Le pape Benoît XVI s'adresse aux journalistes dans l'avion qui le mène au Cameroun, nle 17 mars 2009. A ses côtés, le cardinal Tarcisio Bertone © REUTERS/Alessandro Bianchi La réaction de trois députés français
Les associations, les politiques, et maintenant le Quai d'Orsay. Au lendemain de la déclaration controversée du pape Benoit XVI sur l'utilisation du préservatif, les condamnations sont unanimes. Mercredi, la France a exprimé par la voix de son ministère des Affaires étrangères sa "très vive inquiétude devant les conséquences de ces propos de Benoît XVI". "S'il ne nous appartient pas de porter un jugement sur la doctrine de l'Eglise, nous estimons que de tels propos mettent en danger les politiques de santé publique et les impératifs de protection de la vie humaine", a déclaré à la presse le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Eric Chevallier.
Un peu plus tôt, l'ancien Premier ministre Alain Juppé, interrogé par France Culture, avait estimé que "ce pape commence à poser un vrai problème", car vivant "dans une situation d'autisme total". Pour Daniel Cohn-Bendit, "il y en a assez maintenant de ce pape". Parlant de "contre-vérité scientifique", la ministre de la Santé Roselyne Bachelot s'est dite "catastrophée" par des propos "irresponsables" et a rappelé que le préservatif est "le seul et unique moyen de prévention" de cette maladie "dont on ne guérit pas". Parlant de "paroles gravissimes" et de "propos irresponsables", le Parti socialiste a estimé de son côté que le pape "représente de plus en plus mal les catholiques attachés aux valeurs de tolérance et d'humanisme".
"Un message de mort adressé aux Africains"
Le président de l'association Elus locaux contre le sida, Jean-Luc Romero, a lui déclaré être "totalement scandalisé et sidéré par les déclarations du pape", considérant qu'il s'agissait d'"un message de mort adressé aux Africains". La secrétaire d'Etat française chargée des droits de l'Homme, Rama Yade, s'est elle dite "ahurie" par ces propos "régressifs". La veille, la ministre belge de la Santé Laurette Onkelinx avait fait part de sa "stupéfaction" et avait trouvé "encore plus consternants" les propos du pape selon lesquels la solution au sida passe par "un réveil spirituel et humain" et l'"amitié pour les souffrants". En France, seule la ministre du Logement Christine Boutin, qui a toujours marqué publiquement son attachement aux valeurs chrétiennes, a fait entendre une voix discordante, estimant que le pape était conséquent avec la défense du dogme de l'Eglise catholique. "Vous n'attendiez pas du pape qu'il vante l'usage du préservatif !", a-t-elle déclaré sur RTL, déplorant une controverse "franco-française".
Mardi, dans l'avion qui le conduisait en Afrique, Benoît XVI avait estimé que l'utilisation du préservatif "aggravait" l'épidémie de sida. "Le problème [du sida] ne peut être vaincu par la distribution de préservatifs", avait déclaré le souverain pontife aux journalistes à bord de l'avion qui le conduisait au Cameroun. Puis douchant tout espoir : "Cela ne fait que l'aggraver". Des propos sur lesquels est revenu mercredi le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi. "Il ne faut pas attendre de ce voyage [en Afrique] un changement de position de l'Eglise catholique envers le problème du sida", a-t-il souligné. L'Eglise estime que "développer une idéologie de confiance dans le préservatif n'est pas une position correcte" car elle ne met pas l'accent sur "le sens des responsabilités", a précisé le porte-parole du Vatican, évoquant les "trois directions" dans lesquelles se déploie l'action de l'Eglise catholique face au sida : "l'éducation à la responsabilité de la sexualité et l'affirmation des valeurs du mariage et de la famille, l'engagement pour des soins efficaces, et l'attention portée aux malades".
Depuis le début des années 1980, le sida a tué plus de 25 millions de personnes, la plupart dans les pays d'Afrique subsaharienne. La position du Vatican sur le préservatif, qui était la même du temps de Jean-Paul II a toujours été critiquée dans des milieux laïcs ou chrétiens progressistes ainsi que par les associations de défense des droits des homosexuels.
(D'après agence)
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