José Manuel Barroso, le 8 septembre 2009 © ReutersA l'issue de cette semaine marathon, il faudra au moins créditer José Manuel Barroso de deux incontestables qualités : la résistance physique et le goût pour les joutes oratoires. Le candidat unique à sa propre succession à la présidence de la Commission européenne a ainsi traversé les auditions des sept groupes parlementaires avec une constante sérénité et cet éternel sourire qu'on lui connait.
Cet exercice, imposé par les traités européens, n'est pas qu'une simple formalité. Soutenu à l'unanimité par les 27 chefs d'Etat européens, l'ancien premier ministre portugais doit également obtenir une majorité de voix au sein du Parlement européen. Et même si à six jours du scrutin, prévu le 16 septembre à Strasbourg, il ne fait guère de doute qu'il obtiendra cette majorité, l'affaire était pourtant loin d'être jouée d'avance. Seul le groupe PPE, qui rassemble les droites européennes, l'a soutenu dès le départ. Certes, plus par raison que par conviction. La discipline de vote sera quoi qu'il en soit au rendez-vous. Mais cela ne fait pas une majorité puisque le PPE ne rassemble qu'un bon tiers des eurodéputés.
Concession aux libéraux
C'était donc tout l'enjeu de ce marathon de trois jours : aller chercher des voix ailleurs. Pas simple. Il y a certes les opposants irréductibles qui voteront comme un seul homme contre Barroso : la gauche radicale menée par les Allemands de Die Linke et les Français issus du Front de Gauche. Les eurosceptiques britanniques, polonais et tchèques, qui ont réussi à former un groupe, ont quant à eux tenté de monnayer leur soutien. Un soutien d'ailleurs potentiellement encombrant pour Barroso. Mais il a semble-t-il réussi à les amadouer sans renier ses convictions européennes.
Le défi a en revanche été plus difficile avec les sociaux-démocrates et les libéraux. Ces deux groupes partaient divisés et le sont toujours. La frange la plus libérale des sociaux-démocrates européens -Espagnols, Portugais, Britanniques, Polonais et Allemands- hésitent entre soutien et abstention. "Barroso nous a donné satisfaction sur deux points sur cinq. C'est un début", commentait l'Allemand Jo Leinen à l'issue de l'audition. Les Français sont pour leur part figés dans une irréductible opposition. Mais ils ne pèsent plus grand-chose dans le groupe socialiste. Idem chez les libéraux. Le programme économique leur convient mais ils se sont révélés particulièrement exigeants sur la partie libertés civiles et droits fondamentaux du programme du candidat Barroso. Ils ont ainsi obtenu la création d'un poste de commissaire sur ces questions au sein de la prochaine Commission. Une partie du groupe présidé par l'ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt pourrait ainsi soutenir Barroso la semaine prochaine.
Audition sportive avec Cohn-Bendit
C'est avec Les Verts que l'exercice fut le plus sportif. Le président du groupe, Daniel Cohn-Bendit, est de longue date l'opposant le plus acharné. "Il nous faut un vrai président qui ne passe pas son temps à demander l'autorisation aux Etats avant de prendre une initiative. Avec nous, son numéro de charme ne fonctionnera pas", prévenait l'ancien leader étudiant avant le passage sur le gril de l'ex-militant maoïste portugais.
Mercredi prochain, toute la difficulté pour José Manuel Barroso sera de réunir suffisamment de voix pour asseoir sa légitimité. Car sa tâche ne va pas être simple dans les semaines qui suivent. Il lui faudra constituer une Commission, éventuellement sous les nouvelles règles du Traité de Lisbonne, qui respectent les délicats équilibres entre les différentes sensibilités politiques. Avec une marge de manœuvre des plus réduites, car ce n'est pas le président de la Commission qui choisit les Commissaires, mais les Etats membres. Et chacun devra obtenir l'investiture du Parlement européen. Le parcours du combattant va se poursuivre encore quelques semaines...
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