Espagne : "la marge de manoeuvre de la droite sera faible"

Par , le 18 novembre 2011 à 05h45 , mis à jour le 18 novembre 2011 à 12h38

DECRYPTAGE - L'opposition de droite devrait largement remporter les législatives anticipées de dimanche, où José Luis Zapatero, Premier ministre sortant, plombé par ses piètres résultats économiques, n'est pas candidat. Vote-sanction contre la gauche ou vote d'adhésion pour la droite ? Que pourra faire Mariano Rajoy, le vainqueur annoncé ? Réponses avec Benoît Pellistrandi, spécialiste de l'Espagne contemporaine.

Le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, le 14/11/11Le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, le 14/11/11 © Abacapress.com

Ancien directeur des études de la Casa Velazquez (Centre de création artistique et de recherche français à Madrid), Benoît Pellistrandi est spécialiste de l'Espagne contemporaine. Il prépare d'ailleurs un livre sur les "Fractures espagnoles" (Editions Perrin).

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TF1 News : Selon tous les sondages, la gauche menée par Alfredo Perez Rubalcaba va subir une lourde défaite, peut-être même la plus lourde depuis le retour de la démocratie. Le bilan de José Luis Zapatero, au pouvoir depuis 2004, est-il si mauvais  ou bien est-il une victime collatérale de la crise ?
Benoît Pellistrandi :
Certes, il y a bien sûr les effets de la crise économique. Elle a touché l'Espagne comme tous les autres pays. Mais cette défaite annoncée du Parti socialiste est aussi et surtout l'échec personnel de Zapatero. Il est aujourd'hui l'homme politique le plus impopulaire du pays. Paradoxalement, il paye le prix de sa popularité des débuts. Dans un premier temps, il avait réinventé le socialisme espagnol et redonné une identité à la gauche avec des réformes sociétales (laïcisation, avortement, mariage homosexuel, droits sociaux...).

Mais, ensuite, trop optimiste, il n'a pas vu, ou du moins pas voulu voir venir, la crise. Cette erreur politique lui est revenue comme un boomerang et lui coûte cher aujourd'hui. Dès 2009, son ministre des Finances de l'époque demandait un plan de rigueur. Zapatero a refusé. Résultat : quelques mois plus tard, le remède de cheval imposé malgré tout aux Espagnols a été bien plus fort (ndlr : retraite à 67 ans, diminution des aides sociales...). La crédibilité de la gauche en a pris un coup et Zapatero a été balayé par les cinq millions de chômeurs que compte désormais le pays, soit 20% de la population active.  Même s'il n'est évidemment pas le seul responsable, les électeurs lui  reprochent de les avoir relégués en "2e division", comme avant le passage à l'euro (voire notre reportage : "Espagne : Almeria frappé de plein fouet par le chômage")

TF1 News : L'état de l'économie a-t-il été le seul enjeu de la campagne ?
B.P. :
En tout cas, c'était l'enjeu principal. L'autre point majeur concernait la structure de l'Etat espagnol, aujourd'hui divisé entre l'Etat central et 17 "autonomies". La crise a révélé la complexité administrative du pays. Au déficit de l'Etat vient s'ajouter ceux des régions et des collectivités locales. Le constat qui s'impose est que le système créé en 1978 n'est plus tenable. Deux options sont possibles : soit une recentralisation, soit la mise en place d'un fédéralisme.

exergue "Le programme de Rajoy est flou"

TF1 News : Mariano Rajoy, le leader du Parti populaire, battu en 2004 et 2008 par Zapatero, devrait donc devenir Premier ministre. Comment expliquer qu'il soit toujours là après ces deux échecs ?
B.P. :
Sa défaite du 13 mars 2004 ne compte pas vraiment tant elle est liée aux attentats commis deux jours plus tôt à Madrid. Ensuite, après celle de 2008, il a  très bien manœuvré en convoquant rapidement un congrès du Parti populaire pour neutraliser ses adversaires et se faire réélire avant qu'une opposition interne ne puisse naître. Son autre qualité, c'est d'être un Galicien, qui, en caricaturant, est à l'Espagne ce que le Normand est à la France. Il ne dit jamais rien. Quand vous parlez avec lui, vous avez l'impression qu'il vous donne raison. Il a encore agi ainsi lors de la campagne en ne dévoilant aucune proposition concrète, sauf pour prendre le contre-pied de Rubalcaba en affirmant qu'il ne toucherait pas aux retraites. Mais pour le reste, il est flou, son programme est vague.

Le résultat de sa victoire annoncée sera donc compliqué à décrypter. Au-delà du vote-sanction contre la gauche, quel sera le vote d'adhésion pour Rajoy ? Difficile à dire puisque les Espagnols ne savent pas trop à quoi adhérer. Cette élection est vraiment celle de l'ambiguïté. Les marchés ne s'y trompent d'ailleurs pas. Ils ont continué à attaquer la dette souveraine espagnole à quelques jours du scrutin.

