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Ukraine : Svoboda, un parti d'extrême droite rodé aux affrontements

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le 31 août 2015 à 21h45 , mis à jour le 31 août 2015 à 21h54.
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Ukraine Kiev Parlement Svoboda
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Europe Mis en cause dans les violences de lundi devant le Parlement à Kiev, le parti Svoboda est un mouvement d'extrême droite autrefois connu pour son antisémitisme avant de s'illustrer dans les protestations du Maïdan et les combats contre les séparatistes prorusses.

Parmi les centaines de manifestants réunis devant le Parlement, les membres de Svoboda étaient de loin les plus nombreux. Tous étaient là pour protester contre le projet controversé de révision constitutionnelle visant à octroyer davantage d'autonomie à l'Est rebelle prorusse, une trahison à leur yeux parce que synonyme d'abandon de la souveraineté de Kiev sur une partie des régions orientales industrielles.
 
Après les affrontements qui ont fait un mort et une centaine de blessés, le ministre de l'Intérieur Arsen Avakov a immédiatement mis en cause Svoboda. Selon lui, l'homme qui a jeté une grenade de combat en direction des forces de l'ordre et des journalistes a ainsi avoué après son arrestation être un militant de ce parti nationaliste et un volontaire du bataillon Sitch, qui participe aux combats contre les rebelles prorusses dans l'Est.
 
Créé l'an dernier après le début du conflit armé avec les séparatistes, ce bataillon est composé de volontaires de Svoboda. Il a ensuite été intégré aux forces du ministère de l'Intérieur. Oleg Tiagnybok, chef incontesté de Svoboda, diplômé en chirurgie et en droit et qui s'est illustré dans le passé par des propos antisémites, a pour sa part rejeté ces accusations et fustigé une "provocation organisée par le pouvoir".
 
Selon des photos diffusées sur les réseaux sociaux, plusieurs manifestants ont toutefois passé à tabac un membre des forces de l'ordre devant M. Tiagnybok, qui a observé la scène sans intervenir. Des journalistes de l'AFP présents sur place n'ont par ailleurs vu aucun protestataire blessé, même si une trentaine d'entre eux ont été interpellés par la police.
 
Un mouvement clé du Maïdan
 
Créé en 1991 sous le nom de "Parti social-national", avant de devenir Svoboda (Liberté en ukrainien et en russe) en 2004, ce parti revendique 20.000 membres et s'est engagé dans la bataille contre les séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine ces seize derniers mois. Dix-neuf de ses membres ont été tués dans les combats, selon son site internet officiel.
 
Le mouvement, bête noire de Moscou qui qualifie ses militants de "fascistes", avait déjà pris début 2014 une part active dans les protestations pro-européennes du Maïdan, qui avaient débouché sur le renversement du régime prorusse après une sanglante répression.
 
Svoboda y avait perdu 16 de ses militants, nombre record parmi tous les mouvements politiques impliqués dans la contestation. Un des dirigeants du Parti, qui était vice-président du Parlement à l'époque, avait été filmé par des journalistes en train d'aider à porter des brancards sur lesquels étaient allongés des protestataires blessés au plus fort de la tuerie.
 
Populaire essentiellement dans l'ouest nationaliste, cette formation n'a réussi à entrer au Parlement ukrainien qu'une seule fois en obtenant 10% des voix aux législatives de 2012 quand beaucoup ont vu dans ce parti un moteur de la résistance au régime prorusse. Des députés de Svoboda n'hésitaient pas alors souvent à en venir aux mains avec leurs collègues prorusses dans l'hémicycle même.
 
À la faveur du Maïdan, des membres de Svoboda ont obtenu divers postes ministériels dans le gouvernement de transition qui a suivi la fuite du président Viktor Ianoukovitch, puis l'ont progressivement quitté avant et après leur défaite aux élections législatives d'octobre 2014. Le parti nationaliste avait également un temps obtenu la direction du Parquet ukrainien, chargé notamment d'enquêter sur les morts survenues pendant la contestation pro-européenne.
 
Malgré une montée de patriotisme en Ukraine depuis la chute du régime prorusse et le déclenchement du conflit avec les séparatistes, Svoboda n'a obtenu que 4,7% aux législatives de 2014 et ne compte actuellement que deux parlementaires élus à titre individuel. Ce parti a cherché à se rendre respectable après des années marquées par de nombreuses déclarations antisémites.
 
En 2004, le chef de Svoboda avait été exclu d'un groupe parlementaire plus modéré après avoir évoqué dans un discours public la lutte de l'Armée insurrectionnelle d'Ukraine (UPA) "contre les russkofs, les Allemands, les youpins et autres canailles".
 
Le passé et le passif de l'UPA pendant la Deuxième Guerre mondiale est une question controversée en Ukraine, les uns la considérant comme un mouvement armé antisoviétique au sens où elle se battait pour l'indépendance de l'Ukraine, les autres leur rétorquant qu'elle a collaboré avec les nazis.
 
Svoboda a en outre maintes fois protesté contre l'organisation de gay prides en Ukraine. Et à l'automne 2011, le parti avait organisé un défilé contre l'arrivée massive de juifs hassidiques (ultra-orthodoxes), qui effectuent chaque année en Ukraine un pèlerinage sur la tombe d'un célèbre rabbin.
 
Son programme prévoit toujours l'interdiction des avortements, sauf pour raison médicale ou grossesse due à un viol, ainsi que la nationalisation des entreprises "stratégiques".

 

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