Le juge Garzon, le franquisme et le passé espagnol

Par TF1 News, le 23 janvier 2012 à 17h09 , mis à jour le 24 janvier 2012 à 09h15

Une semaine après son procès pour violation des droits de la défense dans une affaire de corruption, l'emblématique juge Baltasar Garzon, qui s'est attaqué aussi bien aux dictateurs, à la classe politique ou à l'Etat, est jugé pour avoir voulu enquêter sur le sort des disparus du franquisme, plaie non refermée en Espagne.

Baltasar Garzon, en 2010Baltasar Garzon, en 2010 © Abacapress.com

Il a traqué Augusto Pinochet, poursuivi des responsables de la dictature argentine, inculpé Oussama Ben Laden, travaillé contre la corruption, aussi bien dans le milieu politique que dans celui des affaires, lutté contre le trafic de drogue et démonté les entrailles de l'organisation terroriste basque ETA.

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En traitant tous ces dossiers et en les mettant (ou en se mettant lui-même) parfois en scène dans les médias, le juge Baltasar Garzon a gagné une image controversée, "justicier universel" pour les uns, "juge rouge" (il a brièvement été député socialiste en 1993) dont les enquêtes étaient parfois approximatives pour les autres.

100.000 "disparus"
 
Ses ennemis attendaient une occasion pour le faire tomber. Ils l'ont trouvée quand Baltasar Garzon, aujourd'hui âgé de 56 ans, s'est attaqué en 2006 à la principale blessure, encore non refermée, de l'histoire contemporaine de l'Espagne : le franquisme. Jamais le "juge star" n'avait alors eu à faire front à un tir aussi nourri que celui déclenché par sa décision d'ouvrir la première instruction sur les "crimes contre l'humanité" de la période allant du début de la guerre civile en 1936 à la fin de la dictature en 1977 afin de retrouver la trace de 100.000 "disparus".  

Rapidement poursuivi par deux associations d'extrême-droite, il est aujourd'hui accusé de  "manquement au devoir de sa charge". Concrétement, on lui reproche d'avoir enfreint la loi d'amnistie votée par le Parlement espagnol en 1977, deux ans après la mort de Francisco Franco. Il encourt jusqu'à 20 ans d'interdiction d'exercer, soit une "mort" professionnelle. Sa démarche était pourtant cohérente avec sa trajectoire. Après avoir longuement traqué d'ex-tortionnaires des dictatures sud-américaines des années 1960-70, pouvait-il ignorer les crimes impunis de la dictature espagnole ? Probablement non.

Un troisième procès à venir

Mais il ne s'attendait sûrement pas à de telles attaques. Et pour ses partisans, cela ne fait en effet aucun doute : le magistrat, déjà jugé la semaine dernière dans une affaire où il est accusé d'avoir ordonné des écoutes de conversations entre des suspects liés à la droite espagnole et incarcérés pour corruption et leurs avocats,  paye surtout l'audace d'avoir voulu enquêter sur le passé franquiste de l'Espagne, dont une partie de la droite d'aujourd'hui est l'héritière.

Et si ces deux procès coup sur coup ne suffisaient pas, il est aussi mis en examen dans un troisième dossier portant sur le paiement indirect par la banque espagnole Santander de conférences sur le terrorisme données en 2005 et 2006. Selon l'accusation, il aurait ensuite classé sans suite une plainte contre Santander pour délit fiscal. Bref, de quoi ternir son image de "chevalier blanc".

A la CPI
 
Sans attendre les jugements, Baltasar Garzon s'est déjà "exilé", selon le terme employé par ses proches : d'abord à La Haye puis en Colombie, où il sert actuellement le gouvernement comme consultant envoyé par la Cour pénale internationale (CPI). Il est simplement revenu à Madrid pour assister à ses procès.

Par TF1 News le 23 janvier 2012 à 17:09
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