"Un 'non' irlandais créerait un effet domino"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 11 juin 2008 à 05h45 , mis à jour le 13 juin 2008 à 16h58

Interview - Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen, analyse pour LCI.fr les conséquences d'un éventuel "non" irlandais au Traité de Lisbonne.

non irlande référendum europe ue traité de lisbonneUne affiche pour le "non" au référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne, juin 2008 © TF1/LCI

Jean-Louis Bourlanges a siégé au Parlement européen de 1989 à 2007 après avoir été élu à quatre reprises sur une liste UDF. A la veille du référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne, il analysait pour LCI.fr les conséquences d'un vote en faveur du "non". L'Irlande est le seul des 27 pays de l'UE à être tenu, par sa Constitution, à organiser un scrutin pour ratifier le texte chargé de remplacer la défunte Constitution.


LCI.fr : L'Irlande a déjà rejeté le Traité de Nice en 2001. Cette fois, le "oui" et le "non" sont au coude-à-coude avant le référendum sur le Traité de Lisbonne. Quel est le problème irlandais avec l'UE, alors que le pays a énormément bénéficié de son intégration ?
Jean-Louis Bourlanges : Il est peu fréquent que les peuples votent sur un bilan plutôt que sur un projet, sur ce qu'ils ont obtenu dans le passé plutôt que sur ce qu'ils pourraient obtenir, en bien ou en mal, dans l'avenir. Les Irlandais ont été les plus grands bénéficiaires de la politique européenne dans sa double dimension libérale et solidaire. Ils ont profité de l'accès à un grand marché qui leur a permis d'exploiter leur faible coût de production et d'une manne budgétaire qui leur à permis de s'équiper.

Aujourd'hui, tout ceci est derrière nous. Le niveau de développement de l'Irlande lui interdit désormais d'être un bénéficiaire privilégié des fonds communautaires. Et on ne voit pas ce que le libéralisme pourrait apporter de plus aux Irlandais. Ils n'ont donc pas grand-chose à gagner d'une relance de l'UE. En revanche, ils ont, à tort ou à raison -et selon moi, plus à tort qu'à raison-, le sentiment que cette relance européenne pourrait remettre en cause la neutralité irlandaise, le refus de l'IVG ou encore un bas niveau de fiscalité. Tout ceci relève du fantasme, mais le fantasme est un fait politique. Les Irlandais sont donc tentés d'utiliser ce que Léon Blum appelait "le droit des peuples à l'ingratitude".


LCI.fr : Les chancelleries et vos anciens collègues du Parlement européen sont-ils réellement inquiets avant ce référendum irlandais ?
J.-L.B. : La victoire du "non" est une hypothèse plausible, même si, grâce au ciel, elle n'est pas certaine. Et tout le monde s'inquiète, évidemment. Le scrutin sera très serré. Son issue dépendra du comportement des indécis qui sont tentés par le "non" mais qui ne sont pas nécessairement disposés à aller voter. Le "oui" ne peut donc gagner que s'il y a une forte abstention -et c'est une mauvaise chose.


                                                                          "Il n'y a pas de plan B"


LCI.fr : Si le "non" gagne, est-ce vraiment une catastrophe pour l'UE ?
J.-L.B. : Comme l'a dit José Manuel Barroso (ndlr : le président de la Commission européenne), il n'y a pas de plan B. Surtout, un succès du "non" en Irlande risque de produire un effet domino. En République tchèque, le président de la République est un adversaire notoire du Traité. L'opposition de gauche est quant à elle favorable à la ratification tandis que la majorité de droite y est plus résignée que favorable. Il suffirait de bien peu de choses pour transformer cette résignation en hostilité. Seul le fait qu'ils vont succéder à la France à la présidence de l'UE retient les Tchèques de faire un malheur car refuser le Traité ferait alors désordre dans le tableau. Mais si l'Irlande dit "non" avant, ce bémol disparaîtra.

