Le gigantesque feu qui ravage la Catalogne a continué à progresser dans la nuit de lundi à mardi. A une vitesse moindre, toutefois, que dimanche : c'est désormais environ 15.000 hectares qui auraient été parcourus par les flammes. Lundi, après un week-end cauchemardesque pour les riverains des zones touchées, ce bilan était de 13.000 hectares. Les flammes avaient progressé très vite, poussées par la tramontane, avec des rafales pouvant atteindre les 90 km/h. Désormais, le vent a faibli, et changé de direction, mais les pompiers redoutent une reprise. Le vent pourrait désormais venir du sud et être très sec, attisant d'autant plus les flammes. Alors que les soldats du feu espagnols, débordés, ne parviennent pas à contenir l'avancée de l'incendie, se retrouvant parfois devant de véritables murs de feu, avec des flammes atteignant jusqu'à 20 m de hauteur, ils ont reçu le soutien des pompiers français (400 d'entre eux sont mobilisés aux côtés de leurs collègues espagnols), de six bombardiers d'eau envoyés par la France... et de nombreux volontaires qui s'efforcent de les aider dans cette lutte inégale pour protéger ce qui peut l'être.
Dans de nombreux villages, les agriculteurs apportent tout leur matériel à la lutte contre le feu. C'est le cas à Avinyonet de Puigventos, un village de 1300 habitants, qui n'a subi aucune perte humaine, aucun dommage. Pourtant, "toute la forêt autour du village a brûlé", témoigne Pere Sibeques, un habitant de 75 ans. "Les flammes mesuraient plusieurs mètres de haut, donnaient la chair de poule. Je ne pouvais pas retenir mes larmes en voyant tout cela brûler", confie son épouse, Teresa Sirvent, âgée de 70 ans. Le feu est arrivé à un peu plus d'un kilomètre de leur maison. Comme les autres habitants du village, Pere et Teresa ont reçu la consigne de se confiner chez eux, tout comme les villageois vivant dans 16 autres localités de cette région de l'Alt Emporda. "Ils nous ont dit de nous enfermer, les portes et les fenêtres bien closes, et de ne pas bouger, pour éviter la fumée et les cendres, qui recouvraient tout", explique Joan Poc, 70 ans, qui lui aussi habite ce village où les flammes n'ont pas pénétré. "Les maisons des agriculteurs, là, au dehors, aucune d'elles n'a brûlé, grâce aux volontaires qui s'y trouvaient, avec leurs camions et leurs tracteurs", assure-t-il.
L'informaticien prête main-forte contre le feu
August Imbert, âgé de 33 ans, est l'un de ces volontaires qui, face à la violence du feu, ont décidé de tout quitter pour aller prêter main forte à la population. Il est informaticien et travaille à Girona, la ville proche. "J'ai demandé un jour de congé et l'entreprise s'est montrée compréhensive", raconte-t-il, visiblement épuisé après avoir travaillé 14 heures sans interruption dimanche, puis neuf heures lundi. "Nous avons transporté de l'eau, protégé des fermes et des dépôts de gaz en rafraîchissant le terrain tout autour. J'ai oublié combien de trajets nous avons fait en camion", ajoute August, qui depuis huit ans participe comme volontaire, aux côtés des pompiers, à la lutte contre le feu. "J'ai vu plusieurs incendies, mais comme celui-ci, pas beaucoup" remarque-t-il.
Situation bien différente à La Jonquère, où le feu a progressé dans les jardins, léché les façades des maisons, obligeant des habitants à fuir en abandonnant tout derrière eux. Un couple de retraités témoigne de cette panique dans les colonnes du Midi Libre : ils étaient encore en train de manger lorsque les vitres de leur domicile ont explosé sous la chaleur et l'avancée des flammes. Un voisin a vu sa voiture exploser dans son garage. "On s'est retrouvés à la rue, d'où on voyait passer des boules de feu", témoigne son fils dans le journal.







