Affiche de campagne pour le "non" au référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne, juin 2008 © TF1/LCIHier, la Finlande, l'Estonie et la Grèce ont été les 16e, 17e et 18e pays de l'UE à ratifier le Traité de Lisbonne par voie parlementaire. Aujourd'hui, l'Irlande est appelée à son tour à se prononcer sur le texte. Mais contrairement aux 26 autres membres de l'Union européenne, elle le fait par référendum, comme le lui impose sa Constitution. Et c'est peu dire que tous les dirigeants européens tremblent pour l'issue du scrutin : selon les derniers sondages, le "oui" et le "non" étaient au coude-à-coude, le "non" étant même en tête dans certaines enquêtes.
Les trois millions d'électeurs irlandais, qui avaient déjà rejeté le Traité de Nice en 2001 avant de l'accepter un an plus tard, vont-ils à nouveau bloquer le processus européen ? Trois ans après les "non" français et néerlandais à la Constitution, un tel cas de figure serait catastrophique pour les partisans de la construction européenne. A contrario, les opposants au texte obtenu aux forceps par Nicolas Sarkozy fin 2007 pour remplacer la défunte Constitution espèrent que les Irlandais diront "non" pour bloquer ce qu'il qualifie de "Constitution bis".
Arguments sans fondement ?
Tous les grands partis irlandais ont appelés à voter "oui". Conscient que la lutte se fera au finish, le Premier ministre Brian Cowen battait encore la campagne, mercredi, dans son "Yes Bus". Dans sa dernière conférence de presse, mardi, il a accusé le camp du "non" de "malhonnêteté", affirmant qu'il utilise des "fantasmes".
Certains "nonistes" prédisent par exemple une hausse de l'imposition, la fin de la neutralité militaire irlandaise, voire l'imposition de la légalisation de l'avortement, encore interdit en Irlande. De son côté, Gerry Adams, le président du Sinn Féin, seule formation politique à appeler à voter "non", avance que cela permettrait de "donner au gouvernement irlandais un mandat fort en vue de négocier un meilleur accord". "Le gouvernement a été incapable de donner une seule raison pour laquelle il serait dans l'intérêt de l'Irlande de perdre un commissaire (européen)", ajoute-t-il.
Mauvaise passe
Pour appuyer les partisans du "non", la campagne s'est déroulée dans un mauvais contexte économique. Les derniers chiffres de l'emploi, publiés mardi, ont montré que le nombre de chômeurs avait dépassé les 200.000 (5,4%), pour la première fois en neuf ans. Cela pourrait "enflammer les craintes liées à l'immigration" issues des nouveaux pays européens, estime l'Irish Examiner.
Pour sa part, évoquant le miracle économique celtique qui a vu une Irlande pauvre se développer à vitesse grand V depuis l'adhésion à la CEE en 1973, l'Irish Times souligne que l'île, qui en a gagné depuis le surnom de "Tigre celtique" pour faire écho aux pays asiatiques, a été "une des plus grandes réussites de l'Europe" et qu'elle a reçu de Bruxelles "deux fois plus qu'elle n'a donné, soit un gain net de 40 milliards d'euros". Cela suffira-t-il à convaincre les indécis, qui étaient encore environ un tiers à l'aube du scrutin, à pencher pour le "oui" ou les considérations immédiates de politique intérieure prendont-elles le dessus ? Réponse demain midi.
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