Plus important encore, au Royaume-Uni, Gordon Brown s'est engagé sans conviction à faire ratifier le Traité par la voie parlementaire. Mais le parti conservateur exige un référendum, tout comme une partie des travaillistes. Or ce référendum serait bien évidemment perdu. Gordon Brown, qui est très affaibli après la défaite du Labour aux municipales, pourrait donc être tenté de différer la procédure de mise en œuvre de la ratification, comme l'avait fait Tony Blair avec la Constitution après le "non" de la France. Il y aurait en effet une allure d'acharnement thérapeutique à vouloir surmonter le "non" irlandais comme on a surmonté le "non" français et néerlandais.


LCI.fr : Si le "non" l'emporte, on en revient donc au Traité de Nice, avec toutes ses faiblesses. Comment sortir de l'ornière ?
J.-L.B. : S'il y avait une voie pour sortir de l'ornière, je n'aurais pas quitté le Parlement européen. En cas de "non", on nous annonce déjà une initiative franco-allemande, mais je demande bien ce qu'elle pourrait contenir. La création d'un noyau dur organisé autour du couple franco-allemand est une tentation permanente mais elle se heurte à des difficultés juridiques car il est très difficile de faire fonctionner une petite et une grande Europe. Et politiquement, je ne sens ni en Allemagne ni en France une réelle volonté d'avancer vers une union plus étroite. Je ne m'attends donc pas à ce qu'une déclaration de bonne intention franco-allemande propose une voie vraiment nouvelle.


                                            "Avec un 'non', la présidence française de l'UE serait atone"


LCI.fr : Quelle conséquence aura le résultat sur la présidence française dans un mois ?
J.-L.B. : Si le "oui" l'emporte, elle sera largement consacrée à la préparation de la mise en œuvre du Traité, et notamment à la création du "service extérieur commun" (ndlr : service chargé de soutenir le futur ministre de l'Union aux Affaires étrangères, combinant les rôles et les fonctions de l'actuel haut représentant pour les Affaires étrangères et de sécurité commune et de la commissaire aux Relations extérieures) prévu par le texte. Si le "non" l'emporte, la présidence française se verrait priver de ce dossier principal et serait confrontée à une Europe atone où les Etats auraient tendance à se replier sur des valeurs purement nationales.

En résumé, avec le "oui", la tâche de la France sera rude. Avec le "non", elle serait quasiment-impossible.


LCI.fr : Pourrait-on faire revoter les Irlandais, comme en 2002 avec le Traité de Nice ou comme les Danois, qui avaient dans un premier temps refusé le Traité de Maastricht en 1992.
J.-L.B :
Théoriquement, c'est possible. Mais je pense que l'on aurait du mal à resservir aux Irlandais ce plat réchauffé. Dans cette optique, la variable décisive sera le Royaume-Uni. S'il décide de poursuivre la ratification, on trouvera vraisemblablement le mélange de promesses et de pressions nécessaires pour faire plier les Irlandais. Mais si les Britanniques décidaient de s'arrêter là, je pense que tout resterait au point mort pour longtemps.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 11 juin 2008 à 05:45
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60 Commentaires

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  • Lupeninvest, le 11/06/2008 à 16h38

