Inégalités, violences : la face cachée de la crise

le 28 mai 2009 à 07h06 , mis à jour le 28 mai 2009 à 07h16

La récession n'est pas seulement un problème économique : elle sape les droits de l'homme et crée "une poudrière (...) sur le point d'exploser", dénonce Amnesty International.

manifestation altermondialiste Londres G20Manifestation altermondialiste à Londres avant le G20 qui se réunit jeudi au Royaume-Uni © REUTERS

La récession, qui touche le monde entier, n'a pas que des conséquences économiques ou sociales. Elle a aussi entraîné, relève Amnesty International dans son rapport annuel, une "crise des droits de l'homme" qui a placé le monde "sur une poudrière d'inégalités, d'injustice et d'insécurité sur le point d'exploser". Dans son document de plus de 400 pages, Amnesty dresse ainsi un sombre bilan des violations des droits de l'homme dans le monde, et appelle les dirigeants, notamment ceux du G20, à "investir dans les droits humains avec autant de détermination que dans la croissance économique". Pour Irene Khan, la secrétaire générale de l'organisation, dont le siège est à Londres, "il y a des problèmes sociaux, politiques et économiques qui ont été aggravés par la crise économique, c'est comme une bombe à retardement. Ces dernières années, on a vu que les questions de sécurité avaient sapé les droits humains. Aujourd'hui, avec la crise économique, ces droits se retrouvent mis en veilleuse".

En Afrique, la crise alimentaire a "eu un impact disproportionné sur les populations vulnérables", note le rapport. Elle a entraîné sur tout le continent des manifestations qui ont souvent été durement réprimées, notamment en Tunisie, au Zimbabwe, au Cameroun ou au Mozambique. L'Europe n'est pas épargnée. Amnesty dénonce notamment l'usage de bombes à sous-munitions et les pillages pendant le conflit entre la Géorgie et la Russie. "Le déclenchement de cette guerre a montré que l'idée d'une sécurité définitivement acquise, dans l'Europe au lendemain de la Guerre froide, était un présupposé fragile", souligne le rapport. L'ONG relève également, dans de nombreux pays européens, un "climat de racisme et d'intolérance" qui vise notamment "les migrants, les Juifs, les musulmans et les Roms". Ces derniers restent "largement exclus de la vie publique dans tous les pays". Concernant la France, Amnesty International, reprenant un rapport d'avril, pointe les procédures françaises d'enquête après des mauvais traitements par les forces de l'ordre, qui "ne sont pas menées de façon conforme aux normes internationales, ce qui se traduit par une impunité de fait".

Premier bilan "mitigé" pour Obama

Aux Etats-Unis, Amnesty salue la décision du nouveau président Barack Obama de fermer la prison de Guantanamo et de briguer un siège au Conseil des droits de l'homme de l'Onu. Mais "il est trop tôt pour savoir si le gouvernement américain saura faire pression sur des pays comme Israël ou la Chine pour qu'ils respectent les droits fondamentaux de la personne - comme il le fait sur d'autres Etats, tels l'Iran et le Soudan". L'organisation estime par ailleurs que l'administration Obama a fourni des réponses "mitigées" à la politique de son prédécesseur George W. Bush en matière d'antiterrorisme.

Au Proche-Orient, le rapport accuse Israël d'avoir "régulièrement violé les lois de la guerre" pendant son offensive de plusieurs semaines contre Gaza, qui a occasionné des "pertes disproportionnées dans la population". Mais Amnesty critique également sévèrement les violations des droits de l'homme par les forces de sécurité palestiniennes, du Hamas et de l'Autorité palestinienne.

Dans ce sombre tableau, Amnesty voit une lueur d'espoir : la possibilité d'une réforme en profondeur qui mettrait les droits de l'homme au coeur d'un système économique plus équitable. L'ONG lance notamment un appel aux pays du G20, qui ont jeté les bases d'une réforme économique en profondeur au sommet de Londres début avril. "Nous leur adressons ce message : vous ne pourrez trouver une solution aux problèmes économiques sans trouver une solution aux problèmes des droits de l'homme", conclut Irene Khan.

D'après agence

le 28 mai 2009 à 07:06
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3 Commentaires

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  • Ed, le 28/05/2009 à 17h20

    C'est bien connu, la misère est la première cause de la violence dans le monde. La combattre, c'est d'abord servir la paix.

  • Magiera, le 28/05/2009 à 12h39

    Quand on a faim,on apprend à pecher au lieu d'attendre qu'on nous apporte le poisson et on ne doit ni envier ni voler celui du voisin.

  • Toto, le 28/05/2009 à 08h46

    C'est bien connu : quand on a faim, on devient hargneux.

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