Génocide arménien: Paris ferme, manifestations devant l'Assemblée

le 22 décembre 2011 à 08h15 , mis à jour le 22 décembre 2011 à 09h50

La venue d'une délégation de parlementaires turque n'a rien changé à l'agenda. Le débat sur la pénalisation de la négation des génocides aura bien lieu jeudi à l'Assemblée. Un hémicycle qui affiche son unanimité.

La tension monte entre la France et la Turquie, alors que la députée UMP Valérie Boyer défend jeudi un texte d'initiative parlementaire, mis à l'ordre du jour de l'Assemblée par le gouvernement, visant à "réprimer la contestation ou la minimisation grossière" de tout génocide, dont celui perpétré en 1915 contre les Arméniens dans l'Empire ottoman. Cette initiative a déchaîné la fureur des autorités turques qui accusent le Nicolas Sarkozy de vouloir instrumentaliser le génocide arménien à quelques mois du scrutin présidentiel en France.

Plus d'infos

Les représailles brandies par la Turquie sont "des menaces en l'air", a estimé jeudi le ministre des Affaires européennes, Jean Leonetti, en demandant un "dialogue apaisé" avec Ankara.  Liée par des engagements internationaux au sein de l'Union européenne et de l'Organisation mondiale du commerce, la Turquie "ne peut pas discriminer pour  des raisons politiques un pays ou un autre", a-t-il précisé. Le ministre a aussi qualifié les déclarations mercredi du ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, de "mots excessifs, qui comme tous les mots excessifs apparaissent comme dérisoires". Dans un entretien au journal Le Monde, le ministre turc avait estimé que la proposition de loi française, soutenue par le gouvernement français, était "une attaque contre l'histoire de la Turquie". Il a aussi assuré que Nicolas Sarkozy avait promis au Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan de renoncer à ce projet de pénaliser la négation du génocide arménien. "Je ne vois pas comment il peut dire que le président avait promis à qui que ce soit quoi que ce soit", a rétorqué Jean Leonetti.

Les députés d'accord

La proposition de loi a toutes les chances d'être adoptée à l'Assemblée, à l'issue du débat, tous les groupes politiques ayant donné leur aval. Face au déchaînement des menaces brandies par Ankara, le gouvernement, par la voix de sa porte-parole Valérie Pécresse, a contesté qu'on puisse voir dans ce texte une "attaque contre la Turquie". "Le gouvernement y voit simplement la réaffirmation d'un principe universel qui est que chaque pays doit avoir le courage de faire son travail de mémoire et de regarder son histoire avec lucidité", a-t-elle déclaré. Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, qui avait déjà affirmé la veille n'être "pas favorable au texte", en a minimisé mercredi la portée en jugeant que son adoption définitive par le Parlement était peu probable d'ici la fin de la législature en 2012.

En effet, le gouvernement n'ayant pas mis "l'urgence" sur ce texte (une seule lecture par assemblée), il faudrait probablement plusieurs mois de navette avant un vote définitif, un délai incompatible avec la fin des travaux du Parlement pour la législature actuelle, prévue fin février en raison de l'élection présidentielle du printemps. Gérard Larcher, l'ancien président UMP du Sénat, a assuré de son côté qu'il ne voterait pas la proposition de loi, jugeant qu'il fallait "laisser aux historiens le soin de déterminer ce qu'a été la réalité de l'Histoire". C'est au nom de ce refus des lois "mémorielles" que le Sénat avait rejeté, le 4 mai dernier, une proposition de loi PS, similaire à celle de Valérie Boyer, adoptée le 12 octobre 2006 par l'Assemblée nationale.

"Le groupe socialiste fera son devoir"

Des sénateurs de tous bords, comme Robert Badinter (PS) ou Jean-Jacques Hyest (UMP) avaient invoqué cet argument comme motif d'irrecevabilité d'une telle proposition, au grand dam de nombreux élus des départements où vit une forte communauté arménienne. Dans la majorité, deux députés, Michel Piron et Patrice Martin-Lalande ont estimé à leur tour qu'il n'appartenait pas au Parlement de définir la vérité historique et ont signalé qu'ils ne voteraient pas la proposition, rejoignant ainsi plusieurs députés de la Droite populaire. "Il n'est pas raisonnable que la loi se mêle maintenant d'entraîner devant des tribunaux, de faire payer des amendes et de mettre en prison des gens qui nieraient, ou diraient, dans une controverse historique, qu'ils ne sont pas de cet avis", a réagi François Bayrou.

Les députés socialistes qui n'ont pas caché leur soutien à la proposition de Valérie Boyer, pointaient mercredi "l'électoralisme" de son inscription à l'ordre du jour de l'Assemblée. "Le groupe socialiste fera son devoir et votera le texte. En même temps, c'est la responsabilité de l'UMP, du gouvernement et la volonté personnelle de Nicolas Sarkozy que de le faire maintenant", a souligné Pierre Moscovici (PS), directeur de campagne de François Hollande. Un sénateur PS Philippe Kaltenbach avait lui-même déposé en novembre une proposition de loi visant à réprimer la contestation de l'existence du génocide arménien, une initiative prise de vitesse par Valérie Boyer.

Des manifestants devant l'Assemblée nationale

Un millier de personnes manifestaient tôt jeudi matin devant l'Assemblée nationale. Massés sur la place du président Edouard Herriot (VIIe arrondissement de Paris), ils brandissaient des drapeaux français et turcs et des pancartes disant "l'histoire ne doit pas servir la politique", "le débat historique n'est pas le débat politique" et "la pêche aux voix ne doit pas se faire sur l'histoire d'un pays". Les manifestants, en majorité des jeunes, dont les tracts étaient signés du Comité de coordination des associations franco-turques de France, étaient entourés de doubles barrières, tandis que des CRS bloquaient tous les accès à l'Assemblée nationale.

le 22 décembre 2011 à 08:15
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

5 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • viky1234, le 22/12/2011 à 10h37

    Je suis en ce moment à Ankara et ici l'ambiance n'est pas bonne. Je constate que si cette loi passe, cela dégradera les relations entre les Turcs et les français! De quoi se mêle la France? Est-ce que la Turquie demande à la France de reconnaître le génocide des vendéens en 1793? Ce n'est pas à la France de faire ce genre de lois. On voit que nous sommes à quelques semaines des élections !!! En ce temps de crise, la France devrait plutôt concentrer ses efforts sur les relations commerciales avec ce pays en plein essor économique !!!

  • gillou955, le 22/12/2011 à 10h30

    Il l'avait promis pendant sa campagne, mais comme c'est proche des élection on ne doit plus rien faire.

  • alainze, le 22/12/2011 à 10h25

    Excellente initiative au contraire !

  • marseille_du_68, le 22/12/2011 à 10h05

    2 bons sujets de philosophie parmi les slogans......

  • bebert59650, le 22/12/2011 à 09h54

    Certains parlementaires et ministres commencent à comprendre l'erreur de cette initiative prise par Sarkozy. La manipulation politique pour mettre en porte à faux le PS et draguer l'électorat arménien n'a pas marché et il faut encore une fois sauver le soldat président. Je pense qu'à droite, beaucoup doivent se demander si Sarkozy est le meilleur candidat.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience