La visite d'Angela Merkel ce mardi à Athènes, la première depuis le début de la crise, prend une allure archi-symbolique. La chancelière allemande est tenue par l'homme de la rue grec comme personnellement responsable de la baisse de son niveau de vie pour son intransigeance à vouloir d'abord assainir les comptes du pays, au risque de l'étouffer avant de l'avoir guéri. Elle est donc attendue de pied ferme par la population grecque. Alors que des manifestations anti-austérité sont attendues dans l'après-midi, le centre de la capitale grecque a été bouclé sous haute sécurité et restera coupé à toute circulation jusque tard dans la soirée. Quelque 6500 policiers et membres des forces anti-émeute sont sur le pied de guerre pour tenter d'éviter tout dérapage, dans une ville où les manifestations qui s'enchaînent depuis trois ans deviennent de plus en plus violentes.
Pas sûr qu'Antonis Samaras, qui plaide pour une politique toujours plus dure d'austérité afin d'obtenir le précieux soutien des bailleurs de fonds internationaux, UE et FMI, et de pouvoir rester au sein de la zone euro, retire un réel bénéfice de cette visite de la chancelière allemande. Depuis l'arrivée au pouvoir de Samaras, conservateur comme Angela Merkel, celle-ci a pourtant significativement infléchi son discours vis-à-vis de la Grèce. "Mon coeur saigne", a-t-elle notamment dit à propos des sacrifices imposés à la population grecque. Mais de telles manifestations d'empathie ne se traduisent en rien par un allègement des sacrifices en question. Et les Grecs n'ont pas oublié le temps où la presse allemande fustigeait leur pays en pleine crise, en lui suggérant de vendre ses îles, ou le Parthénon, pour trouver des fonds...
Qu'apportera Angela Merkel ?
Le chef de l'opposition Alexis Tsipras, dirigeant du parti de gauche radicale Syriza, a d'ailleurs fustigé le soutien accordé par Angela Merkel à un gouvernement de coalition qui "s'écroule". "Ce qui arrive dans notre pays est sans précédent et criminel" a-t-il lancé. Selon lui, les programmes d'austérité en cours "mènent à l'effondrement social".
Dans une interview à la presse allemande la semaine dernière, Antonis Samaras lui-même a tiré la sonnette d'alarme sur l'état du pays, où le taux de chômage est de 24% et où l'actualité est dominée par les scandales de corruption et les suicides, alors que les entreprises ferment par dizaines chaque jour. Selon lui, la "cohésion de la société" grecque est "mise en danger par la montée du chômage comme c'était le cas de l'Allemagne à la fin de la République de Weimar", régime qui tentait aussi d'imposer une austérité budgétaire et dont la faillite a finalement entraîné l'accession d'Hitler au pouvoir. Il plaide pour un allongement de la durée nécessaire (quatre ans au lieu de deux) pour appliquer un paquet de 13,5 milliards d'euros d'économie demandé par les créanciers du pays et pas encore voté au parlement, censé permettre la poursuite du maintien de l'aide financière de l'UE, de la BCE et du FMI.
Au final, qu'apportera Angela Merkel dans sa besace pour soulager les Grecs ? Certains disent : seulement des mots. D'autres attendent des mesures de soutien industriel pour offrir une bouée à l'emploi. D'autres encore espèrent qu'elle va s'entendre enfin avec le FMI et la BCE, les deux autres créanciers internationaux du pays, qui se repassent la patate chaude pour éviter d'endosser des pertes sur la dette grecque.









