"Non à l'austérité aveugle !" La banderole ouvrant le cortège à Bruxelles annonçait la couleur : des dizaines de milliers de personnes ont manifesté vendredi contre les coupes budgétaires préparées par le futur gouvernement dont la Belgique va être enfin dotée. Pour dénoncer ces mesures, un front commun des syndicats du privé et du public avait appelé à une "manifestation nationale" dans les rues de la ville. Venues des quatre coins du royaume, entre 50.000 personnes selon la police, et plus de 80.000 selon les syndicats, se sont retrouvées au rythme des pétards, des Rolling Stones ou de Manu Chao. "Nous avons réussi notre pari car notre objectif était d'atteindre 50.000 manifestants", s'est félicité une responsable du syndicat socialiste FGTB.
Annoncé à la mi-novembre, ce rassemblement s'est tenu dans un contexte sensible, alors que prend fin la crise politique la plus longue de l'histoire du pays. Après 540 jours d'interminables négociations, un nouveau gouvernement devrait en effet prêter serment lundi ou mardi, mené par le socialiste Elio Di Rupo et soutenu par une large mais fragile coalition de six partis de droite, du centre et de gauche. Pour y parvenir, ces formations se sont mises d'accord sur un sévère plan de réductions budgétaires destiné à économiser plus de 11 milliards d'euros en 2012. Il s'agit notamment de rassurer les marchés et les agences de notation, dont Standard and Poors, qui a récemment dégradé la note souveraine de la Belgique de AA+ à AA.
"Faire payer les responsables de la crise"
Mais les syndicats jugent "déséquilibrées" ces mesures, qui ne font "pas assez payer les responsables de la crise", banquiers en tête. "Au lieu de rendre les allocations de chômage dégressives, il faudrait dégraisser les bonus des traders et les dividendes aux actionnaires", a dénoncé Anne Delemenne, secrétaire générale du syndicat socialiste FGTB. La Belgique est "devenue un paradis fiscal pour les plus fortunés et un enfer fiscal pour ceux qui se lèvent tôt", a-t-elle lancé devant les manifestants.
La manifestation belge illustre la montée des revendications sociales dans les pays européens, appelée de ses voeux par la Confédération européenne des syndicats (CES) pour réclamer "la fin de la régression". La Grèce a été perturbée jeudi par une grève générale qui a modérément mobilisé, au lendemain d'un mouvement social contre la réforme des retraites au Royaume-Uni et une semaine après des manifestations massives contre la rigueur au Portugal. Les syndicats français appellent également à une journée nationale "contre l'austérité" le 13 décembre.
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