© AFPLa flambée des cours du pétrole, qui a atteint 100 dollars le baril mercredi, est une aubaine pour les tenants de la "pétrodiplomatie", qui veulent utiliser l'or noir comme arme politique, à l'image de plusieurs dirigeants latino-américains opposés au libéralisme.
A la tête depuis 1999 du sixième exportateur de pétrole au monde, le président socialiste vénézuélien Hugo Chavez est l'un des théoriciens de cette stratégie qui l'a incité à s'allier à son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad. "100 dollars, c'est le juste prix qui donne au pétrole sa vraie valeur", déclarait récemment Chavez, partisan d'une ligne dure et d'un maintien au niveau actuel de la production de l'OPEP, le cartel des pays exportateurs qu'il pousse à devenir un "acteur politique" sur la scène internationale. Début décembre, l'OPEP a ignoré les appels des pays consommateurs réclamant plus de brut pour calmer la flambée des prix qui taquinaient déjà les 100 dollars. L'organisation a prévu une réunion extraordinaire le 1er février pour réexaminer la situation.
Un baril à 200 dollars, est-ce de la science-fiction ?
Chavez a même jugé possible un baril "à 200 dollars au moins", en cas d'attaque américaine contre l'Iran ou le Venezuela, et Ahmadinejad a dit envisager "d'utiliser le pétrole comme arme". Pour l'expert pétrolier vénézuélien Alberto Quiroz Corradi, "l'utilisation du pétrole comme arme politique n'a rien de nouveau. Mais avec l'arrivée (au pouvoir) de Chavez, c'est devenu un instrument de chantage". Selon cet ex-responsable de la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne, la stratégie du gouvernement Chavez consiste surtout à fournir du pétrole à des prix préférentiels à des alliés avec l'espoir de "renforcer le camp anti-américain". Cette politique bénéficie surtout aux petits pays des Caraïbes et d'Amérique centrale et a contribué à sauver l'économie cubaine alors qu'elle avait de gros problèmes d'approvisionnement au début des années 90, après l'effondrement de son allié traditionnel, l'URSS.
Mais "la pétrodiplomatie coûte cher", car le Venezuela doit financer la différence entre le tarif du pétrole subventionné et celui du marché, note Alberto Quiroz Corradi, en rappelant que c'est aussi la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne qui finance les programmes sociaux gouvernementaux. Sous la pression du Venezuela et de l'Iran, l'OPEP a chargé ses ministres des Finances et de l'Energie d'étudier la possibilité d'une réduction du poids du dollar sur la cotisation du pétrole brut.
"Chavez et Ahmadinejad veulent accroître leur poids politique"
Mis à part ces deux pays, l'Equateur, plus petit producteur de l'OPEP revenu dans le giron du cartel depuis novembre sous la houlette de son président Rafael Correa, un économiste de gauche allié de Chavez, est également favorable au maintien de cours élevés pour le brut. Le Brésil, troisième producteur latino-américain, qui n'est pas membre de l'OPEP mais vient d'annoncer la découverte d'un gisement très prometteur (5 à 8 milliards de barils de réserves), n'est pas du même avis. Son président, le pragmatique Luiz Inacio Lula da Silva, a récemment appelé l'OPEP à "réduire les prix du pétrole".
Mais l'Amérique latine, qui représente 10% des réserves mondiales de pétrole et 14% de la production, selon l'Agence internationale de l'énergie, est loin de constituer un axe d'un poids comparable à celui des pays du Moyen Orient. "Ce que veulent Chavez et Ahmadinejad, c'est accroître leur poids politique sur le plan international. Car ils savent bien qu'ils ne pourront pas convaincre l'OPEP", souligne Alberto Quiroz Corradi, en rappelant la modération du cartel ces dernières années. D'autant que les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête avec les plus importantes réserves prouvées au monde, sont de traditionnels alliés des Etats-Unis. Ces pays continueront de privilégier "une vision plus paisible basée sur un équilibre de long terme".
D'après agence
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