    « S'il y avait une voie pour sortir de l'ornière, je n'aurais pas quitté le Parlement européen. » nous dit cet ancien député européen ! et qui donc a mis cette Europe dans l?ornière, Monsieur JL Bourlanges ?! si ce n?est l?inconséquence pour ne pas dire incompétence des députés qu?on a envoyés la bas ? maintenant on quitte le navire ! mais la croisière s?amuse toujours bien ! comme c?est cocasse aux partisans du « non » et autres ignares, « revanchards » de Sarkozy, ils préfèrent voir bloquer les institutions sans même savoir de quoi on parle! alors que ces projets visent à redresser la barre (qui est de travers depuis 1981) et à ne pas se faire imposer tout et n?importe quoi par le moindre pays (avec une moitié de population de Paris), comme l'Europe le fait aujourd?hui. Mitterrand a soumis la France à cette organisation insensée, poursuivie par ses successeurs. Certains hommes et femmes politiques l?avaient annoncé . mais on a dit au peuple qu?il ne fallait surtout pas écouter ; le peuple fait, là où on lui dit de faire, comme toujours (peut être mieux comme ça d'ailleurs). et les politiques irlandais vont d'ailleurs s'en servir de ce peuple, avec leur "referendum", car ils auraient bon dos de refuser eux même cette nouvelle avancée qui , c'est vrai, après de tout ce qu'ils ont bénéficié, ne leur apporte pas grand chose. maintenant, ils s'en foutent. « Les francais sont des vaux » disait De Gaulle! Mitterand ne le disait pas, mais il le pensait. et ça continuera. les journalistes pourraient quand même expliquer ce qu'il y a dans ce traité. ça éviterait de lire n'importe quoi

  • Nicolas, le 11/06/2008 à 16h21

    J'espere que les irlandais ne gacheront pas la chance qu'il leur est offerte de voter et qu'ils voteront "NON" pour éviter que ce réferendum soit la derniere occasion pour le peuple de pouvoir choisir son destin. L'europe est une belle idée à la base (espace de relation économique privilégiés afin de garantir la paix) mais lorsqu'il sagit de créer une entité supra-nationale gourvernée par des personnes non élus par le peuple (Qui a élu Barroso ???) on rentre dans un systeme antidémocratique. Dans la meme optique : On avait la banque de france sous controle de l'état, On nous a survendu l'euro et la BCE qui finallement n'est meme pas capable de réussir la seule mission qui lui a été confié, "Controler l'inflation". Est-ce qu'on va se laisser une nouvelle fois bercer par la mélodie de l'europe supranationale ????

  • JANCAP, le 11/06/2008 à 16h20

    Petit coup de pouce pour ne NON à nos amis Irlandais ...avec un rappel France 2005: L'EUROPEEN ET SES ENFANTS Réfléchissez, militez, prenez de la graine : Ce sont les peuples qui manquent le moins. Un brave Européen, sentant le social en peine, Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins. Gardez-vous, leur dit-il, de donner notre Europe Aux élites libérales et autres financiers. Un trésor y est caché par les rentiers. Je ne sais pas l'endroit ; mais dans la Constitution Que l'on vous propose, vous perdrez vos droits. Refusez ce texte, remettez l'Europe à l'endroit. Discutez, proposez, bâtissez ; ne laissez nulle place Où les peuples ne passent et repassent. Le père à la retraite, les fils vous refusent ce projet, Discutent, militent, construisent ; si bien qu'au bout du rejet, L'Europe sociale montra son visage. De trésor, point de caché. Mais le père fut sage De leur montrer avant son retrait Que seuls les peuples peuvent faire un vrai projet. JANCAP, d'après "Le laboureur et ses enfants" de Jean de La Fontaine, Avril 2005 jancap@free.fr

  • Babouk-Bel, le 11/06/2008 à 16h16

    Oui au NON ,depuis que la monnaie de l'euro à était mise en place , aucune barrière contre l'inflation et de l'abus de l'augmentation des prix n'avais était faite. Aujourd'hui ont le payent très cher. Ce serai une revanche pour ceux qui on voté oui à l'? . Merci de me publier.

  • PP, le 11/06/2008 à 15h48

    "Il n'y a pas de plan B" c'est ce qu'ils disaient lors du référendum sur la constitution, comme la France a voté non il y a eu le Traité de Lisbonne qui est le plan B car c'est une copie conforme de la constitution, si les Irlandais votent non, il y aura un plan C etc Comme l'autre fois on nous promet les sept plaies d'Égypte si le traité n'est pas adopté, alors que je n'est pas spécialement remarqué de catastrophe liée au rejet de la constitution, tout ça c'est du FUD , les dirigeants des différents pays veulent absolument ce traité car il répond à leurs besoins à eux et non pas aux besoins des peuples européens.

