La tension monte entre la France et la Turquie, alors que la députée UMP Valérie Boyer défend jeudi un texte d'initiative parlementaire, mis à l'ordre du jour de l'Assemblée par le gouvernement, visant à "réprimer la contestation ou la minimisation grossière" de tout génocide, dont celui perpétré en 1915 contre les Arméniens dans l'Empire ottoman. Cette initiative a déchaîné la fureur des autorités turques qui accusent le Nicolas Sarkozy de vouloir instrumentaliser le génocide arménien à quelques mois du scrutin présidentiel en France.
Génocide arménien : Ankara promet des sanctions "permanentes" si la loi est votée
Le ministre turc des Affaires étrangères a appelé, samedi, les sénateurs français à rejeter la proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien, lors du vote de lundi. Dans le cas contraire, la France s'exposerait à des sanctions "permanentes".
Publié le 21/01/2012
Négation du génocide arménien : un texte voulu par Sarkozy
Même s'il s'agit d'une proposition de loi et non d'un projet de loi, le texte qui pénalise la négation du génocide arménien émane néanmoins de la volonté directe du chef de l'Etat.
Publié le 21/12/2011
Génocide arménien : la France répond aux critiques de la Turquie
Le ministre des Affaires européennes, Jean Leonetti, appelle mercredi la Turquie à reconnaître le génocide arménien du début du XXe siècle comme "un fait historique", au lendemain des critiques du président turc sur une proposition de loi visant à condamner la négation de génocides.
Publié le 21/12/2011
Génocide arménien : la Turquie menace la France de conséquences "graves, irréparables"
Des paroles fortes pour prévenir la France des conséquences qu'auraient l'adoption d'un projet de loi sur la reconnaissance du génocide arménien. Le Premier ministre turc s'adresse directement à Nicolas Sarkozy.
Publié le 16/12/2011
Génocide arménien : le patronat turc évoque des "dégâts majeurs" pour la France
Le patronat turc a prévenu la France, dimanche, que l'adoption d'une proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien aura des conséquences sur les relations économiques et commerciales entre les deux pays. S'il refuse de mener lui-même le mouvement, il pense à d'éventuels "boycottages" de la jeunesse turque.
Publié le 18/12/2011
Les représailles brandies par la Turquie sont "des menaces en l'air", a estimé jeudi le ministre des Affaires européennes, Jean Leonetti, en demandant un "dialogue apaisé" avec Ankara. Liée par des engagements internationaux au sein de l'Union européenne et de l'Organisation mondiale du commerce, la Turquie "ne peut pas discriminer pour des raisons politiques un pays ou un autre", a-t-il précisé. Le ministre a aussi qualifié les déclarations mercredi du ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, de "mots excessifs, qui comme tous les mots excessifs apparaissent comme dérisoires". Dans un entretien au journal Le Monde, le ministre turc avait estimé que la proposition de loi française, soutenue par le gouvernement français, était "une attaque contre l'histoire de la Turquie". Il a aussi assuré que Nicolas Sarkozy avait promis au Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan de renoncer à ce projet de pénaliser la négation du génocide arménien. "Je ne vois pas comment il peut dire que le président avait promis à qui que ce soit quoi que ce soit", a rétorqué Jean Leonetti.
Les députés d'accord
La proposition de loi a toutes les chances d'être adoptée à l'Assemblée, à l'issue du débat, tous les groupes politiques ayant donné leur aval. Face au déchaînement des menaces brandies par Ankara, le gouvernement, par la voix de sa porte-parole Valérie Pécresse, a contesté qu'on puisse voir dans ce texte une "attaque contre la Turquie". "Le gouvernement y voit simplement la réaffirmation d'un principe universel qui est que chaque pays doit avoir le courage de faire son travail de mémoire et de regarder son histoire avec lucidité", a-t-elle déclaré. Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, qui avait déjà affirmé la veille n'être "pas favorable au texte", en a minimisé mercredi la portée en jugeant que son adoption définitive par le Parlement était peu probable d'ici la fin de la législature en 2012.
En effet, le gouvernement n'ayant pas mis "l'urgence" sur ce texte (une seule lecture par assemblée), il faudrait probablement plusieurs mois de navette avant un vote définitif, un délai incompatible avec la fin des travaux du Parlement pour la législature actuelle, prévue fin février en raison de l'élection présidentielle du printemps. Gérard Larcher, l'ancien président UMP du Sénat, a assuré de son côté qu'il ne voterait pas la proposition de loi, jugeant qu'il fallait "laisser aux historiens le soin de déterminer ce qu'a été la réalité de l'Histoire". C'est au nom de ce refus des lois "mémorielles" que le Sénat avait rejeté, le 4 mai dernier, une proposition de loi PS, similaire à celle de Valérie Boyer, adoptée le 12 octobre 2006 par l'Assemblée nationale.
"Le groupe socialiste fera son devoir"
Des sénateurs de tous bords, comme Robert Badinter (PS) ou Jean-Jacques Hyest (UMP) avaient invoqué cet argument comme motif d'irrecevabilité d'une telle proposition, au grand dam de nombreux élus des départements où vit une forte communauté arménienne. Dans la majorité, deux députés, Michel Piron et Patrice Martin-Lalande ont estimé à leur tour qu'il n'appartenait pas au Parlement de définir la vérité historique et ont signalé qu'ils ne voteraient pas la proposition, rejoignant ainsi plusieurs députés de la Droite populaire. "Il n'est pas raisonnable que la loi se mêle maintenant d'entraîner devant des tribunaux, de faire payer des amendes et de mettre en prison des gens qui nieraient, ou diraient, dans une controverse historique, qu'ils ne sont pas de cet avis", a réagi François Bayrou.
Les députés socialistes qui n'ont pas caché leur soutien à la proposition de Valérie Boyer, pointaient mercredi "l'électoralisme" de son inscription à l'ordre du jour de l'Assemblée. "Le groupe socialiste fera son devoir et votera le texte. En même temps, c'est la responsabilité de l'UMP, du gouvernement et la volonté personnelle de Nicolas Sarkozy que de le faire maintenant", a souligné Pierre Moscovici (PS), directeur de campagne de François Hollande. Un sénateur PS Philippe Kaltenbach avait lui-même déposé en novembre une proposition de loi visant à réprimer la contestation de l'existence du génocide arménien, une initiative prise de vitesse par Valérie Boyer.
| Des manifestants devant l'Assemblée nationale |
Un millier de personnes manifestaient tôt jeudi matin devant l'Assemblée nationale. Massés sur la place du président Edouard Herriot (VIIe arrondissement de Paris), ils brandissaient des drapeaux français et turcs et des pancartes disant "l'histoire ne doit pas servir la politique", "le débat historique n'est pas le débat politique" et "la pêche aux voix ne doit pas se faire sur l'histoire d'un pays". Les manifestants, en majorité des jeunes, dont les tracts étaient signés du Comité de coordination des associations franco-turques de France, étaient entourés de doubles barrières, tandis que des CRS bloquaient tous les accès à l'Assemblée nationale. |
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