Benoît XVI, au Vatican, le 16 novembre 2006 © TF1/LCI
Réactions à la sortie de Saint-Nicolas-du-Chardonnet
Il ne s'agit en aucun cas d'un "retour en arrière", assure le Vatican pour rassurer les évêques et fidèles réticents. "Benoît XVI n'entend accomplir aucune révolution en ce qui concerne la liturgie d'aujourd'hui rénovée par le concile Vatican II, qui continuera à être suivie par la grande majorité des fidèles". Cette mise au point du Vatican a été faite samedi juste après la diffusion du "motu proprio" (décret) du pape. Dans ce décret, le pape accorde en effet la messe en latin selon la liturgie antérieure au concile Vatican II à tous les "groupes stables de fidèles" qui la réclament ainsi qu'aux communautés religieuses qui la préfèrent à la liturgie moderne. La nouveauté est que tout groupe de paroissiens peut demander au prêtre la messe traditionnelle alors qu'avant il fallait le demander à l'évêque.
Une lettre accompagne le "motu proprio" adressé à tous les évêques. Le pape y justifie sa décision par un souci de "réconciliation" envers les fidèles "restés fortement attachés" à la liturgie de leur enfance. Il dénonce les "déformations à la limite du supportable souvent subies par la liturgie moderne" et qui auraient "profondément blessé" ces fidèles. "Je parle d'expérience", commente Benoît XVI, selon lequel ces abus les ont poussés dans les bras des traditionalistes.
Le cardinal Ricard sceptique
"Nous savons tous que, au sein du mouvement conduit par l'archevêque Mgr Lefebvre" (le chef de file des traditionalistes) "la fidélité au vieux missel est devenue un signe distinctif extérieur", écrit Benoît XVI. Les adeptes de Mgr Lefebvre se sont aussitôt "réjouis du rétablissement dans ses droits" de la messe en latin tout en affirmant que "des difficultés subsistent encore" avec le Vatican.
Le cardinal Jean-Pierre Ricard, président de la conférence des évêques de France, a estimé samedi que ce motu proprio allait susciter "quelques problèmes" dans la communauté catholique. Il a évoqué comme difficultés le fait que la plupart des prêtres n'ont jamais appris la liturgie ancienne, que d'autres l'ont oubliée. Il s'est demandé aussi à partir de combien de personnes peut-on parler d'un "groupe de fidèles". Va-t-on instaurer une formation à la messe traditionnelle au séminaire et les prêtres devront-ils choisir leur liturgie au moment de leur ordination, s'est-il également interrogé.
La messe "de saint Pie V" à la demande des fidèles
Les curés des paroisses seront tenus d'accueillir "volontiers" les demandes des fidèles, indique le décret qui satisfait une vieille revendication des courants traditionalistes de l'Eglise catholique. En cas de refus du prêtre, l'évêque sera "instamment prié d'exaucer le désir" des fidèles. La messe ancienne dite "de saint Pie V", dans sa version la plus récente (1962, sous le pape Jean XXIII), pourra aussi être librement célébrée en privé par tous les prêtres qui le souhaitent, en présence "des fidèles qui le demandent spontanément".
Dans les paroisses, la liturgie en langue "vulgaire" adoptée par l'Eglise catholique en 1970, après le Concile Vatican II, reste la forme "ordinaire" de célébration. Mais la messe à l'ancienne -célébrée en latin, dos aux fidèles- pourra être célébrée chaque jour ainsi que pour les baptêmes, communions, mariages et enterrements. Benoît XVI affirme dans son décret que les deux liturgies, l'ancienne et la moderne (dite "selon Paul VI"), ne sont que deux versions d'un "même rite romain".
Rassurer les évêques réticents
Il rappelle que son prédécesseur Jean Paul II avait déjà accordé à deux reprises (1984 et 1988) aux évêques la faculté d'autoriser des célébrations de la messe selon l'ancienne liturgie. Son objectif est donc simplement d'en élargir l'autorisation. Le pape cherche dans sa lettre à rassurer les évêques français, britanniques, américains ou allemands qui lui ont exprimé leur inquiétude face aux "désordres, voire aux fractures" que pourrait selon eux entraîner cette libéralisation. Il souligne que la connaissance du latin comme de l'ancienne liturgie "ne sont pas si fréquentes", et que le nouveau missel restera donc "certainement la forme ordinaire du rite".
Les évêques ont jusqu'au 14 septembre pour prendre leurs dispositions avant l'application du "motu proprio". Dans un délai de trois ans, ils pourront transmettre leurs remarques au Vatican. "Si de sérieuses difficulté étaient vraiment apparues, on pourrait alors chercher des voies pour y porter remède", indique Benoît XVI.
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