Tout est prêt à Bakou pour que rien ne gâche la fête. L'Eurovision est le plus grand événement jamais organisé par l'Azerbaïdjan, ancienne république soviétique au régime très critiqué à l'étranger pour ses violations des droits de l'homme. Le président Ilham Aliev, qui a succédé sans coup férir à son père Heydar Aliev en 2003, compte faire de la rencontre une vitrine pour son régime. Il s'agit de montrer aux plus de 100 millions de téléspectateurs attendus une image resplendissante du pays. Pour accueillir les vingt-six finalistes du grand show, un Palais de Cristal flambant neuf a été érigé en un temps record sur les bords de la mer Caspienne. Les mots illuminés "Finale de l'Eurovision 2012" sont visibles de loin sur les façades de gratte-ciel situés sur une colline surplombant la baie, pendant que le front de mer est envahi de promeneurs dont certains agitent des drapeaux de l'Eurovision.
Pour que l'organisation de ce grand show reste une affaire familiale, celle qui a été chargée de diriger le comité d'organisation du spectacle n'est autre que... la propre femme du président, Mehriban Alieva. Son gendre Emin Agalarov doit pour sa part interpréter des chansons pendant le show. La journaliste Khadija Ismaïlova de Radio Liberty a par ailleurs mis au jour ce qui semble un conflit d'intérêts entre la famille Aliev et une compagnie impliquée dans la construction du Palais de Cristal. Et des associations de défense des droits de l'homme soulignent que la construction même de ce vaste bâtiment a donné lieu à des expropriations forcées.
Un événement qui se veut apolitique
Rien de tout ceci, bien sûr, ne doit transparaître lors de la cérémonie. Reste que l'ambiance festive a été ternie vendredi soir par des interpellations de dizaines d'opposants qui tentaient d'organiser une manifestation pacifique pour réclamer des élections équitables et la liberté de se rassembler. Mais le simple fait de se réunir pour protester dans la rue est impensable en Azerbaïdjan. "Une manifestation pacifique en Azerbaïdjan est aujourd'hui criminalisée", souligne Max Tucker d'Amnesty International, qui recense 17 prisonniers politiques dans ce pays. Le pouvoir, quant à lui, déclare que l'opposition est autorisée à s'exprimer du moment qu'elle n'enfreint pas la loi. Et l'Union européenne de radio-télévision, qui organise l'Eurovison, martèle de son côté qu'il s'agit d'un événement apolitique.
La représentante de la Suède, Loreen, a néanmoins rencontré cette semaine des militants, qui lui ont demandé de parler des droits de l'homme quand elle montera sur scène avec sa chanson Euphoria. Interrogée à ce sujet au cours d'une conférence de presse, elle s'est cependant refusée à tout commentaire. "Il y a deux parties distinctes en moi. L'une est intime, et l'autre se consacre au travail que j'effectue ici. Aujourd'hui, je veux seulement focaliser mon énergie sur que nous avons à créer", a dit la concurrente suédoise.
Néanmoins, Rasul Jafarov, du mouvement Chante pour la démocratie !, qui a rencontré Loreen et organisé une marche silencieuse à Bakou mercredi, a qualifié l'Eurovision d'événement sans précédent pour le pays, étant donné la manière dont les militants l'ont utilisé pour défendre leur cause. "Cela n'a pas changé la situation, mais cela pourrait la changer à l'avenir", a-t-il estimé.