  • Lord Predator, le 11/06/2008 à 15h29

    @Gokio, Bourg en Bresse Vous croyez vraiment que la taxe professionnelle est tombée comme ça du ciel ? Vous plaisantez ? L'Irlande a commencé à décoller de sa misère au début des années 80 grâce aux structures et financements européens qui lui ont permis d'accueillir tous les grands constructeurs informatiques américains de cette époque qui s'installaient dans le pays le plus attractif de l'Europe (le moins cher à l'époque vu son état) dans un contexte de l'avènement de l'ère micro informatique et de la domination américaine dans le secteur des ordinateurs et de l'électronique. Sans ces aides et financements, l'Irlande ne serait jamais où elle en est aujourd'hui. De plus, elle accueille aujourd'hui une grande partie de la main d'?uvre des ex pays de l'est qui apporte leur contribution à la construction de l'Irlande à moindre cout. Qu'un Irlandais ne sache pas reconnaitre ce que l'Europe lui a apporté est carrément indécent voire insultant. Le rejet de ce referendum devrait entrainer de facto l'arrêt des subventions aussi bien pour l'Irlande que pour les autres pays rejetant ce traité incontournable pour fonctionner correctement à 27. On ne peut pas rejeter la construction européenne en empochant les subventions avec l'autre main. C'est de la pure hypocrisie, de l'égoïsme à outrance. Un pays européen qui a bien profité de la manne européenne se doit de rendre la monnaie et faire la même chose avec les pays qui sont nouvellement entrés ! Mais qui sait ici que la France continue à toucher plus de subventions que les 10 anciens pays de l'est entrées en 2005 ? C'est carrément éc?urant et les réactions ici dépeignent à merveille cet égoïsme !! Alcide

  • Epicurios, le 11/06/2008 à 15h21

    N'ayant pu m'exprimer sur le traité de Lisbonne "grace" aux grands démocrates de l'UMP, du MODEM, et hélas du PS, je voterai demain, grace à nos amis irlandais, par procuration contre l'Union Européenne. Avec nos frères Irlandais, et les autres peuples d'Europe, nous construirons demain, une Union LIBRE des peuples LIBRES d'Europe, démocratique et sociale, une Europe de Géants. En commençant par l'Europe économique, "nos" dirigeants regardent l'Europe par le petit bout de la lorgnette. Le NON des peuples est leur bébé. Comme Carthage cette pseudo "Europe" de nains doit-être détruite.

  • Lord Predator, le 11/06/2008 à 15h18

    Ce que lis ici me fait peur, vous ne vous rendez pas compte a quels point ce traité est nécessaire ! l'Irlande dirait non parcequ'elle ne comprend pas, parcequ'elle a peur qu'on lui régle sa fiscalité, qu'on lui impose de quitter sa neutralité, ou qu'on lui impose l'IVG, que des bonne chose mais qui ne sont pas dans le traité ! Quand au hyppocrite, vous avez la mémoire un peu courte, si les Français ont rejeté la constitution, la plupart, c'est pour faire chier Chirac, c'est tout, mes parents l'es premier, et je leurs en veut toujours ... Alors arrêtez de tout confondre !

  • Mike64, le 11/06/2008 à 15h13

    A première vue, la plupart des pays ont aujourd'hui des parlements fantoches qui ne représentent plus les citoyens. Pourquoi ne pas les supprimer et garder les technocrates de Bruxelles, ils ne sont pas plus bornés que nos soi-disant représentants.

  • Regis, le 11/06/2008 à 15h07

    J'espere egalement que les irlandais voteront non, car dans leur pays, ils ont EUX le droit de s'exprimer, alors qu'en France notre avis, le president et le gouvernement s'en moquent, et n'ont pas hésité a passer outre, et par precaution a refuser d'avance tout referendum !

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