"Le 'non' aux minarets, un réflexe de défense identitaire"

Par , le 30 novembre 2009 à 17h04 , mis à jour le 08 décembre 2009 à 17h32

Interview - Matteo Gianni, politologue suisse, estime sur TF1 News que ses compatriotes ont plus voté contre l'islamisme que contre l'islam en interdisant la construction des minarets.

minaret_affiche de campagne udcSuisse : affiche de campagne pour l'interdiction des minarets © Reuters

Matteo Gianni, politologue, chercheur à l'Université de Genève et membre du Groupe de recherche sur l'islam en Suisse (GRIS), décrypte pour TF1 News les tenants et les aboutissants du résultat de l'"initiative populaire" qui a interdit la construction des minarets en Suisse.

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TF1 News : Tous les sondages donnaient le "non" à l'initiative largement gagnant. Comment expliquer ce retournement et/ou cette erreur ?
Matteo Gianni : C'est assez difficile. A titre personnel, j'ai toujours pensé, à l'instar de la présidentielle en France en 2002, que le score serait beaucoup plus serré que les sondages ne l'annonçaient. En me rendant sur le terrain pendant la campagne, j'avais noté que de nombreuses problématiques liées à l'islam ressortaient en effet avec vigueur, même dans les débats où les participants sont généralement favorables à l'universalisme.

Mais de là à penser que la différence serait de 20 points, c'était inimaginable. Aucun fait probant, aussi bien en Suisse qu'à l'étranger, ne peux expliquer en lui-même ce changement. La seule raison que l'on puisse avancer, c'est le débat rigide qui a agité le pays pendant la campagne : on a le plus souvent parlé burqa ou charia que minaret. Les électeurs, notamment les indécis, semblent s'être créé leur opinion de manière progressive jusqu'aux derniers jours.
 
TF1 News : A l'exception de l'UDC (ndlr : le parti populiste de droite), toute la classe politique ou presque et tous les médias appelaient à voter "non". La déconnexion entre élites et peuple semble palpable.
M.G. : Il faut tout d'abord signaler que ce n'est pas la première fois que cela se produit. En 2004, le "oui" à la simplification des conditions de naturalisation était soutenu par l'ensemble de la classe politique ou presque. Pourtant, la dramatisation de la question de l'islam sur la fin de la campagne avait entraîné son rejet à environ 55%. 
 
Cette fois encore, le fossé entre le peuple et les élites peut être une explication du résultat. Mais il faut le relativiser : dès le début, loin des simples minarets, l'enjeu du débat avait été cadré dans le sens d'un vote permettant de réaliser un brainstorming sur l'islam. Même les partis opposés à la proposition avaient par exemple élargi les discussions au droit des femmes dans l'islam, voire aux droits des étrangers en Suisse. Et ils avaient parfois avancé des propositions sévères. La classe politique n'était donc pas si déconnectée des attentes du peuple.
 

"La perception de l'islam est synonyme de problème"


TF1 News : Ce résultat traduit-il une peur, parfois irrationnelle, de l'islam par ignorance, ou bien met-il en exergue une tendance xénophobe et raciste chez une partie de la population ?
M.G. :
Sans aller à utiliser le terme "irrationnel", on peut en revanche dire qu'il y a une méconnaissance de la réalité de l'intégration des musulmans en Suisse et de la réalité de leur pratique, de leur mode de vie...   La perception de l'islam est souvent synomyme de problème puisqu'elle se forme surtout autour de faits divers, aussi bien internationaux que nationaux. Selon l'une des nos dernières études, environ 70% des articles publiés sur l'islam entre 2004 et 2007 abordaient ainsi des thématiques négatives, comme les risques du fondamentalisme. Or ce contenu public apparaît ensuite pendant la campagne et se répercute, de manière exponentielle, lors du vote.
 
TF1 News : Peut-on parler de repli identitaire ? 

 

M.G. : Plus que de repli, je parlerais de "défense identitaire". Tous les cantons catholiques ont ainsi voté pour l'interdiction. Ce n'est pas un hasard. Ils veulent mettre des limites au système social favorisant, selon eux, les éléments venus de l'extérieur. Depuis les années 60, la problématique des étrangers, de leur acceptation ou de leur intégration est en effet constante dans le débat public suisse. C'est un aspect qui est souvent mentionné pour qualifier le modèle suisse d'assimilationniste à l'égard des étrangers. Le vote de dimanche rentre pleinement dans cette logique.

Certains ont aussi affirmé que ce vote était un vote sur l'immigration. C'est excessif, mais en partie vrai. Les minarets ont servi de défouloir. Mais, au final, la Suisse donne une image de fermeture et d'opposition à des droits fondamentaux.
 

