© AFPSous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, la France réintègre donc à l'occasion du sommet de Strasbourg-Kehl le commandement militaire de l'Alliance atlantique. Le chef de l'Etat estime en effet qu'il est temps de normaliser les relations avec l'organisation et que la France, qui en fut l'un des fondateurs en 1949, y retrouve " toute sa place". Il fait notamment remarquer que Paris doit avoir son mot à dire sur la stratégie d'une Alliance dont il partage toutes les opérations militaires depuis 1995, de la Bosnie au Kosovo en passant par l'Afghanistan.
Cette décision met fin à 43 ans d'une "exception française", symbole de la résistance à la suprématie américaine. Une voie singulière tracée par le général de Gaulle. Le 7 mars 1966, il écrit dans une lettre à son homologue américain Lyndon B. Johnson : "La France se propose de recouvrer sur son territoire l'exercice de sa souveraineté, actuellement entravée par la présence permanente d'éléments militaires alliés ou par l'utilisation qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l'Otan". C'est un geste puissant. Fort de l'indépendance stratégique que lui confère la dissuasion nucléaire, il affiche une volonté délibérée d'affirmer sa liberté à l'égard des Etats-Unis. Le monde, alors en pleine Guerre Froide, est bipolaire avec deux blocs, américain et soviétique, qui se font face. La France va défendre une troisième voie.
François Mitterrand farouche opposant
En demandant aux 26.000 soldats américains stationnés sur son sol de faire leur bagages, en exigeant le démantèlement des bases américaines, en faisant repasser sous son commandement les troupes françaises d'Allemagne, en exigeant le transfert hors de France du commandant suprême (SACEUR) et du commandant Centre Europe de l'Otan, le général de Gaulle provoque une crise majeure au sein de l'Alliance, sans pour autant remettre en cause son appartenance au pacte et à la solidarité atlantique. "Le pays reste prêt", écrit-il, "à combattre aux côtés de ses alliés au cas où l'un d'entre eux serait l'objet d'une agression qui n'aurait pas été provoquée".
Cette décision va déclencher sur le plan politique des critiques virulentes des centristes et des socialistes qui déposeront une motion de censure contre le gouvernement de Georges Pompidou. François Mitterrand sera le plus acharné. Il fustige à l'Assemblée le retrait de la France comme "une volonté d'isolement fondée sur l'idée que le nationalisme est la vérité de notre temps", voire "une sorte de poujadisme aux dimensions de l'univers". Parallèlement, en dehors de l'hexagone, la décision du Général de Gaulle est également violemment dénoncée. Pour les Etats-Unis, cette volonté de faire cavalier seul est une marque d'hostilité envers eux et les quatorze autres membres. Pour les Français, la conséquence directe sera l'évacuation de 29 bases de l'Otan installées sur le territoire depuis 1950. Le départ des militaires et de leurs familles provoquera un véritable traumatisme et la perte de 18.000 emplois.
Des liens conservés
Mais, en réalité, la France conserve avec l'Otan des liens étroits. Paris siège toujours au sein du Conseil de l'Atlantique nord, l'instance politique de l'organisation. Au fil des ans, les relations vont sans cesse être redéfinies. Crises et divergences vont se multiplier, sans jamais aboutir à une rupture. En 1974, Valéry Giscard d'Estaing tente de resserrer les liens. En 1983, François Mitterrand, en pleine crise des euromissiles, approuve la décision de l'Otan d'installer en RFA (Allemagne de l'Ouest) des fusées Pershing en réponse à l'implantation des missiles soviétiques SS20 en RDA (Allemagne de l'Est).
Avec la crise des Balkans au milieu des années 1990, la France va progressivement normaliser ses relations avec l'Alliance. C'est Jacques Chirac qui engagera un véritable rapprochement. En 1994, pendant la guerre en Bosnie, il décide de faire siéger la France au conseil des ministres de la défense et, en 1995, au comité militaire de l'organisation. En 2004, une centaine de militaires français sont envoyés dans les commandements suprêmes, le Shape à Mons, en Belgique, et l'ACT, à Norfolk aux Etats-Unis.
La France est déjà sur le terrain
Aujourd'hui la France siège au sein de 36 des 38 comités de l'Otan et participe à toutes les opérations (Kosovo, Afghanistan...) Elle est le quatrième contributeur en terme de forces, au point que plus de 5.000 soldats français participent à des opérations conduites par l'Otan. Le retour dans le commandement militaire devrait s'accompagner de l'envoi d'au moins 700 hommes supplémentaires dans les instances. En revanche, Nicolas Sarkozy ne souhaite pas réintégrer pas le Groupe de planification nucléaire, ce qui lui permet de maintenir une certaine forme d'exception.
La décision du chef de l'Etat a provoqué dans le landerneau politique une levée de boucliers. Certains dans la majorité y voient un bradage de l'héritage gaulliste, tandis que l'opposition dénonce une initiative susceptible de ruiner l'image d'indépendance de la France et un alignement sur Washington. Mais pour l'Elysée, c'est la levée d'un tabou, la fin d'une hypocrisie, l'aboutissement d'un processus initié depuis longtemps. L'objectif majeur : que la France ait désormais son mot à dire dans la planification des opérations.
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