Barack Obama et Nicolas Sarkozy à Strasbourg, le 3 avril 2009 © LCI
Rarement un sommet de l'Otan n'aura autant fait parler en France. Pour trois raisons : il s'agit du soixantenaire de l'organisation, il se déroule dans l'Hexagone seulement pour la deuxième fois après 1957 (en 1997, Paris avait aussi accueilli la signature du partenariat avec la Russie) et il marque le retour du pays dans le commandement militaire. En outre, il coïncide avec le premier voyage de Barack Obama en Europe depuis son entrée en fonctions le 20 janvier dernier. Mais au-delà de l'unité affichée, chacun des principaux protagonistes arrive avec son propre agenda et sa propre ambition.
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Jean-Dominique Merchet, spécialiste de la Défense | |
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Barack Obama : obtenir l'envoi de renforts pour l'Afghanistan
Symbole de l'évolution de l'Otan, sa principale mission à l'heure actuelle ne concerne pas le cadre euro-atlantique. Sous mandat de l'Onu, elle combat en effet les talibans et Al-Qaïda en Afghanistan. La Fias (Force internationale d'assistance et de sécurité), ou Isaf en anglais, compte environ 61.000 hommes (dont certains appartiennent à des pays extérieurs à l'Otan), pour moitié américains. 2.780 soldats français y sont déployés.
Barack Obama a décrété que l'Afghanistan était le "vrai front" de la lutte contre le terrorisme. Il veut donc augmenter ces contingents. Il entend ainsi redéployer les troupes américaines vers l'Afghanistan au fur et à mesure qu'elles quitteront l'Irak. Il souhaite surtout que ses partenaires envoient également des renforts militaires. Sur le fond, les dirigeants européens n'y sont pas forcément défavorables, sous certaines conditions.
Mais sur ce sujet, ils se retrouvent en porte-à-faux avec leur opinion publique, qui milite au contraire pour un retrait. C'est notamment le cas de Nicolas Sarkozy en France, où la perte de dix hommes lors d'une embuscade en août dernier a créé un choc dans tout le pays. En cas de probable refus européen, un compromis sur le renforcement de l'aide civile et à la reconstitution des forces de sécurité afghanes, avec le déblocage de nouveaux fonds et l'envoi de gendarmes, sera en revanche plus facile à obtenir afin de trouver une porte de sortie honorable commune.
Nicolas Sarkozy : parachever le retour de la France dans le commandement militaire intégré en obtenant des commandements importants
Ce dossier est surtout un débat franco-français, puisqu'il a été décidé par Nicolas Sarkozy, seul décisionnaire en la matière. La France avait quitté ce commandement militaire intégré en 1966 sous l'impulsion du général de Gaulle pour "garder son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis". Paris continuait cependant à participer aux opérations militaires et surtout à siéger au Conseil de l'Atlantique Nord, l'organe politique de prise des décisions. Ce retour dans le commandement militaire intégré est-il une atteinte à l'indépendance de la France et devient-elle un "valet" des Etats-Unis ? Ou au contraire va-t-il renforcer le poids du pays ? Le débat a fait rage en "pro et anti- retour".
En échange de ce retour, la France souhaite obtenir aux moins deux des nombreux commandements de l'Otan, si possible importants. Il devrait s'agir de l'Allied Command Transformation (ACT, qui gère les transformations militaires de l'Alliance en vue de mieux l'adapter aux nouvelles menaces) et le commandement régional de Lisbonne.
Angela Merkel : transformer l'Otan
Dans un monde nouveau, quel avenir pour l'organisation ? A quels pays doit-elle s'étendre après les adhésions de l'Albanie et la Croatie ? Doit-elle intervenir dans des pays qui n'ont pas agressé l'un de ses membres, comme ce fut le cas en Serbie en 1999 ? Doit-elle multiplier les opérations de maintien la paix, comme elle l'a fait au début des années 2000 au Kosovo ? Doit-elle intervenir ailleurs qu'en Europe, comme c'est le cas actuellement en Afghanistan ? Les dirigeants vont plancher sur ces questions à Strasbourg et à Kehl. La Chancelière allemande estime qu'il s'agit là de l'occasion de réfléchir à un nouveau concept stratégique.
Les pays de l'Est : rester ferme avec Moscou
Le Kremlin a très mal supporté de voir des anciennes républiques soviétiques et les pays d'Europe centrale rejoindre l'Otan. Le projet de bouclier anti-missiles américain, qui serait notamment installé en Pologne et en République tchèque, envenime aujourd'hui encore plus les relations Otan-Russie, tout comme les demandes d'adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine. La guerre de Géorgie en août dernier n'a rien fait pour arranger les choses.
Néanmoins, Barack Obama se veut moins "va-t-en-guerre" que George W. Bush et souhaite une relation nouvelle avec Moscou. Il a notamment proposé à Dmitri Medvedev, son homologue russe, de ne pas déployer de bouclier anti-missiles si la Russie renonce à aider l'Iran dans son programme nucléaire. Le maître du Kremlin a refusé. Mais la première rencontre entre les deux hommes mercredi à Londres avant la réunion du G20 a permis de valider la reconduction de la réduction de l'armement stratégique. La mise en sourdine de l'adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine va également dans le sens d'un apaisement. Le sommet de Strasbourg-Kehl va donc tenter de trouver les moyens de concrétiser cette détente. Elle est souhaitée par Berlin, qui a fait de Moscou l'un des ses partenaires économiques privilégiés. Mais les pays d'Europe centrale regardent tout ceci avec circonspection.
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