Nicolas Sarkozy et Fredrik Reinfeldt, le Premier ministre suédois (archives, juillet 2008) © ReutersAprès une présidence tchèque au bilan jugé très mitigé, l'arrivée de la Suède à la tête de l'Union européenne ce 1er juillet pour six mois est un soulagement pour la plupart des pays membres. Et c'est peu dire que Fredrik Reinfeldt, le Premier ministre suédois conservateur, a du pain sur la planche. Crise économique et lutte contre le chômage, réchauffement climatique, nouveau référendum irlandais avec entrée en vigueur du traité de Lisbonne en cas de "yes" et nomination du futur président fixe du Conseil européen : les dossiers ne manquent pas. Mais Fredrik Reinfeldt devra aussi gérer les éventuelles tensions avec d'autres membres, et notamment la France. Sur ce point, il sera mis dans le bain dès vendredi avec la visite de Nicolas Sarkozy.
Le principal point d'achoppement entre Stockholm et Paris devrait être la Turquie. La Suède milite fermement pour l'adhésion d'Ankara, à laquelle s'oppose encore plus Nicolas Sarkozy. Le voyage programmé ce vendredi était d'ailleurs initialement prévu le 2 juin. Il avait été officiellement reporté pour des "questions d'agenda". Mais en fait, une interview de Carl Bildt, le ministre suédois des Affaires étrangères, au Figaro, où il défendait l'entrée de la Turquie, n'aurait pas été appréciée par l'Elysée. Afin d'éviter un clash quelques jours avant les Européennes, les deux parties auraient alors convenu de reporter la visite. Problème : un mois plus tard, rien n'a changé sur le fond de leurs divergences sur le sujet turc.
Rigueur ou déficit ?
Autre sujet possible d'achoppement : la lutte contre la crise économique. Alors que le déficit budgétaire de 20 pays dépasse la limite des 3% du PIB, la Suède prône le retour à la discipline et donc la rigueur. Un point de vue que ne partage pas du tout Nicolas Sarkozy. Il l'a encore prouvé avec le lancement du vaste emprunt national annoncé la semaine dernière afin de financer des projets d'investissements, censés accélérer le retour de la croissance et donc de l'emploi. Conséquence : Bercy prévoit un déficit public compris entre 6 et 7% ! De quoi donner des sueurs froides à Stockholm.
Enfin, si le traité de Lisbonne est adopté par les Irlandais lors du second référendum et s'il entre bien en vigueur en novembre ou en décembre, il faudra alors trouver le président du Conseil européen. Nommé pour deux ans et demi, il doit permettre de donner un visage à l'Europe dans le monde et répondre enfin à la question que posait en 1970 Henry Kissinger, le chef de la diplomatie américaine : "L'Europe, quel numéro de téléphone ?". Problème : ce président doit-il être un ancien chef de gouvernement de premier plan, qui utilisera la fonction au maximum de ses possibilités ? Ou faut-il au contraire opter pour une personnalité plus neutre ? Nicolas Sarkozy est un ferme partisan de la première solution et a déjà son favori : l'ex Premier ministre britannique Tony Blair. Or la Suède, qui a peur que ce président ne serve surtout les intérêts des "grands pays", penche pour sa part déjà clairement pour la seconde solution.
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