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De sa prison, une Pussy Riot s'en prend à son compagnon


le 12 octobre 2012 à 13h54 , mis à jour le 12 octobre 2012 à 17h33.
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4min
Les membres du groupe punk Pussy Riot dans un tribunal de Moscou (Russie), le 10 octobre 2012.

Les membres du groupe punk Pussy Riot dans un tribunal de Moscou (Russie), le 10 octobre 2012. / Crédits : NATALIA KOLESNIKOVA / AFP

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EuropeNadejda Tolokonnikova, une des membres du groupe russe emprisonnées pour une "prière punk" anti-Poutine, a signé en prison une lettre désavouant son propre compagnon, principal artisan d'une campagne de soutien dans les pays occidentaux.

Seule membre des Pussy Riot libérée par la justice russe depuis l'affaire de la "prière punk" contre Poutine chantée dans une église orthodoxe, qui a valu aux membres du groupe un procès pour "hooliganisme" et "incitation à la haine religieuse", Ekaterina Samoutsevitch avait mis en garde dès mercredi contre un "jeu" des autorités russes pour scinder le groupe. Deux des Pussy Riot sont en effet toujours emprisonnées, d'autres en fuite à l'étranger - une situation propice aux manoeuvres pour les diviser. Faut-il voir une conséquence de ce "jeu" dans la lettre écrite par une des jeunes femmes encore derrière les barreaux dans laquelle elle dénonce son compagnon - ou, au contraire, l'apparition de premières fractures dans le front commun jusqu'alors présenté par le groupe ?

Cette missive lettre, datée du 11 octobre, a été mise en ligne vendredi sur le site de la radio Echo de Moscou. "Je déclare officiellement que Piotr Verzilov n'est pas un représentant du groupe Pussy Riot", y écrit Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, désavouant son mari et le père de sa fille de 4 ans, qui a parfois fait figure d'idéologue du groupe. Cette lettre manuscrite porte également la signature de Maria Alekhina, condamnée comme elle à deux ans de détention. Piotr Verzilov "a rencontré les journalistes et a fait des déclarations au nom des Pussy Riot sans en avoir le droit", poursuit l'auteur de la lettre. "Les interviews passées et à venir, et les déclarations de Piotr Verzilov sur les Pussy Riot sont au minimum illégitimes, et au pire des provocations et du mensonge".

"Je ne comprends pas"

Piotr Verzilov, russo-canadien de 25 ans, à l'anglais courant, a donné depuis l'arrestation des trois filles en mars des dizaines d'interviews aux médias étrangers, faisant office de principal porte-parole du groupe contestataire et insistant sur la signification politique de leur acte et de leur condamnation. L'affaire a eu un grand retentissement et suscité de nombreuses réactions critiquant généralement une condamnation disproportionnée par rapport aux faits reprochés. Piotr Verzilov est notamment allé en septembre à New York recevoir au nom des Pussy Riot un prix décerné par la veuve de John Lennon, Yoko Ono.

Vendredi, il s'est déclaré très surpris par la lettre signée par son épouse. "Je ne comprends pas", a-t-il dit. "Nous cherchons à découvrir comment (la lettre) est apparue". Ekaterina Samoutsevitch, s'est également déclarée étonnée, dans un entretien diffusé par la télévision par internet Dojd. "Lorsque nous nous sommes vues avec les filles dans le fourgon pénitentiaire, quand on nous emmenait au tribunal, nous n'avons pas parlé une seul fois de Petia (diminutif de Piotr, ndlr) Verzilov, ni d'un problème d'usurpation de l'activité du groupe".

Doutes, pressions et manipulations

Un des avocats des deux jeunes femmes toujours emprisonnées, Nikolaï Polozov, a écrit sur Twitter avoir lui-même transmis la lettre. "C'est la décision de Nadejda et Maria", a-t-il écrit. Selon lui, les jeunes femmes ont reçu la visite la semaine dernière de trois autres avocats recrutés par Piotr Verzilov. "Il est possible que la lettre soit la conséquence de cette rencontre", a-t-il ajouté sans expliquer davantage. De nombreuses hypothèses ont été évoquées ces derniers jours, sur des pressions ou manipulations orchestrées ou non par les autorités, voire des luttes d'influence ou des jalousies dans l'entourage des jeunes femmes, après la libération surprise d'Ekaterina Samoutsevitch. Celle-ci avait d'abord rompu avec son avocat pour en prendre un nouveau et plaider qu'elle n'avait pas participé à la totalité des faits reprochés, une décision interprétée, malgré le démenti de l'intéressée, comme le fruit ou la source d'une scission au sein du groupe. Selon le défenseur des droits de l'homme Alexandre Podrabinek, les autorités "misent sur la jalousie, la rivalité, le soupçon d'entente avec le pouvoir, les vexations mutuelles et la défiance"."La tactique n'est pas nouvelle et elle a été testée longuement. Malheureusement, les nouvelles générations n'en ont pas suffisamment conscience", a poursuivi cet ancien dissident soviétique.

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  • gillesparis20 : Un sac de noeuds

    Le 13/10/2012 à 01h27
  • desnos75 : Et bien oui, que l'on le comprenne l'apprécie ou pas le mouvement punk est une idéologie. une expression existentialiste, nihiliste....

    Le 12/10/2012 à 15h14
  • fleurdevanille2 : Ces jeunes femmes sont en prison pour avoir oser défier Poutine, je pense qu'on peut les considérer comme idéologue.

    Le 12/10/2012 à 15h06
  • ic1980 : Punkettes et Idéologue ?!!!! On croit réver ...

    Le 12/10/2012 à 14h42
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