L'indignation est générale au Royaume-Uni mais Paul Farrelly, membre de la commission parlementaire, assure que les députés ne profiteront pas de l'occasion pour régler leurs comptes avec le magnat de la presse, longtemps soupçonné d'exercer une influence considérable sur la vie politique britannique. "Nous souhaitons rester calmes et respectueux du cadre légal. Ce ne sera pas un cirque, il ne s'agira pas d'amuser la galerie car nous devons absolument aller au fond des choses", a dit cet élu de l'opposition travailliste. Et une heure après les Murdoch, les députés doivent entendre Rebekah Brooks, ancienne rédactrice en chef de News of the World, qui a démissionné vendredi de la direction de News International, la branche britannique de News Corp, le groupe du magnat de la presse.
Réaction en chaîne
Ces auditions devraient être suivies par des millions de téléspectateurs au Royaume-Uni, où le scandale a conduit à la démission les deux plus hauts responsables de Scotland Yard. John Yates, chef des services antiterroristes, a quitté ses fonctions lundi moins de 24 heures après la démission du chef de la police britannique, Paul Stephenson. Les deux hommes paient leur proximité supposée avec des responsables des journaux de Rupert Murdoch et les lacunes de l'enquête de police sur les écoutes téléphoniques imputées au News of the World.
News International a longtemps affirmé que ces écoutes illégales étaient le fait d'un journaliste isolé désireux d'obtenir des scoops. Cette ligne de défense paraît désormais totalement dépassée par les révélations en cascade sur l'étendue de cette pratique. La commission parlementaire enquête depuis plus de quatre ans sur ces accusations d'écoutes illégales. Dans un rapport rendu en 2010, elle jugeait inconcevable que les responsables de News of the World ne soient pas au courant de ces pratiques. Face à l'incendie qui menace, en l'espace de 15 jours, Murdoch a fermé le News of the World, renoncé à son projet phare de rachat de la totalité de la chaine satellitaire BSkyB en butte à un véto de l'ensemble des partis politiques et sacrifié deux de ses lieutenants. Et Ed Miliband exige désormais le démantèlement de son empire au Royaume-Uni, pendant que le libéral-démocrate Nick Clegg demande une réduction de son influence au nom du pluralisme.
Mais les répercussions politiques de ce scandale vont beaucoup plus loin, puisqu'elles menacent jusqu'au Premier ministre David Cameron. Le chef du gouvernement a écourté un déplacement en Afrique et il devrait être de retour mardi soir à Londres afin de participer le lendemain à une séance extraordinaire à la Chambre des communes, dont les vacances ont été repoussées. Un ancien reporter de News of the World, Sean Hoare, retrouvé mort à son domicile lundi, avait déclaré l'an dernier au New York Times et à la BBC que l'ancien rédacteur en chef du tabloïd, Andy Coulson, était au courant des écoutes téléphoniques par son journal et qu'il avait signalé les faits à Scotland Yard qui lui avait répondu qu'il n'y avait pas de preuves étayant ses accusations. Or, Andy Coulson est devenu par la suite directeur de la communication de... David Cameron. Aussitôt la mort du dénonciateur connue, la police a annoncé que les circonstances de sa disparition n'avaient jusqu'ici aucun caractère suspect. Quant à David Cameron, il a dû, depuis Prétoria où il venait d'arriver, se justifier à nouveau lundi, tandis qu'à Londres, le chef de l'opposition Ed Miliband émettait des doutes sur "ses capacités à diriger le pays."
| Et si Rupert Murdoch cédait la main ? |
Rupert Murdoch, le magnat des médias, est âgé de 80 ans. Et s'il faut en croire le Wall Street Journal (détenu par News Corp), il songe à sa retraite. "Avant même que ne surgisse le scandale ces semaines-ci, le vieux Murdoch envisageait de démissionner de son poste de directeur général en faveur de Chase Carey, directeur de l'exploitation du groupe", écrit le journal sur son site internet, citant des sources proches du dossier. "En vertu de ce scénario, M. Murdoch resterait président. Un tel changement - à l'étude depuis plus d'un an, selon une source proche du dossier - aurait sans doute peu d'effet sur le groupe au jour le jour, mais aurait une importance symbolique énorme", estime l'auteur de l'article. Mais il ne faut pas s'attendre à le voir partir en plein scandale : le conseil d'administration de News Corp a fait savoir lundi qu'il soutient pleinement Rupert Murdoch et n'envisage pas de promouvoir Chase Carey dans l'immédiat. Quel que soit le résultat de l'audition du magnat de presse devant les députés britanniques. |







