A Lisbonne, les dirigeants des 27 membres de l'UE réunis pour signer le nouveau Traité européenTrois ans après les "non" français et néerlandais à sa Constitution, l'Union européenne va-t-elle replonger dans la crise, sans porte de sortie ? La réponse tombera jeudi prochain, à la fermeture des bureaux de vote en Irlande après le référendum sur le Traité de Lisbonne, qui a remplacé la défunte Constitution. Alors que les 26 autres membres de l'UE ont choisi la voie parlementaire, assurant ainsi la ratification du Traité obtenu forceps sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy -14 ont déjà validé le texte-, l'Irlande est le seul pays tenu par sa Constitution à soumettre le projet européen au référendum.
Et à quelques jours du scrutin, le "oui" a du plomb dans l'aile. Selon un sondage publié vendredi par le quotidien Irish Times, avec seulement des 30% des intentions de vote, il est en effet devancé, pour la première fois, par le "non", crédité de 35%. 28% des personnes interrogées se disent encore indécises et 7% disent qu'elles n'iront pas voter. A la mi-mai, un sondage réalisé par le même institut plaçait encore le "oui" à 35% des intentions de vote, contre seulement 18% pour le "non". Mais la proportion des indécis était alors nettement plus élevée, à 40%. Il semble donc que plus la campagne avance, plus les "nonistes" gagnent du terrain. Principale raison de ce rejet : la méconnaissance du texte. "A moins d'un changement significatif de l'opinion publique, l'Union européenne va être plongée en pleine crise", prévient d'ailleurs l'Irish Times.
"Pas de plan B"
Face à la situation, le Premier ministre, Brian Cowen, a appelé ses concitoyens à voter "oui avec enthousiasme" dans l'optique de "préserver l'emploi". "Il s'agit de trouver les moyens de prolonger la croissance de notre économie", a-t-il expliqué, dans une allusion à l'essoufflement du "Tigre celtique", dont la croissance sera divisée par deux cette année. De son côté, le parti nationaliste Sinn Féin, seule formation parlementaire à soutenir le "non", estime que le sondage prouve que la population souhaite une renégociation du traité. Plus globalement, alors que les partisans du "oui" font profil bas et ont préféré que les leaders européens ne viennent pas faire campagne, ceux du "non" ont reçu le soutien d'opposants comme Nicolas Dupont-Aignan. Nicolas Sarkozy a rappelé vendredi ce que l'Irlande devait à l'Europe. "De tous les pays européens l'Irlande est un de ceux qui ont su le plus mangifiquement s'adapter à l'Union européenne", a-t-il déclaré.
Même si l'Irlande a largement bénéficié de sa présence dans l'Europe, la population s'est toujours montrée sceptique. En 2001, les Irlandais avaient ainsi rejeté le Traité de Nice, avec 54% de "non". Il avait fallu les faire revoter un an plus tard pour obtenir un "oui" et permettre l'application du texte. En cas de nouveau rejet, l'Europe serait totalement bloquée : "il n'y a pas de plan B car le Traité de Lisbonne, c'est le plan B", assène la Commission européenne.
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