Irlande : beaucoup de vaincus, et pas de vrai vainqueur

Par TF1 News (d'après agence), le 26 février 2011 à 11h35 , mis à jour le 26 février 2011 à 11h38

Le parti d'opposition Fine Gael remporterait les législatives en Irlande mais sans gagner la majorité absolue, selon un sondage sortie des urnes. Le parti du Premier ministre semble laminé, celui des Verts aussi ; et le Sinn Féin en profite apparemment moins qu'espéré.

Le naufrage du parti du Premier ministre sortant Brian Cowen, victime collatérale de la crise qui a vu le taux de chômage en Irlande doubler, était attendu. Tout comme la victoire du parti d'opposition Fine Gael était annoncée aux législatives qui se sont déroulées cette semaine dans le pays. Mais selon un sondage sortie des urnes diffusé samedi par la radio-télévision publique RTE, c'est une victoire quelque peu décevante pour le Fine Gael, qui n'a pas réussi à obtenir la majorité. Le Fine Gael, comme les travaillistes, souhaite renégocier les termes du prêt de 85 milliards d'euros accordé par l'Union européenne et le Fonds monétaire international pour sauver le pays de la faillite. L'éclatement de la bulle immobilière et le sauvetage des banques ont contraint le gouvernement irlandais à réclamer l'an dernier cette aide en échange de mesures de rigueur drastiques. Beaucoup d'Irlandais y ont vu une perte de souveraineté intolérable.

Le Fianna Fail, tenu pour responsable des déboires économiques de l'Irlande, apparaît comme la première victime politique de la crise de la dette en Europe: il n'obtiendrait que 15,1% des voix, le pire résultat de son histoire, selon RTE, qui a interrogé 3500 électeurs à la sortie des urnes vendredi. Le Fine Gael, principal parti d'opposition, est crédité pour sa part de 36,1% des suffrages. Il s'agit là de son meilleur résultat depuis novembre 1982, précise la RTE. Mais ce chiffre est en retrait par rapport à de nombreux sondages qui prévoyaient un score plus proche de 40%. Le parti ne devrait donc pas être en mesure de réunir une majorité absolue de députés, se voyant contraint de s'allier à des indépendants ou de former une coalition avec le Labour, une formation de gauche avec qui il a déjà gouverné. Ce dernier parti a remporté 20,5% des voix, selon le même sondage. Les Verts, membres de la coalition gouvernementale sortante, sont également laminés, avec seulement 2,7%.

Quelle sortie de crise ?

Le vote sanction à l'encontre du gouvernement sortant, accusé de n'avoir pas su prévoir la crise, a également profité au parti nationaliste Sinn Féin. Ce dernier réalise le meilleur score de son histoire, avec 10,1%. Ce résultat est cependant inférieur aux prévisions d'avant les législatives, et aux espoirs du leader du Sinn Féin, Gerry Adams. Le chef de file nationaliste, basé à Belfast, en Irlande du Nord, se présentait personnellement pour la première fois devant les électeurs d'Irlande.

Le sondage ne donne pas d'indications en termes de sièges. Cependant, selon Michael Marsh, politologue au Trinity College de Dublin, les résultats du sondage de RTE donneraient au Fine Gael 72 sièges au Dail, chambre basse au Parlement irlandais, soit relativement loin de la majorité absolue de 84 députés (sur un total de 166). Le Fine Gael compte 51 sièges dans la Chambre sortante. Le nombre des sièges du Fianna Fail serait divisé par plus de trois, la formation ne réussissant à sauver que 20 de ses 73 sièges, selon le politologue. Le Labour remporterait pour sa part 38 députés, contre 20 actuellement, et le Sinn Féin environ "14 ou 15", triplant sa représentation (5 députés actuellement), a calculé le politologue.

L'ampleur de la défaite du parti au pouvoir, plus forte encore que prévu, et la victoire plus modeste qu'annoncé de l'opposition, pourraient marquer la défiance d'électeurs irlandais peu convaincus de sortir facilement de la crise. Il est vrai que même si elle obtient un assouplissement de ses conditions de prêt, dans le cadre de la mise en place d'un mécanisme européen plus global, l'Irlande n'a qu'une marge de manoeuvre limitée et devra toujours réduire son déficit budgétaire de près de 12% du produit intérieur brut cette année à moins de 3% d'ici 2015. Si la croissance n'est pas au rendez-vous, le nouveau gouvernement pourrait être contraint de prendre des mesures d'austérité supplémentaires, au risque de perdre très vite sa popularité auprès des électeurs.

Par TF1 News (d'après agence) le 26 février 2011 à 11:35
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