Protectionnisme et biocarburants au banc des accusés

le 03 juin 2008 à 18h24 , mis à jour le 03 juin 2008 à 22h40

Les Nations unies ont exhorté mardi les dirigeants présents au sommet de la FAO de lever subventions et barrières commerciales pour enrayer la famine.

Le logo de la FAO, lors de la conférence de Rome (3 juin 2008)Le logo de la FAO, lors de la conférence de Rome (3 juin 2008) © TF1/LCI

"Rien n'est plus dégradant que la faim, surtout quand elle est le fait de l'homme". Face à la crise alimentaire mondiale dont souffrent tout particulièrement les populations des pays les plus pauvres, le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a lancé mardi un appel aux chefs d'Etat et de gouvernement réunis à Rome pour le sommet de la FAO. Selon la Banque mondiale et des organisations humanitaires, la flambée des prix alimentaires peut faire basculer 100 millions de personnes dans la famine, alors qu'environ 850 millions souffrent déjà de la faim. Le secrétaire général de l'Onu a jugé nécessaire de débloquer entre 15 et 20 milliards de dollars par an pour surmonter la crise alimentaire. Mais si le constat de crise est partagé, les Etats s'opposent sur les responsabilités et les solutions.

La hausse des prix pétroliers a renforcé l'intérêt pour les biocarburants, mais beaucoup s'en émeuvent. Justifiée par certains pays (Etats-Unis, Brésil) pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et leur dépendance énergétique, l'expansion des biocarburants conduit aussi à une réduction des surfaces agricoles favorisant la hausse des prix. Mais la mise en accusation des biocarburants fait bondir le président brésilien. "Je suis scandalisé de voir l'énergie propre issue des biocarburants pointée du doigt, un doigt souillé de pétrole et de charbon", a déclaré au sommet Luiz Inacio Lula da Silva. Et il a présenté "l'intolérable protectionnisme" des pays riches comme la cause principale de la montée des prix alimentaires.

La PAC en ligne de mire

Un protectionnisme également pointé par le secrétaire général de l'Onu : face à la crise, "certains pays ont réagi en limitant les exportations ou en imposant des contrôles en cours d'élaboration", a-t-il dit. Or selon lui, ces initiatives "faussent le fonctionnement des marchés et
poussent les prix encore plus à la hausse
". Selon des ONG humanitaires, le Japon et la Chine contribuent ainsi à la forte hausse des prix du riz - qui a provoqué des émeutes jusqu'en Haïti - en limitant leurs stocks. Le Premier ministre japonais Yasuo Fukuda a promis à la conférence de débloquer au moins 300.000 tonnes de riz d'importation stocké afin de combattre la crise. La politique européenne, avec ses barrières et ses subventions, n'est pas en reste : Yvette Cooper, secrétaire britannique au Trésor, a exhorté l'UE à réformer sa politique agricole, qui coûte chaque année plus de 40 milliards d'euros aux consommateurs, et à suspendre certaines taxes douanières sur des produits alimentaires.

Nicolas Sarkozy a invité pour sa part à "mettre le paquet" sur l'agriculture vivrière dans les pays en développement, qualifiant "d'erreur stratégique historique" l'attitude consistant à empêcher les pays pauvres de cultiver des produits de première consommation. Pour faire face aux problèmes alimentaires dans le monde, le président français a également proposé "un partenariat mondial pour l'alimentation et l'agriculture", avec, notamment, "la mise en réseau des connaissances scientifiques sur la sécurité alimentaire", sur le modèle du Giec pour le réchauffement climatique.

La conférence de la FAO donne le coup d'envoi d'une série de consultations sur la pauvreté, la faim dans le monde et le développement prévues dans les prochains mois, notamment un sommet du G8 au Japon en juillet et des pourparlers de l'OMC sur les moyens de réduire les distorsions commerciales. Un projet d'accord au sein de l'Organisation mondiale du commerce prévoit notamment de réduire barrières commerciales et subventions agricoles.

D'après agence

le 03 juin 2008 à 18:24
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

2 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Drareg, le 03/06/2008 à 23h03

    On pourrait réduire la consommation de carburant (pétrole ou bio) en réduisant la puisance des voitures. Pas besoin de moteurs de 300 - 400 CV et plus ni des 4x4 et autres véhicules voraces et polluants. Pas besoin non plus de toutes ces publicités lumineuses la nuit, grosses consommatrices d'électricité et donc de pétroles ou autres sources d'énergie

  • Quid, le 03/06/2008 à 22h19

    Pendant ces 'consultations sur la pauvreté', combien de vies seront sacrifiées ? Que faire contre les spéculations 'immorales' sur les produits agricoles ?

Lire tous les commentaires

      logAudience