Garzon, un juge brisé par l'ombre du franquisme

Par TF1 News (D'après agence), le 14 mai 2010 à 15h36 , mis à jour le 14 mai 2010 à 15h43

Le juge espagnol Baltasar Garzon, mondialement connu pour avoir fait arrêter Pinochet, a été suspendu de ses fonctions : il doit être jugé pour avoir tenté d'enquêter sur les crimes du franquisme, malgré la loi d'amnistie votée par l'Espagne.

Le juge espagnol Baltasar Garzon, en février 2007Le juge espagnol Baltasar Garzon, en février 2007 © www.abacapress.com

Baltasar Garzon : un nom emblématique au sein du monde judiciaire espagnol, et connu bien au-delà des frontières d'Espagne ; ce juge a notamment enquêté sur des affaires de terrorisme et de corruption, mais aussi sur les crimes des dictatures argentine et chilienne. Pionnier de la "justice universelle", il avait, notamment, lancé un mandat d'arrêt contre Augusto Pinochet dans le cadre d'une enquête sur la mort de ressortissants espagnols disparus au Chili à l'époque de la dictature. Et il avait ainsi fait interpeller à Londres, en 1998, l'ex-dictateur chilien. En Espagne même, il a tenté d'exhumer les crimes de l'époque du franquisme. Et il s'est heurté à une chape de plomb. Ses tentatives lui ont valu d'être poursuivi par des organisations d'extrême droite pour avoir voulu, en 2008, enquêter pour la première fois sur les disparus de la Guerre civile et de la répression franquiste, en enfreignant "sciemment", selon eux la loi, d'amnistie générale votée en 1977, deux ans après la mort de Franco.

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Désormais, Baltasar Garzon est donc lui-même visé par la justice espagnole. Il encourt une peine de 20 ans d'interdiction d'exercice de sa fonction de juge, qui mettrait un point final à sa carrière. Et ce vendredi, le Conseil général du pouvoir judiciaire espagnol l'a suspendu de ses fonctions. Cette mesure faisait suite à la décision prise mercredi par un magistrat du Tribunal suprême d'ordonner l'ouverture du procès pour "forfaiture" (c'est-à-dire pour abus de pouvoir) du juge Garzon, dont la date n'a pas encore été fixée. Elle a été prise à l'unanimité des membres du CGPJ, l'organe de tutelle de la magistrature espagnole.

Une mise en accusation qui choque 

La suspension provisoire est normalement automatique en Espagne pour tout magistrat appelé à comparaître devant un tribunal pour des délits présumés commis dans l'exercice de ses fonctions. Le juge Garzon a tenté d'échapper à cette mesure humiliante en demandant mardi sa mise en disponibilité pour travailler durant sept mois comme consultant à la Cour pénale internationale de La Haye. Mais le secteur conservateur du CGPJ, organe de tutelle de la magistrature espagnol, a déjoué cette manoeuvre, en obtenant la convocation d'une réunion extraordinaire pour statuer sur sa suspension avant d'avoir à se prononcer sur sa demande de mise en disponibilité.

En Espagne, cette mise en accusation suscite une vive controverse. Elle choque profondément les milieux de gauche et les associations de victimes du franquisme. La droite, pour sa part, estime que la justice doit suivre son cours en toute indépendance. Et Garzon a reçu le soutien de nombreux juristes dans le monde qui estiment que les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles et que la loi d'amnistie espagnole n'est pas conforme au droit international.

Dans une ultime tentative pour échapper à sa suspension, le juge Garzon a demandé vendredi matin l'annulation de l'ordonnance du juge du Tribunal suprême ayant ordonné son renvoi pour jugement, alléguant d'irrégularités de procédure. La commission permanente du CGPJ devait de son côté se réunir vendredi après-midi pour examiner sa demande de mise en disponibilité.

Par TF1 News (D'après agence) le 14 mai 2010 à 15:36
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2 Commentaires

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  • saintamil, le 15/05/2010 à 08h37

    C'est comme si vous demandiez à l'allemagne de rouvrir son passé nazi. Pour l'espagne, c'est meme pire, vu que c'est entre eux que ca s'est passé. A part avoir envie de provoquer une guerre civile, je ne vois pas trop l'intéret de remuer la m... Sinon, ok, ils suppriment la loi d'amnistie, et on remet tout sur la table, mais il me semble que l'espagne a d'autres priorités en ce moment...

  • redeared, le 14/05/2010 à 19h20

    Tout pays qui se respecte a son mauvais Garzon!

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