L'a-t-elle dit ? Ne l'a-t-elle pas dit ? Après les médias et la classe politique de Grèce, c'est au tour des journaux allemands de se poser la question sur ce qu'a bien pu glisser Angela Merkel à l'oreille du président grec Karolos Papoulias. Le mot qui fâche, celui de "référendum", appliqué à la situation de la Grèce dans la zone euro, aurait été prononcé lors d'une conversation téléphonique. Et c'est un porte-parole du gouvernement grec qui avait lancé la polémique en assurant, vendredi, que la chancelière avait émis l'idée de consulter les Grecs sur leur volonté de conserver ou non l'euro comme monnaie nationale. Propos immédiatement démenti par Berlin.
Le journal allemand Bild, l'un des plus lus en Allemagne, va à rebours de ce démenti officiel en assurant, dans un article titré "Bild à la table des négociations en Grèce", qu'Angela Merkel "voulait savoir ce que Papoulias pensait de cette idée, qu'il a rejetée". De son côté, le Spiegel, dans son numéro à paraître lundi, assure que la chancelière a bel et bien proposé un tel référendum. L'idée, affirme l'hebdomadaire allemand, avait déjà été émise lundi dernier par le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble lors d'une réunion des ministres des Finances de la zone euro, où un "oui" pour l'euro devait aussi signifier un "oui" pour les programmes d'austérité déjà acceptés par le précédent gouvernement grec.
Huées dans la presse grecque
En Grèce même, le Premier ministre par intérim, Panagiotis Pikrammenos, a tenté de calmer les esprits en jugeant que l'affaire était désormais close. Sans succès. Les propos prêtés à Angela Merkel ont provoqué une levée des boucliers des partis politiques à Athènes, qui viennent d'entamer une nouvelle campagne électorale, la deuxième en moins de deux mois, après le scrutin du 6 mai qui n'a permis à aucun parti d'obtenir la majorité.
"Le peuple grec n'a pas besoin d'un référendum pour prouver son choix pour l'euro, dont il a déjà payé le coût en faisant des sacrifices", a indiqué Antonis Samaras. La suggestion d'Angela Merkel "surtout dans une période électorale, est regrettable et ne peut pas être acceptée, le peuple grec a le droit d'être respecté par ses partenaires", a ajouté le chef de la droite Nouvelle-Démocratie, arrivé en tête du scrutin en mai, dont le parti est de nouveau favori pour les élections en juin. "Mme Merkel est habituée de s'adresser aux dirigeants politiques de la Grèce comme s'il s'agissait d'un pays sous protectorat", a déclaré pour sa part Alexis Tsipras, dirigeant de la gauche Syriza, qui a créé la surprise lors du scrutin du 6 mai, arrivant deuxième et quadruplant son score depuis les précédentes législatives en 2009. Evangélos Vénizélos, chef des socialistes Pasok, a affirmé de son côté que "la question en Grèce n'est pas son maintien ou non dans l'euro mais la sortie définitive de la crise".
Dans la presse grecque aussi, le temps était ce week-end à l'orage. Samedi, les quotidiens grecs dénonçaient à la une "l'intervention" allemande. "Ultimatum Merkel", titrait Ta Néa (pro-socialiste). "Bombe Merkel pour un euro-référendum, intervention politique sans précédent", soulignait Eléftheros Typos (droite). Enfin, le quotidien financier libéral Naftémporiki parlait d'un "jeu dur de Merkel" et de "bombe politique".








