Le "drapeau" de l'Europe © Communauté européenneCe sommet de Bruxelles devait assurer la transition entre les présidences slovène et française. Il devait surtout être consacré aux mesures pour résoudre les problèmes concrets, notamment la flambée des prix du pétrole et des denrées alimentaires (voir encadré). Mais les Irlandais en ont décidé de fait autrement. En rejetant jeudi dernier le Traité de Lisbonne par référendum, ils ont modifié l'agenda européen : désormais, les chefs d'Etat et de gouvernement, notamment Nicolas Sarkozy qui veut prendre le leadership de l'opération de sauvetage ont un objectif : éviter la paralysie institutionnelle de l'Union européenne.
Pendant deux jours, ils vont donc tenter de trouver les solutions pour surmonter cette nouvelle crise, ou du moins dégager un calendrier. Selon l'eurodéputé centriste britannique Andrew Duff, spécialiste des questions institutionnelles, et plusieurs diplomates européens, les dirigeants devraient se donner trois mois, jusqu'à leur sommet de la mi-octobre. Pas plus, car ils veulent éviter de sombrer dans une "pause de réflexion" comme celle qu'ils s'étaient accordée en 2005 après les non français et néerlandais à la Constitution européenne, ce qui avait entraîné sa mort lente.
Second référendum ?
Selon l'analyste Antonio Missiroli, du Centre de politique européenne à Bruxelles, le pari est que d'ici octobre l'analyse du rejet irlandais soit suffisamment fine pour pouvoir proposer à Dublin d'ajouter au Traité de Lisbonne un document -de nature juridique encore incertaine- qui répondrait aux principales réserves à l'origine du "non" (notamment la perte par l'Irlande de son commissaire européen).
L'idée serait de soumettre ce traité "aménagé" à un second référendum -à l'instar de ce qui avait été fait avec le Danemark après le Traité de Maastricht et déjà avec les Irlandais et le Traité de Nice- d'ici les élections européennes de juin 2009 - pour qu'il entre en vigueur avant fin 2009, ce qui limiterait à un an le retard provoqué par le non irlandais.
Processus bloqué par les présidents tchèque et polonais ?
Mais ce scénario comprend une obligation : que le processus de ratification se poursuive. Après celle du Royaume-Uni hier -la reine l'a avalisée en fin de matinée-, sept pays doivent encore valider le texte. Parmi eux, le République tchèque et le Pologne. Si l'un des deux ne ratifiait pas, il porterait un coup fatal au Traité.
Or le très eurosceptique président tchèque Vaclav Klaus a annoncé dès vendredi que pour lui le processus de ratification était "fini". "Personne ne peut le forcer à signer", reconnaît son ministre des Affaires étrangères. En Pologne, le traité a été approuvé par le Parlement. Mais il n'a pas encore signé par le président Lech Kaczynski, lui-aussi plutôt eurosceptique. Un haut diplomate polonais estime que ce dernier va "retarder et retarder" sa signature et qu'il est "improbable que les 26 pays aient ratifié le Traité d'ici la fin de l'année".
Le Traité de Lisbonne aurait alors peu de chances d'entrer en vigueur par la suite. En attendant une hypothétique solution, on en resterait alors toujours au Traité de Nice et à ses imperfections pour l'Europe actuelle -il a été signé alors que l'UE ne comptait que 15 membres, contre 27 aujourd'hui. Outre ce retour au Traité de Nice, les quelques solutions bâtardes envisagées avant même le "non" irlandais se reposeraient, notamment la création d'un "noyau dur" constitués de plusieurs pays qui iraient de l'avant sans les autres ou la révision de la participation de l'Irlande à l'Union.
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