Drapeaux d'Etats membres de l'UE © TF1/LCIQuiz : testez vos connaissances sur l'UE !
Le week-end dernier, le laboratoire de pensée dédié à l'unité européenne "Notre Europe" a confronté les opinions des habitants des 27 pays membres sur la manière dont ils voyaient leur futur. L'opération, baptisée "Tomorrow's Europe", s'est déroulée à Bruxelles avec la méthode dit du "sondage délibératif".
3.500 personnes représentatives de la population européenne ont tout d'abord répondu à une trentaine de questions sur l'économie, la protection sociale la stratégie de défense ou encore les institutions. Parmi ces 3.500 personnes, 362 ont été sélectionnées pour participer à un forum au Parlement européen à Bruxelles. En présence de personnalités politiques de premier plan comme José Manuel Barroso, le président de la Commission, ou encore Valéry Giscard d'Estaing, elles ont débattu en petits groupes et en séance plénière des différents thèmes abordés dans le sondage et plus globalement sur le rôle de l'UE face à la mondialisation et sa place dans le monde. Après le forum, elles ont de nouveau répondu au sondage, avec exactement les mêmes questions. Objectif : voir si leur point de vue avait évolué après qu'elles ont reçu la possibilité de se réunir, d'obtenir des informations équilibrées et d'en discuter entre elles.
Stephen Boucher, le secrétaire général de Notre Europe, tire le bilan de l'opération et commente les principaux enseignements du sondage pour LCI.fr
LCI.fr : Quel bilan global tirez-vous de l'opération ?
Stephen Boucher : Nous sommes très satisfaits. Pour la première fois, nous avons rassemblé un échantillon représentatif de citoyens de l'UE. Les débats ont également permis une vraie délibération entre les experts et les participants. Enfin, les autorités publiques ont montré un réel intérêt. Il y a donc quelque chose à approfondir pour mener d'autres opérations de ce type à l'avenir.
LCI.fr : Sur la forme, quelles conclusions tirez-vous du sondage ?
S.B. : Le changement d'opinion est significatif entre l'avant et l'après. Cela montre qu'il y a eu une vraie délibération, avec une confrontation d'idées qui ont été écoutées par les uns et les autres. De même, cette réflexion approfondie n'a pas changé les opinions de manière uniforme en faveur de l'Europe. Le changement concerne le "plus d'Europe" mais aussi le "moins d'Europe". Les participants ont réagi sur plusieurs dimensions et ont développé des arguments dans les deux sens.
LCI.fr : Sur le fond du sondage, les participants résistent à l'élargissement.
S.B. : Il faut noter qu'en majorité, ils ne sont néanmoins pas contre cet élargissement. Mais ils estiment qu'il est tout d'abord nécessaire d'entériner l'approfondissement des réformes institutionnelles pour que l'élargissement soit possible. Ils pensent que l'intégration de nouveaux pays dans l'état actuel de l'Union serait très difficile et poserait plus de problèmes qu'elle n'en résoudrait.
"Non" à la Turquie, mais pas comme pays musulman
LCI.fr : Autre sujet de politique étrangère : les participants ont changé d'avis sur l'entrée de la Turquie, en sa défaveur (55% contre, 45% pour).
S.B. : Oui, mais ce n'est pas un rejet de la Turquie en tant que telle et comme pays musulman. Quand on pose la question "si l'intégration d'un pays musulman rendrait l'UE trop hétérogène", il n'y a pas de changement significatif. En fait, ce changement sur l'intégration de la Turquie renvoie à la question précédente sur l'élargissement à d'autres pays comme l'Ukraine ou d'anciennes républiques soviétiques.
LCI.fr : Sur les questions économiques, il semble y avoir consensus sur la réforme des systèmes de retraite.
S.B. : On constate en effet que les citoyens européens s'accordent sur la nécessité des réformes et qu'on ne peut pas continuer avec le système actuel. Cela change des sondages classiques où généralement les gens veulent à la fois garder leur pension actuelle sans allonger la durée de cotisations. Avec des explications, ils comprennent qu'ils ne peuvent pas avoir la poire et la fromage et qu'il est nécessaire de faire évoluer le système en travaillant plus longtemps. En revanche, ils continuent de préférer une couverture publique et non privée.
LCI.fr : Comment ce sondage délibératif peut-il être maintenant utilisé par les décideurs politiques ?
S.B. : Son côté sondage donne une information à forte valeur ajoutée puisqu'il vient compléter les sondages classiques. Si les politiques prennent le temps de venir expliquer les choses aux citoyens, comme l'a fait le Premier ministre bulgare ce week-end, ils verront que ces derniers ne réagissent pas de la même manière qu'avec une information partielle.
Ensuite, son côté délibératif et participatif, avec des citoyens réunis au même endroit et discutant ensemble, fait que ce n'est pas juste un sondage, mais un vrai dialogue. J'espère que les décideurs les utiliseront plus régulièrement. Pour l'instant, treize pays européens ont déjà franchi le cap, mais pas les gros comme la France.
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