zora63, le 28/12/2011 à 22h13

    On est mal placé pour juger cet homme !

  • Maurice, le 28/12/2011 à 21h58

    En bref les russes devront choisir entre la Peste et le Choleras.

  • marcstdomingue, le 28/12/2011 à 21h04

    Je lis son blog depuis plusieurs mois et Alexey Navalny n'est en fait rien de moins que la Marine le Pen russe et comme il inquiète le pouvoir en place il est exactement présenté de la même manière. Il n'a jamais eu aucun propos raciste mais demande effectivement pourquoi l'on verse tous ces milliards de dollars au Caucase alors que le peuple russe en a plus que besoin. Il parle de la superbe maison de mégalomane que vient de se faire construire Poutine avec son simple salaire de président ou encore de détournement d'argent sur les appels d'offre des futurs jeux olympiques dont les montants paraitraient surnaturels a des ouest Européens pourtant déjà bien blasés. Il est temps à présent de le présenter comme le facho de service pour tenter de discréditer toutes les révélations qu'il publie et dont il n'oublie jamais de scrupuleusement citer ses sources officielles.

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