"Les musulmans doivent participer au débat sur l'islam"


TF1 News : Les Suisses ont-ils confondu islam et islamisme ?
M.G. : Une chose est sûre : ils ont voté contre l'islamisme. Mais ils ont un peu jeté le bébé avec l'eau du bain puisque ce vote a touché tous les musulmans. Etait-ce alors un vote contre l'islam ? Pour certains, oui. Pendant la campagne, les propos ont parfois été durs, comme les prises de position de l'UDC, qui qualifiait l'islam de religion prosélyte, sans égalité entre hommes et femmes. Il y a forcément eu des retombées.
 
TF1 News : Plus globalement, la Suisse peut-elle faire l'économie d'un débat sur la place de l'islam dans sa société ?
M.G. : Ce débat aura lieu, cela ne fait aucun doute. De quelle manière ? Telle est la question. Jusqu'à présent, les débats portent sur la manière de se soucier de l'intégration et d'en expliquer les tenants et les aboutissants aux musulmans. Mais ils se font en leur nom, pas avec eux. Il faut donc que ce débat se fasse avec les musulmans eux-mêmes. Or, en dehors des religieux, on note l'absence des musulmans que l'on pourrait qualifier de "laïcs". Ils estiment en effet que l'islam est une religion privée et qu'il n'y a aucune raison de la théoriser dans l'espace public.

Les réactions en France : Fadela Amara et Rachida Dati

 

Par Fabrice Aubert le 30 novembre 2009 à 17:04
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18 Commentaires

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  • djinn66, le 01/12/2009 à 14h18

    Suite à la votation négative,Aznavour ne chantera pas du haut d'un minaret Suisse....

  • clementine1218, le 01/12/2009 à 14h05

    Tout simplement parce-que c'est un problème récurent a tous les pays d'Europe déjà, plus d'autres visiblement et ce depuis des décennies et que les politiques préfère fermer les yeux plutôt que de prendre le problème de l'immigration a bras le corps puisse-que le vrai sujet est là et que les minarets ne sont que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase qui même s'il sont magnifique, fond voir aux populations que l'islam gagne du terrain une religion ( sans doute très respectable) mais dont personne ne veut a cause de tout ce qu'elle représente .les pays en guerre ou en conflit permanent son a majorité musulmane et interdise les églises chez eux quand ils ne font pas la chasse aux chrétiens . chez nous ça été le voile, les mosquées puis se rajoute la burka voilà pourquoi les français donnent leurs avis comme il son libre de le faire ça aussi c'est la démocratie.

  • totote3005, le 01/12/2009 à 12h21

    Franchement, je comprend pas certaine reactions.Si vous etes suisse,vous avez le droit de dire que c'est bien ou pas ,mais il faut accepter la chose comme elle est,car elle a été soumise a un vote de façon démocratique.c'est le suffrage universelle,je vous rapelle.Si vous n'étes pas suisse,je me demande a quoi sert votre intervention.Regardez plutot ce que vous allez faire pour votre pay.Laissez les suisse,c'est leur problemes.merci.

  • danielediaz, le 01/12/2009 à 10h35

    Pour bigraja ci-dessous: en Suisse si tu réunis 100 000 signatures sur une pétition, le sujet peut être soumis à ce que les Suisses appellent votation. Dans un pays de 5 millions d'habitants c'est la démocratie, et ils votent sur plein de sujets. De quoi être jaloux.

  • lutner, le 01/12/2009 à 10h03

    En France lorsqu'il y a un referundum, les politiques nous volent le resultat en le détournant.

  • y8y8, le 01/12/2009 à 08h25

    Si demain les français sont amenés a voter sur la meme question sur les minarets la reponse pour le NON serait d'un taux superieur a celui de la suisse.

  • bigraja, le 01/12/2009 à 07h22

    On sait bien que le peuple a tranché, ce qui m intrigue c 'est plutot les raisons qui ont poussé a faire ce sufrage !!!

  • bateau93, le 01/12/2009 à 06h36

    Bonjour Si notre belle France en faisait de meme je crois que le resultat serait superieur aux Suisses Jean Claude

  • bugscannes, le 01/12/2009 à 03h01

    Maintenant c'est devenu normal il y a un vote un resultat et le parti qui a perdu conteste parce-qu'il n'a pas gagné

  • barrny, le 01/12/2009 à 00h36

    Et pourtant 58% de voix, c'est plutôt tranché comme réponse... en fait, ce que vous voulez dire, c'est que le résultat vous déplaît. Le constat est qu'en France on parle constamment de démocratie, en Suisse elle est pratiquée plus régulièrement.

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