TF1 News : Justement, quelle peut être la marge de manœuvre de Rajoy face aux marchés ?
B.P. :
Face au modèle économique espagnol, ils restent sceptiques. La croissance reste faible. Surtout, l'industrie espagnole est une industrie de copie et non de création. On ne dépose que 2.600 brevets par an Espagne, contre 14.000 en Allemagne ! L'économie ne pouvant se reposer entièrement sur le tourisme, Mario Rajoy devra trouver comment relancer la croissance. Il est fort probable qu'il choisisse les recettes classiques de la droite, en instillant plus de flexibilité sur le marché du travail.

exergue "Rajoy a des atouts pour maintenir son état de grâce"


TF1 News : Les Espagnols ne vont-ils pas alors vite déchanter ?
B.P. :
C'est la question à un million d'euros. Dans l'immédiat, Mariano Rajoy bénéficiera de l'état de grâce. Pour combien de temps ? Mystère. Il a néanmoins plusieurs atouts. Tout d'abord, il bénéficie du souvenir positif du bon bilan de José Maria Aznar (ndlr : Premier ministre entre 1996 et 2004), même s'il ne pourra pas compter sur les privatisations des entreprises publiques pour faire rentrer facilement de l'argent dans les caisses de l'Etat.

Ensuite, si le taux de chômage est trop élevé, la situation macro-économique de l'Espagne n'est pas aussi mauvaise qu'on peut le penser : la dette publique est maîtrisable puisqu'elle ne représente que 67% du PIB contre 87% en France ou 120% en Italie, la sécurité sociale est à l'équilibre et le fonds de réserve pour les retraites est excédentaire de 60 milliards d'euros.

TF1 News : Au-delà de ce scrutin, l'Espagne est le pays où le "mouvement des indignés" est né et où il est le plus fort. Même s'ils se disent a-politiques, ces participants sont souvent issus des milieux de gauche. La large victoire attendue de la droite est-elle pour eux une sorte d'échec ?
B.P. :
Le phénomène, bien que réel, a été surpondéré médiatiquement, au point de masquer aussi une mobilisation à droite en réaction. Surtout, il ne pèse pas politiquement car c'est avant tout un mouvement social et sociétal. Il n'a pas d'organisation politique et se retrouve donc en porte-à-faux dans un système d'élections classiques. Certains thèmes, comme la modernisation du système et la fin des privilèges de la classe politique et financière, ont néanmoins été repris par les petits partis (voir notre reportage sur place : "Législatives en Espagne : les "indignés veulent peser")

Après le scrutin, il y aura marginalement des opérations spectaculaires. Mais dans cinq ou six mois, à la fin de l'état de grâce de Mariano Rajoy, le mouvement peut repartir de l'avant s'il s'installe aussi au niveau européen.

Par Fabrice Aubert le 18 novembre 2011 à 05:45
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11 Commentaires

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  • michalowice, le 20/11/2011 à 00h22

    Rajoy est un arriviste comme Sarkozy, il est mal aimé, son "règne" sera éphémère.

  • bruchtoukai, le 19/11/2011 à 23h12

    Nous n'avons jamais vu un gouvernement de gauche réussir en économie, et cela est vrai dans toute l'Europe. La gauche vide systématiquement les caisses.Le terrain de prédilection de la gauche, c'est la pauvreté pour le peuple, c'est leur cheval de bataille. Sans pauvreté, pas de gauche, donc appauvrissons le peuple pour exister. Et lorsqu'il n'y a plus d'argent, laissons la droite redresser l'économie.

  • riviera13, le 19/11/2011 à 10h36

    Comment disent ils, "je pleure" , les Espagnols???

  • lasbadias28, le 19/11/2011 à 01h16

    Heureusenent pour lui Mr zapatero a une bonne tete ,et de plus il est de gauche?!! rien a voir avec ce Berlusconi qui a ruine l ITALIE. a! il n est pas de gauche!. c est cela l impartialite a la Francaise . Mr Zapatero vous n avez pas de chance vous ne faites pas la une des journaux parceque vous avez su mene votre pays a la ruine mais Gentiment a gauche

  • jipoulou, le 18/11/2011 à 18h04

    Mr Zapatero n'est plus soutenu par personne les syndicats espagnol l'ont lache son bilan est desastreux alors qu'il a pris le pouvoir en2004 avec les caisses de l'etat pleines

  • michalowice, le 18/11/2011 à 16h04

    Que bonita es España !!!

  • eliot1949, le 18/11/2011 à 14h30

    Le titre pourra s'apliquer à la France si la gauche passe. Tous les gouvernements en place sont dans la même situation.

  • passif77, le 18/11/2011 à 13h34

    Chrismaz63, oui jai pas oublié qui était archi favorite, en 2004 la Droite, c'est une droite franche et pragmatique, mais ta oublié de dire quelque chose, aussi, pourquoi cette droite si favorite, a perdu ???? et oui, car cette droite franche et pragmatique a voulu faire croire aux Espagnols que les auteurs des attentats de Madrid en 2004, étaient des partisans de l'ETA, alors qu'il s'agissait d'Islamistes Radicaux, des haineux, non Donc mensonge d'Etat, Et apres il faut aussi rappeler qui a envoyé des Soldats en Irak et en Afghanistan ;;; qui ; et bien cette droite franche et pragmatique, notre cher Aznar Donc il faut être franc, la perte des éléctions en 2004 est du à un mensonge d'Etat de cette droite et la cause de ces attentats, est également de leur côté, De plus Rajoy, a une sacrée langue de bois, d'ailleurs comme notre Cher Copé hier soir sur France 2 Alors il faut arrêter de faire croire que cette droite est franche, moderne et pragmatique, comme ici en France, d'ailleurs, voir toutes les affaires en cours actuellement

  • wayne16, le 18/11/2011 à 11h45

    Lui il veut créer 3 000 000 d'emploi ...il a pas peur!!

  • ovation1, le 18/11/2011 à 09h34

    Ils n'ont plus de marges de manoeuvres , qui que ce soit !

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