Image d'archives © ReutersYves Bruley est historien et professeur à Sciences-Po Paris. Il est notamment l'auteur du livre La papauté de Simon-Pierre à Benoît XVI (CLD Editions, 2008).
LCI.fr : En règle générale, que signifie un voyage d'un souverain pontife en Terre sainte ?
Yves Bruley : Ce voyage est devenu un classique. Paul VI avait été le premier à l'effectuer en 1964 avant Jean-Paul II en 2000. Chaque pape le mettra désormais à son programme. Au-delà de la dimension spirituelle du pèlerinage, l'enjeu principal est de redonner le moral aux chrétiens vivant au Proche-Orient. Ils se trouvent en effet en minorité dans tous les pays de la région. Et avec l'instabilité politique, ils ont tendance à partir.
LCI.fr : Que va leur dire Benoît XVI ?
Y.B. : Aussi bien en Israël qu'en Jordanie, il devrait dire que le christianisme a encore un rôle à jouer au Proche-Orient. Il devrait notamment mettre l'accent sur la mise en place de nouvelles structures, comme la création d'une université catholique en Jordanie, pour stopper l'hémorragie. L'idée est de préserver la diversité religieuse, à la fois dans la région et à l'intérieur même des Etats. C'est notamment très important en Jordanie où la minorité chrétienne accueille plusieurs dizaines de milliers de chrétiens d'Irak qui ont fui leur pays en raison de la guerre.
"Un contexte différent pour Jean-Paul II en 2000"
LCI.fr : En raison des difficultés de la région, le côté politique prendra-t-il le dessus ?
Y.B. : Tout est en effet lié en Orient, notamment le religieux et le politique. Un voyage en Terre sainte, c'est forcément l'occasion pour la papauté de faire entendre son discours sur le processus de paix. Etant donné que ce dernier est bloqué -contrairement à la situation qui prévalait en 2000 pour Jean-Paul II-, le voyage de Benoît XVI possède donc un indéniable intérêt diplomatique. Sa voix pour rechercher une solution de paix vient s'ajouter aux autres bonnes volontés. Evidemment, les extrémistes de tous bords vont sans doute essayer de lancer des polémiques pour occulter le fond de son discours. Mais celui-ci va toujours dans le même sens : les différences religieuses ne doivent pas aboutir à des confrontations. En fait, si le durcissement actuel de la situation représente un risque pour ce déplacement, il le rend aussi d'autant plus nécessaire.
LCI.fr : Benoit XVI arrive également en Israël dans un contexte spécial après l'affaire Williamson. Comment peut-il tenter de rattraper les dégâts ?
Y.B. : Depuis trois mois, beaucoup de rencontres et de contacts ont clarifié sa position. Tout le monde sait très bien que le pape n'est pas négationniste. D'ailleurs, à aucun moment, la polémique n'a remis en cause le voyage, décidé bien auparavant.
"Maintenir la diversité religieuse"
LCI.fr : Certains demandent que sa visite du mémorial de Yad Vashem (ndlr : le mémorial en l'honneur des victimes de la Shoah à Jérusalem) englobe la partie critique envers l'attitude de Pie XII pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Y.B. : Benoît XVI ne va pas en Terre Sainte pour régler un différend historique entre Israël et le Vatican. Il ne voudra donc pas valider une vision de l'Histoire qu'il conteste. Plus globalement, il ne vient pas parler du passé, mais plutôt aborder les problèmes actuels et à venir pour mieux y répondre.
LCI.fr : Avant Israël, Benoît XVI se rend en Jordanie. Or ses relations avec le monde musulman ont aussi été tendues après le discours de Ratisbonne (ndlr : discours prononcé par le pape en 2006 où il amalgamait islam et violence).
Y.B. : Depuis, certaines initiatives ont apaisé les choses avec le monde musulman. L'objectif du Vatican est de maintenir la diversité religieuse au Proche-Orient en garantissant la place des chrétiens. En Jordanie, il y a très peu de problèmes. Benoît XVI entend donc présenter le pays comme le bon élève de la région en la matière et montrer que la tolérance peut exister dans la région. Cela dépasse le cadre jordanien et vaut par exemple pour le Liban, la Syrie ou encore l'Irak. Le lancement de l'Université catholique sert ainsi à indiquer qu'on peut former des chrétiens sur place.
"La continuité plutôt que le court terme"
LCI.fr : Benoît XVI doit également visiter un camp de refugiés palestiniens à Bethléem et rencontrer Mahmoud Abbas, le président palestinien.
Y.B. : L'objectif est bien sûr de montrer sa solidarité avec les réfugiés. Tout est dans l'équilibre : il ne pouvait pas éluder la question palestinienne puisqu'il s'agit du point crucial de la région. Le lieu n'est bien sûr pas dû hasard. En choisissant Bethléem, il rappelle la symbolique religieuse de la ville.
LCI.fr : La question de Gaza ne manquera pas non plus de se poser
Y.B. : C'est d'ailleurs ce qui a pesé le plus sur l'organisation du voyage puisqu'il était impossible de l'effectuer en plein conflit si celui-ci avait perduré. Surtout, les plaies de la guerre sont aujourd'hui très vives auprès des Arabes israéliens, des chrétiens et des musulmans. Certains chrétiens auraient d'ailleurs préféré que ce voyage soit reporté pour ne pas donner l'impression qu'il serve de caution à la politique actuelle Israël. La victoire de Benjamin Netanyahu n'a enfin pas arrangé les choses. Mais là, encore, le Vatican a souligné que c'était le moment de tenir un discours de paix.
En fait, ce voyage est caractéristique de la diplomatie du Vatican, qui se situe toujours dans une continuité et non dans le court terme. Les polémiques nous impressionnent car nous vivons dans l'actualité immédiate. Mais les vrais enjeux sont à long terme : préserver l'avenir des chrétiens d'Orient et soutenir le processus de paix.
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Le programme |
Il est très chargé puisque pas moins de trente interventions sont prévues pour Benoît XVI. En voici une sélection :
- vendredi 15 : rencontre œcuménique au Patriarcat gréco-orthodoxe de Jérusalem. Départ pour Rome en milieu d'après-midi. |
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