La police en alerte à Moscou, déploiement des forces spéciales

le 06 décembre 2011 à 11h31 , mis à jour le 06 décembre 2011 à 18h36

Au lendemain de l'une des plus importantes manifestations, la capitale est en alerte mardi. Le président Dmitri Medvedev a déclaré que le système politique russe n'était "pas l'affaire" des Occidentaux, après les critiques de l'OSCE sur la trop grande proximité entre l'Etat russe et le parti de Vladimir Poutine.

[Expiré] russie © AFP

Moscou sous haute tension. Des forces spéciales du ministère russe de l'Intérieur ont été dépêchées dans la capitale russe pour "assurer la sécurité", a indiqué mardi un responsable du ministère, alors qu'une manifestation contre la victoire aux législatives  du parti de Vladimir Poutine est prévue dans la soirée. Ces troupes spéciales "n'ont qu'un seul but : assurer la sécurité des citoyens" dans le cadre d'un niveau d'alerte "renforcé".  Plusieurs unités des forces spéciales, notamment de la division Dzerjinski - une unité d'élite de la région de Moscou -, ont été mobilisées pour garantir l'ordre public dans la capitale, a précisé un porte-parole de la police de Moscou.
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"La police de Moscou appelle les citoyens à ne pas céder à la provocation et à ne pas participer à des actions de masse illégales et non autorisées par les autorités", a prévenu la direction de la police. "Ceux qui tentent de mener de telles actions doivent comprendre qu'ils seront interpellés et devront en répondre devant la loi", indiquent les forces de l'ordre. Dans la soirée, environ 600 personnes étaient présentes dans les cortèges, selon des reporters sur place, cette estimation incluant toutefois des jeunes gens vêtus d'anoraks bleus scandant "Russie! Poutine!". Les contestataires répliquaient eux aux cris de "Liberté!" ou "la Russie sans Poutine!". La foule a été contenue par des dizaines de policiers anti-émeutes. Au moins dix personnes ont été arrêtées après des échauffourées.

Alexei Navalni condamné à deux semaines de prison

Ce déploiement de force se fait  au lendemain d'une manifestation massive de l'opposition contre les élections remportées par le parti de Vladimir Poutine. Plus de 300 manifestants, parmi lesquels le blogueur anticorruption Alexeï  Navalni, avaient été interpellés lors d'une manifestation de plusieurs milliers de personnes lundi soir à Moscou, d'une ampleur inédite ces dernières années. Les manifestants ont voulu marcher vers la commission électorale pour  dénoncer des fraudes et des pressions aux législatives et réclamer une "Russie sans Poutine". Un des leader du mouvement Solidarnost a été condamné à 15 jours de prison  après avoir été interpellé lors de cette manifestation.

Un des organisateurs du défilé de lundi, Ilia Yachine, a été condamné à quinze jours de détention. "Il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une décision politique destinée à intimider, moi et mes collègues. Nous n'allons pas cesser notre lutte", a-t-il promis, soulignant que le jugement pouvait accroître le mécontentement populaire. Alexei Navalny, a été condamné mardi à deux semaines de prison.

L'issue du scrutin présidentiel ne fait guère de doute
 
Ce rassemblement confirme la lassitude exprimée dans les urnes par les électeurs dimanche, au moment où Poutine entend briguer un nouveau mandat présidentiel en mars. Le parti du Premier ministre Russie Unie a remporté 49,5% des suffrages - contre 64% il y a quatre ans -, soit 238 des 450 sièges que compte la Douma, selon des résultats quasi définitifs. Le mouvement, qui domine la vie politique russe depuis une décennie, avait obtenu 315 sièges lors de la précédente élection. Il s'agit du plus mauvais résultat électoral de Vladimir Poutine depuis son arrivée au pouvoir en 1999. Le président Dmitri Medvedev a jugé que le scrutin avait été "équitable, honnête et démocratique" mais les observateurs européens ont fait état de bourrage d'urnes. La Maison blanche a émis, elle, de "sérieuses inquiétudes" sur la manière dont ces législatives se sont déroulées et l'ancien dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev a appelé Poutine à ne pas se porter candidat à la présidentielle.
 
Si Russie unie a perdu la majorité des deux tiers nécessaires aux réformes constitutionnelles, Vladimir Poutine a souligné lundi que la majorité simple suffisait pour adopter la plupart des lois et Dmitri Medvedev s'est dit prêt à des alliances de circonstances sur certains textes. Vladimir Poutine reste néanmoins, et de loin, la personnalité politique la plus appréciée. L'issue du scrutin présidentiel de mars ne fait guère de doute et le futur chef de l'Etat a fait savoir en septembre qu'il céderait alors la tête du gouvernement au président sortant Dmitri Medvedev. Beaucoup d'électeurs redoutent que le retour programmé de Poutine au Kremlin ne soit synonyme de stagnation économique et politique.

Medvedev: la politique russe n'est pas l'affaire des occidentaux

Le président Dmitri Medvedev a déclaré mardi que le système politique russe n'était "pas l'affaire" des Occidentaux, après que des observateurs de l'OSCE eurent critiqué la trop grande proximité entre l'Etat russe et le parti de Vladimir Poutine, vainqueur des législatives de dimanche. Ce qui concerne les partis politiques "relève de la compétence des autorités russes et non pas de la compétence des organisations internationales", a déclaré M. Medvedev, cité par l'agence Ria Novosti. "Qu'elles surveillent les élections, les violations, c'est une chose, mais l'état du système politique, ce n'est pas leur affaire", a-t-il ajouté. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) avait estimé lundi que "la concurrence politique" durant la campagne électorale en Russie avait été "limitée et pas équitable" et souligné "le manque d'indépendance" des autorités électorales, des médias, et la trop grande proximité de l'Etat et du parti de M. Poutine, Russie unie. Les observateurs de l'OSCE ont également affirmé avoir constaté des  "violations", y compris du "bourrage des urnes" lors des législatives en Russie qui ont donné la majorité absolue à la chambre basse du Parlement (Douma) au parti de Vladimir Poutine, même s'il est en net recul. "Le vote était bien organisé mais la qualité du processus s'est considérablement détériorée durant le décompte des voix, qui a été caractérisé par des violations fréquentes de la procédure, notamment avec de sérieuses indications de bourrage des urnes", a relevé la mission d'observation de l'OSCE.

Après de nouvelles critiques exprimées par la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, le ministère des Affaires étrangères les a qualifiées mardi d'"inacceptables". La diplomatie russe "compte sur la partie américaine pour se retenir à l'avenir de formuler des critiques inamicales", et appelle Washington à renoncer "aux stéréotypes dépassés".

 

le 06 décembre 2011 à 11:31
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