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Scandale des écoutes au Royaume-Uni : Murdoch sur la sellette


le 12 juillet 2011 à 14h12 , mis à jour le 13 juillet 2011 à 08h36.
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4min
Rupert Murdoch

Rupert Murdoch, le magnat australo-américain des médias/Image d'archives / Crédits : ABACA

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EuropeLe scandale des écoutes continue d'enfler au Royaume-Uni, avec une charge de l'ex-Premier ministre Gordon Brown contre "les activités criminelles" du groupe de presse de Rupert Murdoch. Il l'accuse d'espionnage à son encontre.

En France, c'est le pouvoir qui écoutait les journalistes. Au Royaume-Uni, c'est le contraire. Le scandale des écoutes continue d'enfler outre-Manche, avec une charge de l'ex-Premier ministre Gordon Brown contre "les activités criminelles" du groupe Murdoch, et la mise en cause de  Scotland Yard accusé d'avoir bâclé l'enquête.

Trois hauts responsables de la police étaient sommés de s'expliquer devant une commission parlementaire sur le peu d'empressement mis à exploiter en 2006 le dossier de 11.000 pages en leur possession, comportant les noms de quelque 4000 personnes susceptibles d'avoir été écoutées. Et notamment celui de Gordon Brown, qui a affirmé découvrir seulement maintenant l'ampleur d'abus qu'il subodorait. L'ex-Premier ministre travailliste, battu en mai 2010 par le conservateur David Cameron, est sorti de sa retraite politique pour tirer à boulets rouges sur News Corp, le groupe du magnat australo-américain Rupert Murdoch, dans une interview à la BBC. Il a incriminé trois des quatre journaux du groupe pour leurs méthodes d'investigation : le News of the World (NotW), tabloïd qui a vécu et péri par le scandale, le Sunday Times, et le Sun.

"Liens avec la pègre"
 
En substance, Brown se dit victime "d'abus de pouvoir à des fins commerciales ou politiques" du temps où il était ministre des Finances (1997-2007) puis chef du gouvernement. Selon lui, le Sunday Times a obtenu et exploité des informations sur ses comptes bancaires et patrimoine immobilier, tandis que le Sun a eu accès au dossier médical de son fils Fraser, atteint de mucoviscidose.

Les choses semblaient d'ailleurs se préciser en début d'après-midi. Selon un membre du Parlement, les députés britanniques souhaitent désormais entendre directement le magnat australo-américain Rupert Murdoch sur cette affaire. La commission des médias de la Chambre des Communes souhaite aussi poser des questions à James Murdoch, fils de Rupert Murdoch, et Rebekah Brooks, respectivement président et directrice générale de News International, filiale britannique de News Corp, a précisé une porte-parole de la commission, ajoutant que les trois personnes avaient été prévenues "oralement".
 
Ces déclarations lèvent le voile sur des pratiques pour le moins douteuses au sein de la presse d'outre-Manche. Les Britanniques connaissaient déjà le "hacking", terme désignant les écoutes de messageries vocales ou textuelles par le News of the World. Ils ont découvert au travers des accusations de Brown le "blagging", technique de dissimulation et/ou d'usurpation d'identité pratiquée par certains journalistes mais aussi des détectives ou acteurs à leur solde, en vue d'obtenir des informations confidentielles. Selon l'ex-Premier ministres, le groupe Murdoch a entretenu "des liens avec la pègre." Au nombre des "blaggers" figureraient des "criminels ayant un casier judiciaire."

Informations sur la reine
 
Quoiqu'il en soit, la contamination présumée des méthodes répréhensibles au sein du groupe Murdoch constitue une mauvaise nouvelle supplémentaire pour News Corp, au lendemain de son "lundi noir", marqué par le report sine die du projet qui tenait le plus à coeur à Rupert Murdoch : le rachat de la totalité du bouquet de chaînes par satellite BSkyB pour la bagatelle d'environ 10 milliards d'euros. Le baron de la presse a fermé dimanche le New of the World au coeur du scandale pour tenter de sauver ce projet. Les rumeurs les plus folles courent désormais dans les rédactions britanniques à propos d'une hypothétique fermeture des trois autres titres britanniques de l'empire transcontinental Murdoch. Et Rebekah Brooks, l'ancienne rédactrice en chef du Sun et du News of the World -aujourd'hui directrice de News International, branche britannique de News Corp- est plus que jamais sur la sellette.
 
Quant à l'un des policiers passés au gril par les députés mardi, John Yates, il a déjà publiquement admis avoir commis une erreur en classant l'enquête sur les écoutes, en 2009. Jusqu'à présent, Scotland Yard a avancé deux arguments principaux pour justifier ses ratés : des avis juridiques sur la difficulté de l'entreprise, et la priorité donnée à la lutte contre le terrorisme. Cependant, David Cameron -lui même éclaboussé pour avoir confié sa communication à Andy Coulson, ex-patron de la rédaction du NotW- a avancé une troisième raison : les relations "intimes" entre la presse et les policiers, qui doivent cesser, selon lui. A en croire les dernières allégations, certains policiers chargés de la protection de la famille royale auraient tenté de monnayer au News of the World des informations sur la reine, le prince Charles et son épouse Camilla notamment, au risque de mettre leur sécurité en danger.

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