"Ça me rend follement malade quand je pense que Dogville, pour moi mon meilleur film, aurait pu servir d'une sorte de script pour lui. C'est horrible". Dans un entretien publié vendredi soir sur le site du quotidien danois Politiken, Lars von Trier regrette qu'Anders Behring Breivik, qui reconnaît et revendique sa responsabilité dans le massacre commis il y a une semaine à Oslo et l'île d'Utoeya, ait choisi un de ses films comme une de ses références cinématographiques.
"La dernière scène de Dogville présente de pénibles similitudes avec Utoeya", relève le cinéaste. Sur son profil Facebook le tueur lui-même avait classé le film Dogville comme son 3e film favori. "Vous me demandez si je suis triste d'avoir fait ce film ? Oui, s'il est prouvé qu'il l'a inspiré, je suis désolé de l'avoir fait", commente désormais le cinéaste danois en expliquant qu'avec Dogville, son intention était, au contraire, d'éduquer le spectateur.
"Une forte tradition danoise d'avoir peur de l'islam"
Lars von Trier, dont les propos sur Hitler avaient choqué au dernier festival de Cannes, met aussi en cause le Parti du peuple danois (PPD), allié d'extrême-droite dans le gouvernement depuis dix ans et 3e force politique du pays. Pour le cinéaste "il y a depuis des années une forte tradition danoise d'avoir peur de l'islam. Ils (le PPD) ont commis des atrocités en utilisant la législation pour embêter cette minorité et ils ont eu une ligne politique qui correspond à celle prônée par Breivik".
"Ce racisme, dit-il, s'est étendu aux autres pays nordiques et il s'est installé dans la conscience de Breivik et sans doute lui a donné la justification dont il avait besoin. Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'en tant que nation nous avons une responsabilité dans la tragédie de Norvège". Ce qui pousse Lars von Trier à demander à la chef du PPD, Pia Kjaersgaard "d'admettre sa responsabilité dans ce qui est arrivé en Norvège".
Lars von Trier, connu pour ses provocations, avait défrayé la chronique en affirmant notamment éprouver "un peu" de compassion pour Hitler, au dernier festival de Cannes lors de la présentation de son film Melancholia. Le cinéaste, qui avait présenté des excuses, avait alors été déclaré persona non grata pour la durée de l'édition 2011.







